Un sport qui nous rassemble

«Est-ce que la fille de Québec en moi... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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«Est-ce que la fille de Québec en moi a souri en voyant le chandail d'Alain Côté, celui qu'il portait le 28 avril 1987? Mets-en!», confesse l'auteure.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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CHRONIQUE / Il faut bien que je te l'avoue, Sylvain: je n'ai jamais joué au hockey. Mais j'ai une napkin autographiée «Pour Valérie de Guy Lafleur», autographe que mes parents lui avaient demandé en mon nom, alors que je me faisais garder, enfant, afin de leur permettre de sortir souper au resto. Voilà qui tendrait à confirmer la rumeur familiale voulant que j'aie crié «Guy! Guy! Guy!» avant de pouvoir réclamer aussi clairement autres choses.

Ça pourrait peut-être aussi expliquer pourquoi j'ai déjà gardé les enfants de Wilf Paiement, à l'époque où l'impressionnant Franco-Ontarien jouait pour les Nordiques de Québec, en lui affichant ma préférence pour le Canadien. Comme quoi, l'adolescence rend parfois inconsciente. Ou insolente...

Quand, quelques années plus tard, j'ai commencé à travailler au Colisée, mon allégeance a évidemment basculé. D'aucuns croiront que le coeur a suivi le chèque de paye. Je rétorquerai plutôt que c'est fort, l'esprit d'équipe, le sentiment d'appartenance, même quand ce n'est pas toi qui patines, que ton rôle à toi, c'est de vendre des abonnements de saison pour remplir les gradins.

Et puis, tu le sais, le hockey, je l'ai surtout couvert - de la galerie de presse aux vestiaires - pour Le Droit. J'étais là quand les Sénateurs sont revenus dans la LNH. J'ai aussi suivi les Olympiques, quand l'équipe portait encore les couleurs de Hull.

Tu vois, juste en te racontant tout ça, Sylvain, j'étaye ce qui sous-tend cette exposition: nous avons tous au moins une anecdote qui fait du hockey bien plus qu'un sport à nos yeux. 

C'est pourquoi j'ai apprécié qu'à côté des bâtons des Wayne Gretzky, Ken Dryden et Manon Rhéaume (qui ont, bien sûr, marqué l'imaginaire), on en aligne un utilisé par des soldats déployés à Kandahar, photo d'un match amical à l'appui.

Oui, Hockey évoque l'évolution technologique, raconte son histoire par le biais de noms connus et d'objets leur étant associés, de Berthe Lapierre à Marie-Philip Poulin, de Larry Kwong à Sidney Crosby. On y fait une place aux coachs (dont le regretté Pat Burns), aux officiels, aux commentateurs et journalistes sportifs (petit bémol, toutefois: si les femmes sont bien représentées partout ailleurs, les Chantal Macchabée et consoeurs brillent par leur absence sur la «galerie de presse»).

Le hockey transcende la glace. Et les trois femmes qui ont conçu l'expo (Dominique Savard, Jennifer Anderson et Jenny Ellison) l'ont bien compris. Elles ont ainsi su faire la part belle à l'émotion. Aux souvenirs des plus vieux, qui remonteront à la surface à (re)voir l'incontournable but gagnant de Paul Henderson lors de la Série du siècle ou cette page de calendrier de bureau ayant servi de contrat à Maurice Richard. Mais aussi aux rêves que les plus jeunes projetteront sur leurs paupières devenues écrans géants à absorber toute cette fièvre du hockey, qui passera peut-être, pour l'une, par la réalisation que le hockey-luge existe et, pour l'autre, par le goût de lire C'est la faute à Ovechkin de Luc Gélinas.

Est-ce que la fille de Québec en moi a souri en voyant le chandail d'Alain Côté, celui qu'il portait le 28 avril 1987? Mets-en! Et là, j'assume le risque de rouvrir le débat sur son but, bon ou pas, qui continue de soulever les passions et de diviser les camps 30 ans plus tard!

J'ai souri tout aussi largement en «admirant» les culottes bouffantes de l'uniforme de Hilda Ranscombe qui, dans les années 30, était l'une des meilleures hockeyeuses au pays.

J'ai été touchée par les taches de sang et les trous dans le chandail de Frank Finnigan, preuves indéniables qu'il fallait du cran pour jouer avec si peu de protection, dans ces années-là. 

J'ai été encore plus émue de découvrir, comme toi, ces photos d'équipes composées de Canadiens noirs ou asiatiques, qui, au début du XXsiècle, n'ont eu d'autre choix que de former leurs propres ligues pour pouvoir assouvir leur passion.

Bref, elle vaut franchement le déplacement, cette expo. Parce qu'elle nous rappelle à quel point le hockey nous ressemble. Et n'a pas fini de nous rassembler!

p.s. T'as peut-être pas gagné la coupe Stanley, Sylvain, mais tu fais quand même officiellement ton entrée au musée, avec Hockey. À vous, lecteurs, de l'y trouver :)

Pour y aller

Jusqu'au 9 octobre

Musée canadien de l'histoire

museedelhistoire.ca




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