La résurrection de Michael Jackson à la Galerie SAW

« Toutes les réponses que Michael Jackson donne au... (Etienne Ranger, LeDroit)

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« Toutes les réponses que Michael Jackson donne au journaliste sont des paroles extraites de ses chansons. » - Abel Abidin

Etienne Ranger, LeDroit

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Vêtu de blanc, épaulettes à franges et broderies dorées, Michael Jackson revient d'entre les morts sur le plateau d'un talk-show américain. De ce fantasme surnaturel et morbide, l'artiste Abel Abidin a fait une installation vidéo surprenante à voir à la Galerie SAW de la Cour des arts jusqu'au 30 juillet.

Pour beaucoup, Michael Jackson, mort d'overdose le 25 juin 2009 à l'âge de 50 ans, incarne la figure légendaire du 'Roi de la pop'. Dans les sept années qui ont suivi sa disparition, l'homme s'est mué en véritable icône, incarnation de l'extravagance artistique doublée d'une fragilité cristalline. Que nous dirait-il s'il ressuscitait ?  

«Michael Jackson relève de la figure messianique, il est comme Jésus pour certains...», analyse Abel Abidin, rencontré à la Cour des arts lors de l'installation de son exposition. 

L'artiste iraquien établi à Helsinki imagine une résurrection médiatique de la star : revenu d'outre-tombe, Michael Jackson donnerait sa première entrevue à un journaliste américain dans un studio de Manhattan. Une exclusivité suivie en direct par des milliers de fans rivés à des écrans géants. 

La réalisation, échelonnée sur une année, a sollicité un travail colossal de recherche parmi le répertoire du chanteur pour imaginer un échange uniquement construit à partir de son propre corpus. «Que se passe-t-il si l'on applique des paroles de chansons à une interview ? questionne l'artiste. Le résultat est bluffant, il devient philosophique.»

Et drôle. «Est-ce vraiment vous ?», demande l'animateur Paul Burke. Et le roi de la pop de répondre en tendant son gant blanc, «hold my hand», du titre de son deuxième single posthume. «Whatever happens, I am all yours tonight

Réinventé par le vidéaste, Michael Jackson demeure ce mort-vivant qui semble ne pas avoir quitté ses oripeaux, mine pâlotte et voix chancelante. 

Abel Abidin insiste sur le masque - mortuaire, dirait-on - du revenant. 

Entrecoupée par des cris de spectateurs en liesse, la divinité pop révèle l'expérience de sa propre mort : «you close your eyes and you hope. This is just imagination. For 40 days and 40 nights I waited. I tried to keep my sanity. I've found peace». Sa réponse constitue un patchwork de plusieurs chansons, dont Jam et You Rock My World

Abel Abidin s'appuie aussi sur les codes de l'entrevue-vérité : gros plan sur les visages larmoyants des acteurs, sur la foule émue de revoir son héros. Le voici plus grand mort que vivant, à la fois idole et martyr puisque, après sa disparition, toutes les controverses à son sujet ont pris fin, note le journaliste. « I'm tired of bein' the victim», lui répond la vedette (un extrait de They Don't Care About Us).  

Formidable pastiche d'Hollywood, le travail d'Abel Abidin ressuscite un autre Michael Jackson qui nous montre cette grande Amérique friande de renverser, voire sacrifier, les idoles qu'elle a auparavant vénérées sur l'autel du show-business, quitte à les canoniser ensuite. À voir ! 

POUR Y ALLER

OÙ? Galerie Saw, Cour des arts

QUAND? Jusqu'au 30 juillet

RENSEIGNEMENTS: 613-236-6181 

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