#jesuismort, l'exposition choc de Sophie Cardin

L'exposition RIP & KIT de la sculptrice Sophie... (Etienne Ranger, Le Droit)

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L'exposition RIP & KIT de la sculptrice Sophie Cardin nous amène à se poser de nombreuses questions en cette ère numérique.

Etienne Ranger, Le Droit

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Sur Internet, on ne meurt (presque) jamais. Une installation signée Sophie Cardin questionne sur le deuil digital à la Galerie Voix Visuelle. Un alignement de stèles au sol a remplacé les estampes numériques habituellement présentées dans cet espace dédié aux arts numériques. Déroutant.

L'idée de l'exposition RIP & KIT, acronymes de « rest in peace » et « keep in touch », est née d'un constat que les utilisateurs de Facebook ont certainement déjà fait : le profil d'un défunt peut rester actif longtemps après la disparition de son auteur. À découvrir et méditer jusqu'au 9 mai à la Galerie Voix Visuelle, à Vanier.  

« Un jour, j'ai reçu sur mon ordinateur une notification m'informant de la date d'anniversaire d'un ami décédé des années auparavant », se souvient Sophie Cardin, jointe en France où elle réside. 

« Je me suis retrouvée dans un moment de recueillement accompagné de ce sentiment étrange que ce soit Facebook qui l'ait suscité. » 

Ainsi donc, dans notre ère de communication tous azimuts, la mort elle-même serait-elle transcendée par la vie sur la Toile ? Serons-nous tenus de nous exposer encore post mortem ?

L'artiste plasticienne creuse alors la question de cette vie numérique après la mort. Dans le « nuage » connecté qu'elle scrute, des pages Internet transformées en espace de commémoration où chacun peut laisser un message de condoléances en ligne, mais aussi de (nombreux) procès en cours pour tenter d'effacer les traces digitales.

« Je me suis rendu compte qu'il existait de plus en plus de sites commémoratifs sur Internet, analyse-t-elle. Nous vivons dans une époque très mobile où l'espace numérique se substitue aux lieux de recueillement que sont les cimetières. » 

La sculptrice, qui s'est établie deux ans et demi à Montréal avant de retourner vivre en France, reconnaît ne plus fréquenter les cimetières et se demande ce qu'il restera de la génération biberonnée à Internet, adepte du tout-numérique plutôt que des missives en papier.

« Au décès de ma grand-mère, alors que je vidais sa maison, j'ai réalisé que ma génération vivait à l'ère de la dématérialisation. Que restera-t-il de nous ? » 

Expo post-portem

Un profil Facebook toujours actif, des messages d'anniversaire incongrus, des hommages post mortem... Il y a bien une vie sur Internet après la mort. 

« Il faut dire aussi que les gens communiquent avec leurs morts via les réseaux sociaux », fait remarquer Sophie Cardin.

Le concept de son exposition - 30 stèles aux inscriptions numériques reconnaissables - concilie objet de recueillement et (im)pertinence de la mémoire virtuelle. 

« Cette mémoire existe, certes, mais dans un espace immatériel où tout se croise et se mélange, » nuance l'artiste.

Non sans humour et autodérision, elle détourne les codes des réseaux sociaux, par le statut affiché (« encore un peu là »), la réappropriation des icônes (We like you for ever) et du langage numérique (www.moi-moi.com). 

C'est drôle et drôlement tragique à la fois. On « like » !

Pour y aller

Jusqu'au 9 mai 

Centre d'artistes Voix Visuelle (67, avenue Beechwood, à Vanier)

613-748-6954 ; voixvisuelle.ca




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