Sous les ponts de Claude Monet

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Certaines oeuvres n'ont jamais été exposées au Canada, à l'instar du Bassin d'Argenteuil.

Courtoisie

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Après Van Gogh l'an dernier, le Musée des beaux-arts du Canada accueille un nouveau ténor de la peinture: Monet.

L'exposition temporaire, à l'affiche du 29 octobre au 15 février 2016, n'a pas pris de disposition particulière pour réguler le flux de visiteurs attendus. Elle présente 12 oeuvres du grand maître impressionniste, certes déterminantes dans la carrière de l'artiste, mais qui ne sont pas ses plus célèbres: une série sur les ponts, peinte entre 1872 et 1875. 

La thématique est née à la faveur d'un prêt à long terme octroyé au musée, il y a deux ans, soit celui d'un tableau majeur de la jeunesse du peintre: Le pont de bois (1872). 

«Nous cherchions quoi faire autour de cette toile, explique la commissaire Anabelle Kienle Ponka. Il ne s'agit pas de n'importe quel Monet: elle a inspiré tout son travail.» 

La collection du MBAC détenait déjà l'une des peintures du maître, la très turnerienne Waterloo Bridge, le soleil dans le brouillard, acquise en 1914. Il a donc fallu deux ans pour colliger 12 tableaux thématiques - initialement 13, mais l'un des prêteurs a fait défaut au dernier moment - et réunir une sélection de photographies et d'estampes japonaises destinées à contextualiser le travail pictural. 

Les oeuvres viennent du monde entier - dont deux du Musée d'Orsay, à Paris - et certaines n'ont jamais été exposées au Canada, à l'instar du Bassin d'Argenteuil

C'est dans cette banlieue parisienne ouvrière, hier médiatisée par l'ancien président français Nicolas Sarkozy qui songea en ces lieux à se «débarrasser de la racaille», que Claude Monet s'établit paisiblement au lendemain de la guerre franco-prussienne et à la suite d'un exil à Londres. 

«Son ami le peintre Édouard Manet connaissait la dame qui lui louera son logement à Argenteuil, raconte la commissaire. Il a vue sur la Seine tandis que la gare, très proche de sa maison, lui permet de rejoindre facilement Paris en train où il gardera un studio.» 

Monet peut ainsi se rapprocher de plus en plus de ses motifs de prédilection: le chemin de fer et les ponts. Ici, le peintre joue sur la monumentalité de l'architecture industrielle, comme sur les volutes de fumée de la locomotive traversant le pont, ou sur les bateaux voguant sur la Seine.  

Loisirs en émergence

«Cette époque connaît l'émergence des loisirs, un centre de voile se situe non loin de chez lui, il assiste régulièrement à des régates.» 

Son oeuvre incarne ce contraste entre l'imposante reconstruction industrielle que connaît la France après la guerre et l'attrait naissant pour de nouveaux loisirs. 

Son pinceau en témoigne: le paysage industriel d'une cité ouvrière se mêle aux charmes bucoliques de la campagne - rives verdoyantes, vastes prairies, reflets miroitant de la Seine... «Monet réinstaure une quiétude d'avant-guerre dans ses compositions, ce qui plaît fort aux collectionneurs», renchérit la commissaire. 

L'exposition Un pont vers la modernité a été conçue pour souligner les débuts novateurs de celui qui deviendra la figure de proue de l'impressionnisme. Le pont, bien plus qu'un modèle impassible, symbolise sa vision distanciée d'un paysage urbain remodelé après la débâcle de 1870. Les couleurs que Monet fait vibrer dans ses compositions sont celles d'un pays entré dans la modernité, celles «d'un retour à l'ordre auquel aspire France» après la dévastation engendrée par la guerre civile. 

«Tout est question de transition dans ses oeuvres, analyse Anabelle Kienle Ponka. Aujourd'hui, elles nous font réfléchir à la nécessité de s'adapter au changement, de se réinventer, de garder un regard frais et ouvert quoi qu'il arrive.»

«Waterloo Bridge, le soleil dans le brouillard», 1903

«Ce tableau a été placé en fin de parcours, il démontre qu'en 1903 les préoccupations de Monet ont changé: le pont n'est plus le sujet du tableau, même s'il y figure dans la brume. Symbolisant l'horizon londonien, le peintre joue sur les reflets du soleil sur la Tamise. Cette toile annonce le courant abstrait dans lequel s'inscriront ses fameux Nymphéas. Il est évident que le peintre anglais William Turner l'a beaucoup inspiré.»

Le tableau a été acquis par le Musée des beaux-arts en 1914.

«Le pont de bois», 1872

«Cette toile rappelle les procédés des estampes japonaises que Monet collectionne, par son cadrage serré qui concentre l'attention sur une seule arche, ou encore par ces silhouettes traversant le pont. Monet effectue un virage en matière de composition artistique qui préfigure les représentations futures du pont d'Argenteuil. S'appuyant sur un jeu de reflets de la structure du pont en chantier avec ses échafaudages, il recrée un cadre à l'intérieur du tableau, à la manière d'une fenêtre sur un nouveau monde.»

«Le Pont du chemin de fer», Argenteuil, 1874

«La ville d'Argenteuil est en plein changement, Monet en souligne la beauté de sa modernité. Ce tableau met en relief les piliers de béton qui brillent à la lumière, autant que la fumée du train traversant le pont. Mais la composition ne se concentre pas uniquement sur le pont, elle parle autant de ce bateau à voile, en contrebas, qui symbolise les loisirs de l'époque.»

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