Célébrer l'«esprit Dallaire»

Pour découvrir l'homme par-delà l'oeuvre, le commissaire Cheff... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Pour découvrir l'homme par-delà l'oeuvre, le commissaire Cheff a tenu à rassembler divers artefacts ouvrant une autre perspective sur Dallaire. On s'émeut devant les palettes, pinceaux et spatules de l'artiste, tachés des pigments ayant servi à peindre ses ultimes toiles, à Vence.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Que la fête commence! clame le sous-titre de l'Hommage à Dallaire. Présentée à la galerie Montcalm dès le 9 juin, l'exposition soulignera le centenaire de la naissance du peintre ayant grandi dans le Vieux-Hull. Elle célébrera surtout l'éclectisme de l'artiste, sans oublier l'homme qu'il a été.

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Le commissaire de l'exposition, Michel Cheff, en compagnie de la directrice artistique de la galerie Montcalm, Dominique Laurent

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«Il ne s'agit pas d'une rétrospective, mais d'un coup de chapeau visant à faire ressortir le style personnel de Jean Dallaire, qui s'est traduit par sa grande versatilité, mais aussi sa maîtrise de la couleur, sa technique et, plus que tout, son esprit fantaisiste et ludique», soutient le commissaire de l'exposition, Michel Cheff.

En quelque 70 tableaux, l'ancien conservateur en chef du Musée du Québec a ainsi réuni des oeuvres phares du parcours de Dallaire, allant de sa première Nature morte (signée J-P Dallaire, pour Jean-Philippe) à sa toute dernière oeuvre, Le Messager, en passant par La Folle, si spectaculaire, son fameux Autoportrait cubiste à la pipe (judicieusement monté sur le chevalet de l'artiste), sa pimpante Tête cocasse et son abstrait Calcul solaire nº 2.

Ici, on croise le regard du Hullois, un autoportrait moins connu, et l'une des premières toiles qu'il signe de son unique patronyme.

Là, on ne peut que s'extasier devant ses délicates gouaches sur carton, une première série de trois déclinant de Beaux Jours dans une palette fleurie de tons presque pastels, alors qu'une deuxième s'éclate d'Istamboul à Envers et contre tous dans des tonalités vives et un style totalement différent.

Car si Dallaire n'a pas hésité à se laisser influencer, il le faisait en toute conscience.

À preuve, cette Anouk qui n'est pas sans évoquer l'univers surréaliste de Dalí. Ou encore Odile, qui fait penser à Miró. Sans oublier certains portraits cubistes renvoyant inévitablement à Picasso (tel Head of An Angel).

«Il intégrait toutes ses sources d'inspiration pour en faire ensuite du Dallaire!» s'exclame le commissaire de l'exposition.

L'essentiel, pour M. Cheff, c'était donc d'être le plus représentatif, tout en permettant aux visiteurs de découvrir l'homme, par-delà l'oeuvre.

Outre la famille Dallaire réunie en quatre tableaux, il a tenu à rassembler divers artefacts ouvrant une perspective plus humaine sur Dallaire. Entre l'une de ses cartes d'affaires, des photos de lui et une assiette de porcelaine blanche de Louise Bousquet reprenant son Violoncelliste, trône une photo de Marie-Thérèse, fragilisée d'avoir été pliée et repliée.

«Cette photo, il l'a conservée dans son porte-feuille jusqu'à sa mort. C'est dire comme il l'a aimée, même s'il a fini par quitter sa famille...» raconte Michel Cheff.

On s'émeut devant les palettes, pinceaux et spatules de l'artiste, tachés des pigments ayant servi à peindre ses ultimes toiles, à Vence.

«Regardez ce rouge et ce bleu...» fait remarquer le commissaire, en pointant la plus petite des spatules, avant de se déplacer fébrilement vers Profil bleu, Le Chat, La Baudruche et Le Messager: «Il s'agit des mêmes couleurs qu'il a utilisées à la toute fin».

Pour parvenir à exposer tous ces artefacts et toiles, M. Cheff a pu compter sur la précieuse collaboration des fils de Jean Dallaire, François et Michel. 

Il a aussi puisé dans la collection permanente de la Ville de Gatineau, tout comme dans celles de quatre grandes institutions: le Musée national des beaux-arts du Québec (qui a prêté sept tableaux, mais pas Le Coq-licorne, soyez-en avertis!), le Musée des beaux-arts du Canada (quatre), le Musée d'art contemporain (six) et le Musée des beaux-arts de Montréal (trois).

Il a de plus cogné à la porte de nombreux collectionneurs privés d'Ottawa et de l'Outaouais, qui avaient acheté - ou ont hérité, depuis - des oeuvres de Dallaire alors qu'il recevait les gens dans son studio chez les Dominicains, à Ottawa, à la fin des années 1930, ou quand il a exposé son travail dans les galeries de la région, par la suite.

«Dallaire était un véritable autodidacte, qui a su explorer plus d'un style avec toute la créativité qu'on lui reconnaît aujourd'hui», conclut M. Cheff.

100 ans, ça se fête

En lien avec l'Hommage à Dallaire: que la fête commence!, présenté jusqu'au 14 août, la Ville de Gatineau a organisé une multitude d'activités afin de célébrer le 100e anniversaire de naissance de son fils prodigue.

Cela inclut le dévoilement des graffitis inspirés de l'univers de Dallaire et créés par des jeunes dans le Vieux-Hull (le 15 juin, à l'angle des rues Wright et Leduc); des conférences et visites commentées; la projection du documentaire Le Messager aux Brasseurs du Temps (18 juillet) et l'édition 2016 du Recycl'art, dédiée à Dallaire (du 16 juillet au 21 août).

Toute la programmation est disponible au www.gatineau.ca/100edallaire.

