Recenser les forces artistiques

La pièce «En aval d'ici, en amont de... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

Agrandir

La pièce «En aval d'ici, en amont de maintenant»

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

On ne se rend pas à la Galerie 101 par hasard. Relégué en périphérie d'Ottawa, à l'angle de l'autoroute Queensway et des rails de l'O-train, le lieu hérite d'un environnement sonore constamment bruyant. Jusqu'au 3 décembre, il accueille néanmoins Fragile, une exposition collective au croisement des disciplines, des langues et de l'héritage artistique franco-ontarien.

À l'origine du projet, la volonté de recenser les jeunes forces vives en art contemporain, de la province. L'initiative pilotée par le Bureau des regroupements des artistes visuels de l'Ontario (BRAVO) repose initialement sur un appel d'offres à destination des artistes de moins de 35 ans. Une quarantaine de candidatures sont reçues et seulement six retenues. Au tamis de la commissaire Salomé Viguier : « la spécificité francophone dans la démarche artistique, ou comment l'art transcende les questions identitaires. »

Si, de prime abord, l'ensemble paraît morcelé avec les oeuvres de chaque artiste disposées dans son coin de galerie, elles se renvoient constamment les unes aux autres. « L'exposition évite la surcharge, explique Salomé Viguier. L'accrochage a été pensé pour que les oeuvres dialoguent entre elles. »

Entre la série photographique mettant en scène Les filles du roi de Geneviève Thauvette (photo) et la Tabula Rasa de Matthieu Sabourin, se succèdent un triptyque vidéo de Faye Mullen, une installation de vaisselle au sol de Mariana Lafrance, un film expérimental de Vincent Chevalier et un mobile en laine et béton de Mathieu Goupil. 

En dénominateur commun, ces questionnements : Quelles sont les attentes du spectateur vis-à-vis d'un artiste francophone en Ontario ? Quelle projection de lui-même l'artiste partage-t-il avec celui reçoit qui sa création ? 

« Faye Mullen, par exemple, a toujours dû vivre en anglais et en français, sans jamais réussir à communiquer parfaitement. L'art est devenu son meilleur moyen d'expression », exprime la commissaire.

Celui-ci se matérialise en une performance filmée de l'artiste se recouvrant de sel ; symbole du sablier et du temps qui passe superposé à celui de la salaison et de la conservation.

Le passé comme trame

Le thème du passé parcourt l'exposition, qu'il s'agisse très explicitement d'en faire table rase en effaçant l'encre d'une feuille de papier chez Matthieu Sabourin ou de faire revivre l'héritage familial chez Vincent Chevalier, par exemple. Naviguant entre français et anglais, l'artiste vidéaste fait revivre la relation avec son père en retraçant son exil géographique du Québec à Vancouver, exil qu'il reproduit à son tour (sans oublier de rejouer les premières expériences homosexuelles de son père). 

« Le titre de l'exposition renvoie à la fragilité qu'expriment ces artistes, mais il s'agit d'une fragilité d'équilibre, évoque Salomé Viguier. Tous construisent les référents culturels de demain. » 

Aucun ordre de visite n'est imposé. Aux regards de se laisser guider par les murmures des projets exposés. 

À l'exception de Mathieu Goupil-Lemay, qui propose la pièce la plus abstraite et la plus énigmatique de l'exposition, tous ont déjà une carrière professionnelle bien entamée. Fragile célèbre également les 20 ans d'une précédente exposition mandatée par BRAVO, alors intitulée Les accents d'inquiétantes étrangetés, qui présentait à Montréal et Ottawa l'essor créateur francophone en Ontario. En 1987, l'exposition comprenait alors une trentaine d'oeuvres.

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 3 décembre

Où? Galerie 101, 51 B rue Young

Renseignements? 613 230 2799

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer