Les héros canadiens de la BD

Meaghan Scanlon, la conservatrice de l'exposition Alter ego, présentée... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Meaghan Scanlon, la conservatrice de l'exposition Alter ego, présentée à Bibliothèque et Archives Canada

Patrick Woodbury, LeDroit

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Le hall d'entrée de Bibliothèque et Archives Canada accueille à partir de jeudi une panoplie de superhéros masqués, avec Alter ego, une exposition qui se penche sur la bande-dessinée nord-américaine à travers le prisme de «l'identité canadienne».

Parce que l'un de deux «papas» de Superman - le dessinateur Joe Shuster - était Torontois, le Canada anglais aime caresser l'idée que le personnage le plus emblématique des superhéros américains soit un peu Canadien, sourit la conservatrice d'Alter ego, Meaghan Scanlon. 

De par la nature des liens culturels qu'ils entretiennent avec ce voisin du Sud, les Canadiens adorent s'amuser à rappeler à qui veut bien l'entendre que telle ou telle vedette apparemment américaine est en réalité un pur produit de la Feuille d'érable.

Pour les aider à jouer à ce petit jeu gentiment patriotique, la commissaire a regroupé plusieurs planches, couvertures ou dessins réalisés par des créateurs canadiens oeuvrant pour le compte des géants américains de l'édition (DC Comics, Marvel ou Image), tels David Finch, Pia Guerra, Danny Mikki ou Brian Buccellatto.

Cette exposition bilingue en profite pour dresser l'inventaire des héros censés incarner, aux États-Unis ou à l'intérieur de nos propres frontières, le Canada et ses valeurs. Et quelques autres personnages incarnant la Belle Province et les siennes, manifestement plus satiriques. 

Au détour d'un panneau, apparaît par exemple le Capitaine Kébec, créé par Pierre Fournier dans les années 1970. 

On y rencontre aussi Angloman, le «West Island Lad», qui, dans les années 1990, cherche à s'imposer comme le «défenseur des minorités linguistiques du Québec». Flanqué d'une sidekick, Poutinette, Angloman autorise les auteurs Mark Shainblum et Gabriel Morissette à tourner en dérision la politique linguistique du Québec.

La place des autochtones

Les Premières Nations ne sont pas en reste: le visiteur fera la connaissance de Kagagi «le corbeau», personnage créé par Jay Odjick. Et, dans la section «L'invasion canadienne», il découvrira sans doute l'un des plus récents personnages ouvertement Canadien à s'afficher dans les comics publiés chez Oncle Sam: Equinox. Créée en 2014 par Jeff Lemire, Equinox est une jeune femme ontarienne (comme son auteur) d'origine crie, dont les superpouvoirs changent selon les saisons. 

«Pas facile de définir l'identité canadienne à travers le costume», indique le panneau consacré aux super-héros nationaux, où l'on croise, sans surprise, Capitaine Canuck et Northguard. Pas dupe de leurs sourires confiants, ni des agencements patriotiques de rouge et de blanc, l'exposition «interroge les visiteurs sur la perception qu'on a de cette identité canadienne, tant au plan régional que national et international», fait valoir Mme Scanlon. 

L'exposition soulève des questions, mais se garde bien d'y répondre. Elle demeure essentiellement graphique quand on aurait aimé davantage de texte creusant les thèmes. 

Surtout quand les panneaux posent un regard sur l'«influence canadienne», bien incertaine, qui pourrait se dégager des aventures de Spiderman ou de Batman lorsque Todd McFarlane ou Ty Templeton se les approprient. Idem lorsque l'équipe «canadienne» du Alpha Flight va tenter, dans les années 1980, sous l'impulsion de son chef Guardian (et de leur créateur John Byrne, qui a grandi à Calgary) de ramener Wolverine dans le giron des X-Men. «Wolverine était parti se réfugier au Canada parce que [l'auteur] Chris Claremont voulait se débarrasser du personnage», illustre la commissaire.

La visite est un bon survol de ce qui se fait tant aux États-Unis que par chez nous. La BD est ici décryptée sous l'angle des nos Racines profondes (Essex County, le classique rural de Jeff Lemire, côtoie une double page de Paul à la pêche), l'angle du récit historique (un panneau ressuscite Radisson de Jean-Sebastien Bérubé, Louis Riel de Chester Brown, le Frère André ou certains exploits olympiques) ou documenté (la vie des camps de bûcherons dans les années 1930 selon Bus Griffiths; la ville abandonnée de Rapide-Blanc, sous le pinceau de Pascal Blanchet). Sans oublier de mentionner les récents «triomphes canadiens» de l'édition, où se côtoient des illustrations Y the Last Man, Scott Pilgrim et Les Nombrils.

L'ensemble donne aussi un aperçu des héros qui firent frémir les lecteurs des années 1940, tels le supersoldat Johnny Canuck, la fougueuse Nelvana et Dixon, héros de la police montée.

Les oubliés

Oui, il manque du monde. Parmi les grands absents de ce «jeu», les noms de Bernie Mireault, Fiona Staples et le Québécois Yannick Paquette nous viennent à l'esprit. Difficile d'être exhaustif.

Et la complexité du processus permettant d'obtenir les droits de reproduction des oeuvres n'aide pas, se défend Mme Scanlon.

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