Rufino Tamayo, en toute liberté

Un homme irradiant de joie (1968), de Rufino... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Un homme irradiant de joie (1968), de Rufino Tamayo. L'exposition Tamayo. Le moderniste mexicain solitaire coïncide avec le 25e anniversaire de la mort du peintre, mais aussi avec le Sommet des leaders nords-américains, à Ottawa. Les « trois amigos » (les chefs de gouvernement du Canada, des États-Unis et du Mexique) se réuniront au MBAC, le 29 juin.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Bien qu'un peu moins connu que Frida Kahlo et les grands muralistes Diego Rivera, Siqueiros et Orozco - ses compatriotes contemporains - le peintre mexicain Rufino Tamayo (1899-1991) n'en a pas moins marqué picturalement son siècle.

Tamayo a brièvement participé au courant muraliste, mais s'est rapidement lassé des fresques à messages, porteuses d'allégories populistes et d'évidences figuratives. Il a préféré se consacrer à la peinture en toute liberté, explique la Directrice adjointe du Musée d'art moderne du Mexique, Marisol Argüelles, tandis qu'elle déambule dans la petite salle B109 du Musée des Beaux-Arts du Canada (MBAC), où sont accrochées une trentaine de ses toiles. 

Réunies sous le thème Tamayo. Le moderniste mexicain solitaire, elles ont été prêtées par une poignée de musées mexicains, ravis de participer à cette toute première exposition individuelle consacrée à Tamayo en sol canadien.

«S'il y a un mot pour définir l'artiste, c'est 'liberté'», indique notre guide. Car, contrairement à Rivera et sa bande, pour qui l'art et la politique allaient de pair, en cette époque de bouleversements sociaux issus de la révolution mexicaine, Tamayo, lui, était réfractaire à l'idée de politiser son oeuvre, étaye-t-elle.

À l'heure où les peintres en vue cherchaient, dans la rupture, une « voie  spécifiquement mexicaine », il a refusé de céder à la « pression nationaliste du muralisme ». Grand voyageur, il ne s'est pas gêné pour importer dans ses toiles des éléments d'abstraction empruntés à l'Avant-Garde européenne - notamment le cubisme et l'expressionnisme. 

« À l'heure de la révolution et du nationalisme, les autres voyaient d'un mauvais oeil la liberté artistique que Tamayo revendiquait », enchérit Erika Dolphin, conservatrice associée du MBAC. 

Selon les deux femmes, l'apolitisme artistique de Tamayo, «homme discret et réservé», explique la méconnaissance internationale du peintre.

Le MBAC retrace 60 ans de production. Un premier mur présente ses oeuvres de jeunesse, influencées par Picasso, Matisse ou Braque, fait remarquer Mme Argüelles en passant devant l'autoportrait Les fumeurs (1931). De la toile émane un jeu d'ombres et de volutes de fumée: «deux éléments insaississables qui le fascinaient», note-t-elle.

Au mur du fond, une série de tableaux colorés, plus emblématiques de la peinture mexicaine, font rayonner leurs pigments. Les verts criards d'une nature morte côtoient les roses fuschia nimbant un étalage de pastèques (Sandías, 1970) ou les bleu nuit de La Grande galaxie (1978), contemplation d'une constellation et du  cosmos béant .  

«Son exploration de la couleur se distingue de celle des peintres mexicains, poursuit notre guide. Il se sert de la couleur comme d'un élément narratif, symbole de la lumière vive du Mexique. Matérialiser la couleur jusqu'à ce qu'elle devienne lumière était pour lui une obsession.»

Plus loin, les courbures de Deux femmes (1981) servent d'hommage aux sculptures précolombiennes. Car, bien que moderniste, Tamayo intègre de jolie façon des éléments du patrimoine national. En témoigne Des idoles antiques mexicaines, série de 12 lithographies où s'affrontent l'ancien (des statuettes immémoriales, en noir et blanc) et le moderne (un trait monochrome, large et vif, jeté à la brosse).

Au détour, Le chef (1973), genre de lider maximo sans visage mais entouré de micros, fait un pied-de-nez aux politiciens. Et rappelle que Tamayo, quand l'envie lui prenait, savait politiser ses pinceaux.

Pour y aller

Musée des Beaux-Arts du Canada

du 25 juin au 10 octobre

www.beaux-arts.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer