Artistes sans frontières

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Pour sa première exposition de l'année, la Galerie 101 frappe fort. Elle offre un parcours très actuel, un voyage profond, poignant, de terres en terres, à partir des récits d'immigration d'artistes établis à Ottawa.

Le titre de l'événement, There's Room, s'inspire du mot cri «Tawaw» pour «bienvenue» qui signifie également qu'il y a de la place. Jusqu'au 27 février. 

Une douzaine d'artistes venus de tous horizons ont été réunis dans cette exposition collective organisée en réaction à la crise des réfugiés syriens. 

«Né à Bogota», «originaire de Gaza», «venu de Bagdad», «immigrée de Hongrie», révèle la biographie des artistes sélectionnés par la commissaire Petra Halkes. Bien souvent, les récits d'immigration ont des ramifications sur plusieurs générations, à l'instar de Rachel Kalpana James, née en Angleterre de parents immigrés d'Inde à la fin des années 1950. 

À l'entrée du parcours, son installation vidéo accueille le visiteur par deux perspectives de la même frontière entre l'Inde et le Pakistan, filmées en deux plans que tout oppose: d'un côté, le faste d'une cérémonie martiale organisée chaque soir devant une foule compacte lors de la fermeture du poste pour la nuit. Le second plan montre comment, le lendemain, il suffit de tendre son passeport à des douaniers avachis autour d'une table de pique-nique et de signer un formulaire pour traverser la frontière!

Le visiteur circule à l'aise, dans cet espace où les oeuvres captent le regard. Au centre de la galerie, l'artiste d'origine roumaine Laura Taler interroge la reconstruction identitaire en ayant recours à une démonstration très pratique. Elle a démonté deux chaises de coiffeur et aligné toutes les pièces de l'objet au sol. Qui se risquerait au ré-assemblage du tout? «De toute évidence, la reconstitution est un échec, écrit-elle, car l'objet original ne peut pas être représenté, recréé et reproduit après tout ce qui lui est arrivé.»

Certains artistes préfèrent l'expression directe: Installation in the style of realism de Zainab Hussain et Stephanie Marton présente des témoignages de réfugiés installés au Canada depuis un certain temps déjà.  

Fragments choisis: «Au départ, je ne m'imaginais pas vivre ici, c'était trop froid, puis on m'a conseillé de venir visiter l'été et de décider ensuite», partage une voix masculine rehaussée d'un fort accent indien. «Pour nous, enfants, nous ne réalisions pas vraiment ce qui se passait», dit une autre. «L'exclusion, ça a été le plus difficile, tu seras toujours considéré comme un étranger», enchaîne un troisième. 

Au mur, des photos de familles voisinent le permis de travail temporaire d'un caissier, estampillé 2014. Comme si le récent présent de cette immigration façonnait déjà l'histoire du Canada.

D'autres oeuvres, enfin, ont recours à un imaginaire intime ou collectif. Difficile de ne pas inscrire le Flash Sale de Mohamed Thiam dans la lignée esthétique des publicités Banania créées dans les années 1914, durant la période coloniale. 

«Buy 1, get the rest! Cheaper by the dozen!! In all color schape or size», inscrit l'artiste originaire d'Arabie Saoudite sur ses affiches promotionnelles mieux détournées pour s'inscrire dans l'actualité des migrations.

Dans un tout autre genre, Before and After d'Asal El-Rayes convoque la représentation onirique d'une ville dorée avec, en surplomb, un autoportrait de l'artiste face à la Méditerranée. C'était «before»... L'«after» est bien moins coloré après la guerre de Gaza: née dans une famille de réfugiés palestiniens, Asal El-Rayes a transformé la seconde moitié de son installation en paysage dévasté. 

Quelle que soit l'approche de ces artistes, la démarche reste la même: retracer les histoires singulières de réfugiés qu'ils furent parfois, donner un aperçu de ce que sont ces vies d'exil, de bagages et de nouveaux caps. Une exposition salutaire.

Pour y aller

Où? Galerie 101 (51B, rue Young)

Quand? Du mardi au samedi, jusqu'au 27 février, 10h à 17h

Renseignements: 613-230-2799

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