Picasso, comme un livre ouvert

Vignette de Minotaure caressant une dormeuse, de Pablo... (Succession Picasso/SODRAC (2015))

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Vignette de Minotaure caressant une dormeuse, de Pablo Picasso (18 juin 1933)

Succession Picasso/SODRAC (2015)

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Entre tendre beauté classique et charge érotique violente, entre L'homme et la bêteLa suite Vollard de Pablo Picasso se décline en 100 eaux-fortes et pointes sèches ouvrant une foisonnante et troublante fenêtre sur l'homme - qui n'est jamais bien loin derrière l'artiste.

Produite pendant les années 1930, achetée par le Musée des beaux-arts du Canada en 1957, ladite Suite n'a jamais été exposée dans son entièreté depuis. Quelque 60 ans plus tard, soit du 29 avril au 5 septembre, elle lève le voile sur sept années tumultueuses de la vie de l'Espagnol.

«Le musée fait partie d'un très petit groupe d'institutions à travers le monde possédant la Suite complète», rappelle fièrement la conservatrice Sonia Del Re.

«Ce qui en fait sa particularité, c'est que ces oeuvres, bien que Picasso ne les ait lui-même jamais titrées, ont toutes été datées précisément. On peut dont les lire comme un journal intime visuel», enchaîne-t-elle.

Ainsi, qu'il renvoie aux figures antiques et métaphoriques d'hier (le taureau de l'arène et le Minotaure mythologique) ou aux traits du visage de sa très jeune maîtresse d'alors (Marie-Thérèse Walter a 17 ans lors de leur rencontre; il approche du cap des 50 ans), Picasso crée tiraillé entre calme et tempête. Entre éros et thanatos.

Femme nue assise, la tête appuyée sur la... (Succession Picasso/SODRAC (2015)) - image 2.0

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Femme nue assise, la tête appuyée sur la main, de Pablo Picasso (9 mars 1934)

Succession Picasso/SODRAC (2015)

Les oeuvres regroupées dans la troisième salle d'exposition (notamment celles réunies autour de la figure du Minotaure) témoignent justement comment, parfois au cours d'une même journée, Picasso pouvait graver une scène d'abord empreinte de langueur et de sensualité, puis à connotation plus orgiaque, pour verser dans une certaine forme de bestialité crue et la mise à mort de la bête.

D'ailleurs, certaines de ses eaux-fortes sèment, voire entretiennent, le doute sur les intentions des hommes et femmes mis en scène par l'artiste: se trouve-t-on devant l'étreinte amoureuse d'un couple, son accouplement ou un viol?

«C'est ce qui fait la force de cette Suite: Picasso laisse le spectateur libre d'interpréter ce qu'il voit», soutient Sonia Del Re. 

D'une couronne de laurier dans les longues chevelures féminines ou d'une barbe arborée par un homme, il «nous transporte dans l'Antiquité d'un seul élément de son vocabulaire visuel», renchérit la conservatrice. Or, de quelques traits supplémentaires, il juxtapose sa touche cubiste toute personnelle, aisément reconnaissable (on aperçoit ici et là des clins d'oeil à ses fameux bustes blancs de Marie-Thérèse).

Pendant la période qui s'est étirée jusqu'en 1937, Picasso a presque délaissé la peinture pour se consacrer à la gravure; gravure dans laquelle «on ressent son besoin de jeter sur papier ses émotions», explique Mme Del Re.

On sent aussi son besoin de ciseler la transformation à travers la répétition.

La Suite doit son nom à Ambroise Vollard (1866-1939). L'homme découvre Picasso (ainsi que Gauguin et Van Gogh, entre autres); en devient le premier marchand et éditeur d'estampes. Acquise en 1957 par le MBAC, elle y est présentée dans un ordre chronologique qui permet au visiteur de mieux percevoir l'évolution de ses états d'âme, en quelque sorte, et de la versatilité foisonnante de travail.

Pour y aller

Quand? Du 29 avril au 5 septembre

Où? Musée des beaux-arts du Canada

Renseignements: 613-990-1985 ou beaux-arts.ca

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