Décliner votre identité: muséologie sociale

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Les photos frappent le regard, mais pas autant que les témoignages personnels qui résonnent (dans un casque d'écoute) comme autant de cris du coeur.

Etienne Ranger, LeDroit

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La Galerie UQO accueille jusqu'à la fin avril Décliner votre identité, une exposition à travers laquelle 11 femmes judiciarisées expriment, en mots et en images, un point de vue artistique sur elles-mêmes.

Elles sont à la fois les auteures et le sujet des oeuvres.

Parfois de façon anonyme, parfois plus ouvertement, elles cherchent à renvoyer d'elles, à travers un autoportrait «audio-photographique», une autre image que celle que la société perçoit et leur renvoie. Une image généralement réductrice, «associée à la faute, au délit ou à l'échec», explique Marie-Eve Fiset-Tremblay.

L'étudiante en travail social à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) a rencontré ces femmes dans le cadre de son projet de maîtrise. Selon elle, «cette image peut finir par contaminer leur propre perception. Certaines d'entre elles avaient par exemple tendance à se présenter d'emblée comme anciennes détenues ou ex-toxicomanes».

C'est d'ailleurs grâce aux efforts du Département de travail social de l'UQO, conjugués au soutien de l'École multidisciplinaire de l'image (ÉMI), que le projet a pu faire le voyage depuis Montréal.

Outil de changement

Mis sur pied par Art Entr'Elles - un collectif montréalais de femmes artistes, à vocation sociale - et Projet Ose, co-commissaires de cette exposition, cette initiative se situe au confluent de l'art visuel, de l'art communautaire et de l'intervention sociale. Les trois domaines amorcent ici un dialogue des plus fructueux, et l'enseignant à l'ÉMI Éric Langlois, n'hésitant pas à parler de «muséologie sociale», voit en cette initiative un outil de changement individuel et collectif. 

On n'est toutefois absolument pas dans une démarche de victimisation ni de vindicte, mais bien dans la volonté de transcender les embûches qui ont pu être la cause de leurs actes répréhensibles, dans le refus d'accepter l'impasse, les stéréotypes, ou les regards les condamnant à une «carrière déviante».

«Ces femmes ont pu se réapproprier leur image, et auraient trouvé une forme de sérénité, voire de réhabilitation, dans l'aboutissement de ce projet artistique.»

Marie-Eve Fiset-Tremblay
étudiante en travail social à l'UQO
Si l'image de Suzy Hunt (Suzy Hunt vs.... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 3.0

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Si l'image de Suzy Hunt (Suzy Hunt vs. The Queen, au centre) est la plus saisissante, l'auteure se projetant en costume victorien, parée d'une couronne, d'une moue sévère et d'un iPod, sa prise de parole - adressée à The Virgin Queen - n'est pas moins intéressante, poétiquement.

Etienne Ranger, LeDroit

Elles ont été encadrées par la photographe Sandra Lachance et l'auteure Sarah Lalonde. Il s'agit d'une démarche collaborative: tout le processus de création s'est déroulé en groupe, chaque individu trouvant refuge au sein du collectif, mais chaque voix faisant individuellement écho aux autres. 

Les dimensions importantes (60 par 40 po) des portraits photographiques rendent compte d'un travail sur l'image et l'estime de soi, de la part de ces femmes artistes dont l'identité est en reconstruction, fait valoir Éric Langlois, qui a réactualisé l'exposition pour la Galerie UQO, en compagnie d'Ivan Jozepovic.

Les photos frappent le regard, mais pas autant que les témoignages personnels qui résonnent (dans un casque d'écoute) comme autant de cris du coeur. Ce rapport direct à leur voix crée un rapport immédiat, plus intime et particulièrement poignant. 

«L'audio, c'est ce qui rend le sujet plus réel. On est face à quelqu'un qui nous parle. On réalise que ces femmes ne sont pas juste des sujets, mais des participantes», fait valoir la directrice de la galerie, Marie-Hélène Leblanc.

Si l'image de Suzy Hunt (Suzy Hunt vs. The Queen) est la plus saisissante, l'auteure se projetant en costume victorien, parée d'une couronne, d'une moue sévère et d'un iPod, sa prise de parole - adressée à The Virgin Queen - n'est pas moins intéressante, poétiquement.

Et que dire d'Embryon de bonheur, vibrant poème signé Catherine Tremblay, qui, sur sa photo, préfère rester floue, à l'arrière-plan, tandis que son jeune fils prend toute la place. «Son inconditionnel pardon, ma rédemption», slame-t-elle, opposant le marmouset, son horizon et sa lumière au passé, «pays des carences» où «mes démons deviennent déments».

Une borne interactive permet de découvrir les coulisses du projet. L'exposition est complétée par des textes rédigés par des étudiants en travail social et portant sur l'impact social de l'art communautaire et sur certaines problématiques liées au crime ou à l'incarcération.

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 23 avril

Où? Galerie UQO (pavillon Lucien-Brault; 101, rue Saint-Jean-Bosco)

Renseignements: galerie.uqo.ca ou 819-595-3900 poste 2677

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