L'imaginaire enflammé

Gaétan Hart et la Lièvre, les étoiles du... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Gaétan Hart et la Lièvre, les étoiles du Match de Lisa Creskey

Patrick Woodbury, LeDroit

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Des rings de boxe et des camps de bûcherons. De bois et de porcelaine. La nouvelle exposition de l'artiste outaouaise Lisa Creskey fourmille de 1001 liens entre le parcours de combattant du boxeur  Gaétan Hart et l'histoire de l'industrie forestière sur la rivière du Lièvre.

Aux creux des mains de Lisa Creskey, il y avait d'un côté le ring, où se sont tour à tour exprimées la puissance et la poésie de Gaétan Hart. De l'autre, la rudesse des camps de bûcherons et la beauté sauvage de la Lièvre.

« En Gaétan Hart, je voyais une personnification de l'histoire de la région », explique l'artiste qui a grandi à Ripon, vécu à Buckingham alors que le boxeur en était à ses derniers pas dans l'arène et qui habite aujourd'hui à Chelsea.

En titrant son exposition Match, Lisa Creskey avait également en tête le mariage entre la fragilité de son matériau de prédilection et la violence du sport et la dureté des conditions de vie dans les camps de bûcherons. Entre la rigidité de la porcelaine une fois cuite et la fluidité des élans du sportif ou de la rivière du Lièvre. « La porcelaine a quelque chose de très fragile, c'est vrai, mais une fois qu'elle est sortie du four, ce que j'en ai fait et ce que j'y ai peint est là pour toujours et s'inscrit dans la durée. »

Et ce qu'elle inscrit dans la glaise, ce qu'elle façonne, sculpte et y peint la ramène à la mise en scène de ses explorations artistiques.

« Une fois que mes recherches sont finies, ce sont mes mains qui me guident dans l'expression de ce qui est essentiel à faire ressortir dans mes oeuvres. Je dois donc rester ouverte, disponible aux idées qui émergent ainsi. Faire confiance à mes mains et au matériau. »

Créativité et théâtralité

Avec Match, Lisa Creskey élargit les horizons de ses créativité et théâtralité. Car l'artiste, dont les oeuvres s'apparentent souvent à des castelets nouveau genre, joue de la porcelaine comme d'une scène grouillant de personnages et de vie. Comme autant d'histoires racontant des pans du passé.

« L'Histoire est toujours vivante, présente et il faut dialoguer avec elle, s'interroger sur ce qu'elle peut nous faire comprendre de qui nous sommes », fait-elle valoir. 

« On est en suspension sur l'Histoire comme sur l'eau. Et mon travail, c'est de regarder sous la surface... Car tout ce qui s'y cache, c'est ce qui était là avant nous, tout ce qui nous supporte pour nous permettre d'avancer », enchaîne Mme Creskey avec ferveur.

Chaque pièce foisonne de détails qui donnent un côté ludique à ce qu'elle y représente. 

Pour les besoins de sa cause, elle a donc installé, ici de toutes petites figurines perchées sur une branche, là ses plus impressionnantes pièces. Cette fois, elle ne l'a non pas fait sur les traditionnels blocs blancs sous verre, mais dans d'imposantes structures de bois. 

Ces dernières, elle les a travaillées pour évoquer le corps d'un boxeur, ses mouvements. Et les a ajourées pour créer des zones d'expression. Ainsi, dans les cuisses de l'un, coule la rivière dans une scène figurant un moulin à scie, sa slide et les pitounes en attente d'être assemblées en cages. Au coeur de l'autre, le George Bothwell vogue avec homme, femmes et enfants à bord.

« Je voulais, de cette manière, expérimenter une nouvelle forme d'interaction avec le public. Il y a donc une mise en scène dans la disposition même des oeuvres dans l'espace de la galerie », souligne fièrement Mme Creskey.

Du coup, à force de tourner autour de chaque pièce, de pencher la tête à gauche et à droite, voire de plier les genoux comme un boxeur examinant son adversaire, le visiteur décèlera tantôt une minuscule église cachée au pied d'un arbre, tantôt un lièvre semblant surgir de son terrier.

« En jouant de cette manière avec le public, je les invite à prendre le temps d'entrer dans l'histoire, à y participer activement, d'une certaine façon », se réjouit-elle.

Match parfait

L'artiste a de plus tenu à « brûler » le bois de ses boxeurs. Autant de marques qui, tout en rappelant les blessures du sportif, renvoient aussi à l'étape cruciale de transformation de la glaise en porcelaine, dans la chaleur de son four.

« Le feu est l'autre entité, essentielle, qui participe à ma création. Qui me permet de redécouvrir mes oeuvres quand la cuisson en est terminée. »

L'on ne s'étonne dès lors pas que Match renvoie aussi aux allumettes fabriquées en Outaouais, et qui servent de têtes à certains de ses personnages miniatures...

Pour y aller

Galerie Art-image

Jusqu'au 23 octobre

819-243-2325

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