Douce promenade le long de la Seine

Soulignons la mise en espace judicieuse de l'exposition.... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Soulignons la mise en espace judicieuse de l'exposition. Loin d'être rectiligne, le parcours offre de multiples surprises au visiteur curieux.

Etienne Ranger, LeDroit

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Une bonne exposition, c'est souvent une bonne idée. Nouvelle, surprenante. Pour tout dire, la thématique du pont chez Monet ne s'imposait pas d'emblée comme un sujet très enthousiasmant. Monet, oui! Mais les ponts... Derrière ce thème, on y voyait surtout l'occasion pour le MBAC de lancer une de ces expositions-dossiers inspirées des collections permanentes, permettant d'offrir une autre vision moins passive de chefs-d'oeuvre parfois insuffisamment mis en valeur. Ou d'honorer ses donateurs, comme ce fut le cas pour la précédente exposition L'éveil de la beauté qui déroulait tapis rouge et cimaises au généreux collectionneur Dennis T. Lanigan. Cette fois, le prêteur est une compagnie basée à Ottawa, VKS art ink, dont le prêt à long terme du tableau Le Pont de bois (1872) - restauré par les soins du musée - a déclenché la présente exposition.

Chapeau bas à la commissaire Anabelle Kienle Ponka pour avoir réussi à valoriser ce tableau en l'associant à 11 autres toiles de l'artiste, colligées du monde entier et mises en contexte le long d'un parcours agréablement aéré. Au-delà du pont, c'est la modernité naissante, la reconstruction de la France autour de son paysage urbain d'après-guerre, avec toute la fiction portée par l'imaginaire, qui sont à découvrir jusqu'au 15 février 2016.

Au lendemain de la guerre franco-prussienne, la famille Monet rentre en France et s'établit à Argenteuil, une bourgade ouvrière en bord de Seine. Des régates s'y donnent les dimanches, la ville devient une destination de villégiature privilégiée des parisiens. Cultivant l'art du promeneur, Monet en parcourt les rives, se fait témoin de la reconstruction des ponts détruits pendant la guerre. Multipliant les perspectives, il n'en retient que la beauté des paysages et ose un regard contemplatif sur les tableaux de la nature. Ses vues sont très construites, voire idylliques, loin des paysages dévastés que met en avant la section photographique consacrée à «La guerre en images».

Questionnement

En cela, l'exposition réussit à susciter le questionnement sans trop en dire. Le parcours se veut contemplatif plutôt qu'explicatif; pour preuve, cette immersion en toute quiétude dans «La musique impressionniste», cette discrète mise en perspective avec des estampes japonaises qui l'auraient influencé ou encore ces citations de poètes disséminés ici et là sur les cimaises, autant de clés pour admirer les oeuvres exposées.

«Je n'ai jamais vu un bateau plus légèrement posé sur l'eau que dans ses tableaux», nous aiguille Mallarmé.

Soulignons la mise en espace judicieuse de l'exposition. Loin d'être rectiligne, le parcours offre de multiples surprises au visiteur curieux. Il faut prendre le temps de l'observation, retrouver en somme les conditions de la contemplation, ce que les musées permettent de moins en moins. «Les visiteurs s'attardent en moyenne entre 15 et 30 secondes devant une oeuvre. J'ai voulu que l'on prenne son temps», précise la commissaire.

Force est d'admettre que les deux dernières salles de l'exposition mettent brutalement fin à la rêverie. Elles rappellent que le musée a d'autres fonctions et d'autres visiteurs, qu'il se destine aussi à faire sa promotion sur les réseaux sociaux et doit s'adapter au fameux «virage numérique» en proposant des distractions interactives. Quand Monet rime avec monnaie...

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