Derrière les Visages de Mathieu Laca

Les Visages de Mathieu Laca se vendent comme des petits... (Martin Roy, LeDroit)

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Les Visages de Mathieu Laca se vendent comme des petits pains chauds.

Martin Roy, LeDroit

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Les petits points rouges s'accumulent à côté de la quarantaine de Visages que Mathieu Laca expose présentement à la galerie Alpha d'Ottawa. Les quelque 20 portraits que le trentenaire a déjà vendus (certains, avant même d'être accrochés) prouvent que ses saisissantes et personnelles interprétations des romanciers, poètes, penseurs et peintres qui ont tous marqué son parcours font autant vibrer les visiteurs, collectionneurs avisés et nouvelle génération d'amateurs confondus.

La preuve? Un jeune homme de 18 ans, visiblement fier d'acquérir sa première oeuvre à vie (le portrait de Cézanne) lors du vernissage de samedi dernier, côtoyait sur les lieux un acheteur en âge d'être son père qui, lui, avait craqué pour l'interprétation créée par le peintre lavallois du poète Oscar Wilde.

« Il y a quelque chose de surprenant et d'émouvant à la fois, dans le fait d'assister aux coups de foudre des gens qui décident d'acheter l'une de mes oeuvres, raconte l'artiste de 34 ans, quelques jours après le vernissage. C'est comme si j'avais créé des boules de cristal dans lesquelles chacun se projette et réagit à sa propre lecture de ce que j'ai pu vouloir transmettre dans ma toile. Du coup, ça ne peut qu'enrichir l'oeuvre. »

Mathieu Laca avait 17 ans quand son enseignante d'arts plastiques de cinquième secondaire a senti tout ce que l'adolescent arrivait à exprimer à travers ses dessins. « J'étais très renfermé, et je venais de trouver un canal d'expression. Peut-être que je pressentais que j'étais gai et que c'était difficile pour moi de trouver une façon d'être bien et de dire certaines choses... J'ai su, à partir de ce moment-là, que c'est ce que j'allais faire dans la vie. »

À cette même époque, le jeune homme faisait également partie de l'équipe de Génies en herbe de son école secondaire. « Mon secteur, c'était la littérature et les arts visuels. À force de jouer, je savais fort bien que Zola était l'auteur de Germinal et que Stendhal avait écrit Le Rouge et le Noir. Mais je n'avais aucune idée de ce qu'étaient vraiment ces oeuvres. Je me suis donc mis à lire, pour savoir qui se cachait derrière tous ces noms que je connaissais par coeur.»

S'il signait déjà des autoportraits - « c'était ma façon de tenir un journal intime » - il s'est tranquillement mis à peindre ces auteurs et poètes (Rimbaud demeure son « préféré »), au-delà des titres de leurs classiques. Il a parallèlement élargi sa palette aux Rodin, Van Gogh, Darwin et autres Freud. 

Textures et empâtements

Dalí est intimement lié à son adolescence, à sa découverte de la peinture. Il a reçu L'Étranger de Camus comme un direct au coeur. La « grandeur austère » de Tolstoï et la « compassion fantastique » de Schopenhauer, qu'il a peint avec un genre de poulpe sur la tête, le fascinent. 

« Je les peins à l'instinct, à partir d'une certaine idée de ce que j'ai le goût de faire ressortir de leur personnalité, de ce qu'ils créent, mais en ajustant au fur et à mesure les couleurs ou les textures. »

À la base, Mathieu Laca accumule des photos de ses sources d'inspiration, « surtout en noir et blanc, pour me laisser libre des couleurs avec lesquelles je vais ensuite travailler ».

Ici, l'un de ses autoportraits évoque le style de Marc Séguin, avec des empâtements de peinture aux accents dramatiques. 

Là, dans sa manière de texturer la chevelure bouclée d'un jeune Van Gogh, le Lavallois rappelle le mouvement dans les champs de blé ou la chaleur des ciels ensoleillés du peintre Néerlandais.

Et alors qu'il tord à volonté le visage de Virginia Wolfe, dont il admire la « puissance de l'intériorité », il propose une Frida Kahlo altière, fière, à la « liberté assumée », dans une palette de teintes pâles en opposition aux couleurs vives que privilégiait la Mexicaine. Cela lui donne l'« aspect monumental d'une déesse grecque sculptée dans le marbre ».

« J'utilise mes 'modèles' comme les personnages d'une pièce de théâtre, en leur imposant des événements picturaux dignes d'une mise en scène. »

Et si la galeriste Edith Betkowski et le peintre Dominik Sokolowski se réjouissent d'avoir découvert Mathieu Laca sur Internet cet été, ce dernier sent que son actuelle exposition pourrait marquer un point tournant dans sa carrière.

« Exposer dans une galerie à la réputation établie, c'est une première marque de reconnaissance. Y vendre beaucoup de tableaux en est une deuxième. C'est un sceau d'approbation qui provoque un réel effet d'entraînement », constate le trentenaire, qui a déjà repris les pinceaux pour agrandir sa galerie de visages aussi familiers que surprenants.

Pour y aller

Quand: Jusqu'au 20 novembre

Où: Galerie d'art Alpha

Renseignements: 613- 241-7671; alphaartgallery.ca

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