Face à ses ancêtres

L'aîné Jamie Dixon de la Nation shíshálh présente... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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L'aîné Jamie Dixon de la Nation shíshálh présente les reconstitutions faciales numériques de quatre ancêtres qui font partie de la nouvelle salle de l'Histoire canadienne du Musée canadien de l'histoire.

Patrick Woodbury, Le Droit

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« Le plus âgé ressemble à mon père ! » clame fièrement Raquel Joe, les larmes aux yeux, devant l'écran où les visages de quatre ses ancêtres de la Nation shíshálh s'animent en 3D. Ces reconstitutions faciales numériques, fruits d'une collaboration entre le Musée canadien de l'histoire (MCH), la Nation shíshálh et l'Université de Toronto, font partie de la nouvelle salle de l'Histoire canadienne du MCH qui ouvrira officiellement au public le 1er juillet prochain.

« Mon père aurait passé le cap des 70 ans s'il était toujours en vie. Mais il est décédé à l'âge de 59 ans, à peu près au même âge que cet homme qui lui ressemble tant et qui, lui, est mort il a de cela environ 4000 ans. Ils avaient le même teint cuivré, le même port de tête noble », renchérit Mme Joe, d'une voix tout aussi émue que le regard.

À titre d'interprète culturelle du musée Tems Swiya (qui signifie « Notre monde », précise-t-elle), Raquel Joe a pris part au projet tripartite dont le MCH dévoilait le résultat, mercredi.

« Il y a quelque chose de très émouvant à se retrouver ainsi face à face avec nos ancêtres. En leur donnant la place qui leur revient dans ce musée, non seulement cela prouve-t-il leur présence, mais l'importance qu'ils avaient alors nous rend importants et signifiants aujourd'hui », fait valoir Raquel Joe.

Ce sentiment de fierté était partagé par tous les membres de la Nation shíshálh présents à Gatineau, mercredi, pour l'occasion.

« Je ne pouvais jusqu'à maintenant que me demander à quoi pouvaient bien ressembler mes ancêtres, évoque l'aîné Jamie Dixon. C'est un honneur de savoir qu'ils seront, dans cette salle [de l'Histoire canadienne], les ambassadeurs de notre Nation, et ceux de tous les Premiers Peuples aussi. »

Une première du genre en Amérique du Nord

Les quatre reconstitutions faciales représentent une première en Amérique du Nord. Elles ont été réalisées à la suite de l'exhumation d'une sépulture située près de Sechelt, en Colombie-Britannique.

Les restes de cinq individus - un homme d'une cinquantaine d'années, une femme âgée entre 19 et 23 ans, des jumeaux entre 20 et 25 ans, ainsi qu'un nourrisson (le seul qui n'est pas représenté) - y ont été retrouvés. Ils y auraient été enterrés il y a quelque 4000 ans, avec des centaines de milliers de perles et de coquillage.

« Cette famille appartenait à l'élite et était fort probablement l'une des plus influentes et puissantes en Amérique du Nord, à l'époque », soutient l'archéologue Matthew Betts.

À partir de toutes les analyses des restes, du savoir traditionnel des membres de la communauté  qui ont été mis à contribution et de la technologie médico-légale, le travail de reconstitution faciale a pu être réalisé par les artistes du studio Visualforensic.

« Travailler avec des restes humains, d'autant plus fragiles qu'ils sont vieux, demeure toujours un enjeu sensible. Pour les artistes de Visualforensic, qui ont déjà reproduit des visages de rois et de reines d'Europe, il s'agissait d'une première collaboration avec une communauté autochtone », explique le Dr Betts.

Or, ces communautés n'avaient pas l'habitude de peindre des portraits de leurs chefs, rappelle l'archéologue. 

Au final, par-delà les expressions faciales, les bijoux et vêtements de chacun, « le plus grand défi, ç'aura été de bien reproduire les cheveux  et les poils au visage des hommes, afin de respecter les individus que nous tentions de représenter ainsi en 3D », fait valoir Matthew Betts. 

En tant qu'archéologue, ce dernier se questionne toujours sur ceux et celles qui vivaient là où il est amené à effectuer des fouilles. 

« Qui étaient-ils ? À quoi pouvaient-ils ressembler ? Que mangeaient-ils ? Avoir la chance de voir les visages de ces hommes et femmes qui ont existé il y a quelque 4000 ans est un rêve devenu réalité, pour moi ! » lance le Dr Betts dans un large sourire.




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