La légende ravivée de Vigée Le Brun

Détail de Autoportrait «aux rubans cerise», v. 1782.... (Kimbell Art Museum)

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Détail de Autoportrait «aux rubans cerise», v. 1782.

Kimbell Art Museum

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(NEW YORK) Libre, amoureuse et ambitieuse, chanceuse aussi. Considérée comme l'un des plus grands peintres français du XVIIIe siècle, Élisabeth Louise Vigée Le Brun compose une oeuvre à la sensualité savamment agencée, peuplée de rois, de princesses, d'aristocrates français et européens.

Détail de Marie-Antoinette et ses enfants, 1787.... (Musée national des châteaux de Versailles et du Trianon) - image 1.0

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Détail de Marie-Antoinette et ses enfants, 1787.

Musée national des châteaux de Versailles et du Trianon

Jamais son travail n'avait fait l'objet d'une grande rétrospective internationale.

À partir du 10 juin, le Musée des beaux-arts du Canada constitue l'ultime étape de cette exposition organisée par trois institutions, dont le MET où LeDroit a visité la rétrospective en février. 

Voici donc la restauration muséale du fabuleux destin de Vigée Le Brun, peintre officielle de Marie-Antoinette à une époque où les femmes artistes n'obtenaient ni reconnaissance ni encouragement.   

Ses modèles prennent des poses détendues avec pudeur et retenue. Le trait de l'artiste est vif, alerte, contrastant étrangement avec l'immobilité du sujet. Les femmes sont très apprêtées et Vigée Le Brun s'amuse à amplifier les formes avec une touche de couleur, une pointe de brun, un rien de bleu. Sous son pinceau, les lèvres sont pulpeuses et les pommettes souvent empourprées. La cour du roi, en pleine crise politique, retrouve des couleurs le temps d'un tableau.

Ses personnages (essentiellement des femmes) ont quelque chose d'immédiatement impressionnant. Juché au-dessus du nôtre, leur regard d'une singulière intensité nous toise, nous interroge, nous charme. Ses portraits portent les noms de puissantes familles à particules: Le Sèvre, Du Barry, de Polignac, de Vaudreuil, de Guiche...

À tous ces grands pour qui le pigment est tégument, l'apparence, essentielle, le geste de la peintre vient embellir les corps en les dotant d'une profonde, énigmatique et incontournable présence. Immortalisé, le chant du cygne d'un monde menacé par la Révolution française!

Fille d'un modeste aquarelliste, rien ne prédestinait Élisabeth Louise Vigée à croquer un jour les rois. Née à Paris en 1755, elle est placée dans un pensionnat pour filles de la petite et moyenne bourgeoisie où elle reçoit une éducation diversifiée. Son père lui donne accès à son atelier, remarque son talent et la laisse méditer ces propos prémonitoires: «Tu seras peintre, mon enfant, où jamais il n'en sera». 

Dès son plus jeune âge, Élisabeth Louise côtoie artistes et gens de lettres que son père aime à inviter chez lui. Ce dernier meurt quand elle n'a que 12 ans; peu de temps après, sa mère se remarie et décide de l'inscrire dans une petite académie de dessin. Elle y perfectionne le style qui lui vaudra bientôt une renommée appréciée de la bonne société parisienne des années 1770. 

La jeune femme se marie en 1776 avec Jean-Baptiste Pierre Le Brun, un marchand de tableaux qui l'aidera à faire valoir son art. Deux ans plus tard, elle est appelée à Versailles pour y peindre la nouvelle reine de France. La cour apprécie sa très riche palette qui sait flatter le trait où il faut sans trahir son sujet. 

Proche de la reine

Vigée Le Brun réalise alors l'un de ses plus célèbres tableaux, Marie-Antoinette en grand habit de cour. Le style doux et gracieux plaît à la reine, du même âge qu'elle. Les commandes royales se multiplient, Marie-Antoinette affectionne sa compagnie et appuie son admission à l'Académie royale qui lui était alors interdite d'accès; non parce qu'elle était une femme, mais parce que son mari exerçait la profession de marchand de tableaux. 

En 1789, la Révolution est en marche. La portraitiste, trop proche de la reine pour ne pas être inquiétée, prend la poudre d'escampette dès que l'occasion se présente. Son exil durera 13 ans. De l'Italie à la Russie, en passant par l'Angleterre, l'Autriche, la Hollande et la Suisse, Vigée Le Brun révolutionnera le portrait d'apparat avec les atouts qui sont les siens: «un sens de la monumentalité qui le dispute à l'intimité et des glacis inspirés de Rubens», explique le commissaire Paul Lang. Sans omettre un physique qui, loin d'être ingrat, lui aurait ouvert de nombreuses portes.    

Une visiteuse du MET interrompt notre guide: «J'ai l'impression de voir la fin d'une ère», partage-t-elle au commissaire, scrutée par ces luxueux portraits immortalisés à quelques saisons du couperet fatal. 

En plus de 80 oeuvres, l'exposition d'Ottawa a été pensée par thèmes agencés selon une chronologie compréhensive: les autoportraits, l'entourage familial, l'Académie royale des Beaux-Arts, l'entrée à la cour à titre de peintre officielle, les chemins de l'exil et les grands portraits russes. 

Habile et volubile, fine stratège aussi, Élisabeth Vigée Le Brun survivra à la Révolution française et disparaîtra à l'âge de 87 ans.

Reste le destin exceptionnel d'une artiste talentueuse, femme d'affaires, grande voyageuse avant l'heure et témoin privilégié de l'ultime éclat de dynasties finissantes.

Une partie des frais du voyage a été prise en charge par le MBAC.

Retracer la vie d'un esprit libre

La chaîne Planète+ diffusera Le fabuleux destin d'Élisabeth Vigée Le Brun - peintre de Marie-Antoinette, d'Arnaud Xainte et Jean-Frédéric Thibault, les 12 et 19 juin à 20h.

Ce docufiction retrace la vie et la carrière hors normes de cette artiste, esprit libre, qui sut s'imposer dans les plus grandes cours d'Europe. 

Pour y aller

Quand? Du 10 juin au 11 septembre

Où? Musée des beaux-arts du Canada

Renseignements: 613-990-1985 ou beaux-arts.ca

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