La nature de l'art de Karina Pawlikowski

Le titre de l'exposition dit tout: Suite de paysages... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le titre de l'exposition dit tout: Suite de paysages étiolés.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Quelle est la place de la nature chez soi, dans l'espace domestique? Karina Pawlikowski, artiste visuelle diplômée de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), présente une série de dessins singuliers en prise avec la nature et sa domestication par l'homme, au Centre d'exposition L'Imagier du secteur Aylmer.

Bien entendu, la nature en question n'est ni celle des romantiques ni celle des impressionnistes, mais la nôtre: une faune et une flore en perdition, sauvegardée, parquée, domestiquée, que l'on modèle selon ses envies et son espace. Bref, une nature à la fois mise en coupe et tenue sous perfusion. Le titre de l'exposition dit tout: Suite de paysages étiolés.

Sous le crayon habile de la dessinatrice, l'étiolement s'affiche en toute légèreté - ce qui rend l'impression de désolation encore plus frappante. Elle utilise le pointillisme pour représenter une série de plantes d'intérieur dépotées - racines apparentes encore moulées selon la forme du pot. Ses dessins aériens s'affichent comme des herbiers à méditer sur l'empreinte que nous laissons sur notre environnement.

Karina Pawlikow­ski... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 2.0

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Karina Pawlikow­ski

Patrick Woodbury, LeDroit

Karina Pawlikowski dit s'inspirer de «la nature créée par l'homme, qui n'est plus naturelle, voire totalement artificielle».

Le propos se fait plus engagé avec cette peau de bison représentée grandeur nature, posée au sol comme un tapis sous lequel gît le cadavre d'un animal. La faune d'intérieur fait peine à voir. 

Utilisant la technique du papier carbone - «qui rend l'effacement impossible» - l'artiste dessine un aquarium géant que l'on dirait inachevé: le trait qu'elle forme à l'aveugle suit les contours d'une flore en plastique. Les poissons, surnageant à la surface, sont enfermés dans des sacs. «Une pratique courante dans les animaleries, explique-t-elle. Ça leur permet de s'acclimater à la température de l'eau.»

Ce dessin grand format fait écho à un autre du même acabit: une dame, de dos, porte dans une main son sachet d'épicerie, dans l'autre, un second sachet rempli d'eau renfermant son futur animal de compagnie. Dans ces deux représentations, le trait de la dessinatrice se fait minimal, elliptique. Il s'affiche comme le constat d'une nature reconstituée, transplantée dans un environnement où s'insinue un sac plastique promené par un personnage sans visage, sans contours, comme une menace. L'homme destructeur, sans âme, se trouve donc face à cette nature artificielle, domestiquée de sa propre main. Il en joue, se prend fièrement en «selfish» avec sa dernière prise parmi la dernière série de dessins exposée dans une pièce adjacente.

Aucune étiquette. Aucun commentaire. Karina Pawlikow­ski préfère laisser libre cours à l'interprétation du visiteur. Elle se contente de signaler la toute dernière pièce de l'exposition: un cliché d'elle pris en polaroïd alors qu'elle avait 12 ans, un crocodile nain dans les bras.

Un beau travail tout en finesse à découvrir jusqu'à la mi-décembre.

Pour y aller

Où? Centre d'exposition L'Imagier

Quand? Jusqu'au 13 décembre

Renseignements: 819-684-1445; limagier.qc.ca

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