La famille Dallaire réunie

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L'Autoportrait de Dallaire et le Portrait de Marie-Thérèse qu'il a peint de son épouse en 1938 ont rarement été vus côte à côte, le premier appartenant au Musée national des beaux-arts du Québec et le second, à leur fils Michel.

Non seulement sont-ils ici réunis, mais les deux tableaux sont en plus accompagnés pour la toute première fois en public de leurs deux garçons: François qui dort (1951) et Michel, 10 ans (1952).

Un Espace encore à créer

Plus de 10 ans plus tard, l'idée de créer l'Espace Dallaire près du ruisseau de la Brasserie ne s'est toujours pas concrétisée.

En fait, ce projet a, depuis les premiers plans soumis à la Ville en novembre 2005 (et qui ont ironiquement permis à la firme Brière, Gilbert & Associés de recevoir un certificat de mérite de l'Institut royal d'architecture du Canada), été intégré dans le chantier plus vaste de la Grande Bibliothèque de Gatineau.

Initialement, l'Espace Dallaire devait arrimer un musée interactif consacré au peintre à des salles d'exposition, un cinéma audionumérique d'avant-garde, une bibliothèque axée sur l'image, un bistro et des boutiques.

De nombreuses oeuvres de Dallaire passeront l'été à... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 5.0

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De nombreuses oeuvres de Dallaire passeront l'été à la galerie Montcalm.

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Plongées littéraires dans l'univers de Dallaire

Le critique d'art René Viau signe une éclairante et intimiste biographie du peintre hullois dans son ouvrage publié en 2001 chez Leméac, Le cyclope et l'oiseau: le peintre Jean Dallaire, 1916-1965: sa vie, son oeuvre.

En 2000, la romancière Chrystine Brouillet s'inspire de l'imaginaire de l'artiste pour signer le conte pour enfants Le Voyage d'Olivier, une aventure rocambolesque qui entraîne le jeune Olivier au coeur des tableaux de Dallaire et lui permet de rencontrer Le Jardinier, de croiser le fameux Coq licorne, mais aussi de devoir échapper à La Folle avant de rentrer chez lui.

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Dallaire en quelques dates

1916: Jean-Philippe Dallaire naît à Hull, le 9 juin.

1932: Il étudie le dessin à l'École technique de Hull.

1933: Il peint son premier tableau, Nature morte.

1935: Avec l'aide d'amis croyant en son talent, il parvient à se payer des études de dessin et de peinture au Central Technical School of Toronto.

1936: Son «découvreur», le père Georges-Henri Lévesque, l'invite à s'installer au monastère des Dominicains à Ottawa. Le jeune homme y aménage un studio et réalise entre autres une murale pour la chapelle.

1938: Il épouse Marie-Thérèse Ayotte. Il signe son Autoportrait et Le portrait de Marie-Thérèse, avec qui il part pour Paris, grâce à une bourse du gouvernement du Québec. Là, il fréquente l'Atelier d'art sacré et l'atelier Lhote. Il y découvre notamment Picasso et Pellan.

1940: L'armée allemande l'arrête le 17 octobre. Pendant les quatre ans de son emprisonnement au Stalag 220, à Saint-Denis, en banlieue de Paris, il continue à dessiner et étudie l'italien.

1945: Il rentre au Canada.

1946 à 1952: Dallaire enseigne la peinture à l'École des beaux-arts, à Québec. Pendant cette période, il expose au Cercle universitaire de Montréal et au Musée de la Province de Québec, en plus de réaliser de grandes murales (entre autres pour L'Industrielle, à Québec).

1952: En juin, après avoir perdu son poste à l'École des beaux-arts, il déménage sa famille à Ottawa et expose l'ensemble de ses oeuvres au Foyer de l'art du livre, rue Sussex. Remarqué puis pistonné par Pierre Daviault, membre de la Société royale du Canada, il entre comme dessinateur à l'Office national du film, le 25 août.

1955: Il illustre Cadet Rousselle, oeuvre regroupant des dizaines de gouaches. Il consacre par la suite ses efforts à la série Histoire du Canada, sur les hommes et événements qui ont façonné l'histoire du pays sous le régime français: Jacques Cartier (1956), La Vérendrye (1957), Jean Talon (1960) et Samuel de Champlain (1963).

1956: Il quitte Ottawa pour s'installer à Montréal, dans les nouveaux bureaux de l'ONF.

1958: Il quitte l'ONF. Atteint d'une cirrhose très avancée, Dallaire abandonne aussi sa famille et retourne s'installer en France pour se consacrer entièrement à la peinture. Il s'établit définitivement à Vence en novembre.

1965: Le 27 novembre, Jean Dallaire meurt à Vence, dans le sud de la France. Il a tout juste 49 ans.

1968: Une première rétrospective de son oeuvre est présentée par le Musée d'art contemporain de Montréal et le Musée du Québec.

1989: L'ONF sort Félix Leclerc chante Cadet Rousselle de Daniel Frenette, mettant en valeur les célèbres gouaches du Gatinois. Le film est présenté le 6 septembre à la galerie Montcalm, lors du vernissage de l'exposition Jean Dallaire et la tradition québécoise.

2000: La galerie Montcalm propose à ses visiteurs Jean Dallaire: au bout de l'imaginaire, une version adaptée de la grande exposition Dallaire présentée par le Musée du Québec l'année précédente.

2005-2008: La Ville de Gatineau et sa galerie organisent l'exposition itinérante Dallaire, Illustrateurs, Extraits des séries historiques.

Pour y aller

Quand? Du 9 jiin au 14 août

Où? Galerie Montcalm

Renseignements: 819-595-7488 ou galeriemontcalm1@gatineau.ca

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