Rester dans l'ombre des Huicholes

L'exposition Huicholes, un peuple qui marche vers la... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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L'exposition Huicholes, un peuple qui marche vers la lumière laissera plus d'un visiteur sur sa faim d'en apprendre plus sur ce peuple.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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Que cache donc l'alléchant titre de l'exposition Huicholes, un peuple qui marche vers la lumière, présenté cinq petites semaines au Musée canadien de l'histoire ? Y découvre-t-on une culture lointaine d'un peuple méconnu du Mexique ? En fait, la collection en question n'est pas celle du musée, mais regroupe 26 broderies de l'artiste José Benítez Sánchez (1938-2009) appartenant à on ne sait qui, accompagnées d'artefacts que l'on peine parfois à identifier. Au visiteur de deviner l'usage d'un « tepu » et d'élucider la différence entre « mara'akate » et « mara'akame ». À moins qu'il ne s'agisse d'une faute d'orthographe. Une autre.

Étrange exposition. À la fois très jolie et colorée. Mais comme inachevée, tant la présentation s'entoure d'inutiles mystères, qu'il s'agisse de la collection d'où sont issues ces broderies toutes datées de 2005 ou du caractère peu disert des notices qui décrivent chaque objet. Même le peuple huichol bénéficie d'explications minceur : à peine apprendra-t-on qu'il s'agit d'un peuple indigène du nord-ouest du Mexique doté de croyances ancestrales et d'un art rituel à « l'éclatante beauté». Aucune date, aucun contexte historique, aucun événement mentionné - uniquement des tableaux de fils de laine sur bois et leurs mythologies maladroitement évoquées. Quant à José Benítez Sánchez, les rares éléments biographiques le concernant ne permettent pas de situer le personnage dans l'art mexicain. 

Bref, un choix de programmation surprenant pour un musée national, d'autant plus surprenant qu'aucun commissaire ou directeur n'a accepté de commenter pour Le Droit ce choix de programmation. 

« En plus de s'inscrire dans notre mandat de présenter des expositions internationales, qui nous permettent de faire découvrir à nos visiteurs d'autres cultures et grandes civilisations, cette présentation souligne la richesse de la relation entre le Canada et le Mexique, » nous rétorque la communication du musée.

Une exposition davantage politique que muséale, à l'heure où Mexique et Canada cherchent à renforcer leurs relations depuis l'élection de Donald Trump ? 

On découvrira dès l'entrée que cette exposition est produite par la revue Artes de México, en collaboration avec plusieurs autorités mexicaines. Soit. Qu'elle a nécessité les soins d'un commissaire (et même de deux !), d'une conseillère en anthropologie et d'une... société vidéo, alors qu'aucun film n'était à découvrir lors de la visite de presse, jeudi après-midi. S'agirait-il, en fait, d'un échantillon d'une exposition itinérante ?

L'idée se confirme au cartel de la pièce L'initiation où « comme nous l'avons vu, chaque mara'akame doit fraterniser avec un animal du panthéon huichol», peut-on lire. Vu où ? Étranges approximations des notices qui déstabilisent le visiteur, perplexe sur les maigres explications données malgré les trois langues employées (français, anglais, espagnol). 

Mais passons au vif du sujet : les cartels expliquent surtout les mythologies représentées dans les broderies. L'exercice se complique lorsqu'il s'agit de différencier les « muwierites » du « tukipa » et du « tuki » (un diminutif du précédent ?). Musique langagière à la fois muette et magnifique, qui laissera le béotien pantois devant les formes animales à décrypter. 

Peut-être est-ce inutile de traduire pour s'imprégner pleinement de la fascination qu'exercent ces broderies aux formes psychédéliques. Après tout,  José Benítez Sánchez était mara'akame, c'est-à-dire chaman. 

À moins d'un miracle, Huicholes, un peuple qui marche vers la lumière restera provisoirement dans l'ombre.

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 19 mars

Où? Musée canadien de l'histoire

Renseignements? www.museedelhistoire.ca ;1-800-555-5621

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