Satire en noir et blanc

Harper, économiste fantoche aux manoeuvres secrètes? C'est en... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Harper, économiste fantoche aux manoeuvres secrètes? C'est en tout cas ce que suggère, en anglais, le titre de ce photomontage: Closet Economist.

Etienne Ranger, LeDroit

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C'est un rendez-vous de circonstance, une drôle d'exposition sur un sujet qui ne l'est généralement pas: la politique.

La Galerie Cube, dans le secteur Westboro, se met au diapason des élections fédérales avec Court Painter: Good to go! d'Allan MacKay. Âmes politiquement correctes, s'abstenir. On reconnaîtra, dès le titre, l'expression compromettante qu'aurait utilisée le bureau de Stephen Harper au sujet du remboursement des dépenses frauduleuses du sénateur Mike Duffy. L'artiste albertain mitraille ses cibles sans ménagement: il exécute une série de collages stupéfiants, où le monde politique canadien prend une sévère volée de bois vert. 

La rétrospective réclame du temps, de l'attention. Ses photomontages satiriques et contestataires recèlent plusieurs niveaux de lecture qui peuvent échapper au visiteur non averti. «C'est une exposition qui plaira aux mordus de politique», prévient le galeriste Don Monet.      

Pour accomplir son projet transgressif, Allan MacKay s'est largement servi du registre comique en reprenant les scandales de nos dirigeants. Un humour qui peut s'exprimer dans des formes aussi variées que le détournement, le grotesque, la caricature, la satire, la parodie, ou encore le burlesque. 

Le parcours de Court Painter: Good to go!, comme l'Enfer ou la piste de cirque, est concentrique. Chez Allan MacKay, l'art se fait miroir grossissant de l'arène politique. Il expose une série de personnages caricaturaux, difformes et terrifiants, voire tyranniques, mis en scène dans divers scandales politiques. 

«À mi-chemin entre les beaux-arts et la caricature politique», précise Don Monet. 

Commençons par cette représentation parodique de Stephen Harper manoeuvrant sur le fleuve des Enfers, d'après une illustration de Gustave Doré. Le parcours de l'exposition sera, en effet, semé d'embûches pour le premier ministre déguisé en superman conservateur. 

Le chef du gouvernement est représenté sous toutes les coutures, et non des plus flatteuses: la bouche cousue devant un tableau symbolisant l'époque des pensionnats autochtones (Court Painter & Silence), prenant un égoportrait devant le parlement avec l'ex-sénatrice Pamela Wallin, laquelle fut suspendue après des dépenses jugées injustifiées (Selfie #5), ou encore accroché à un vulgaire cintre dans un placard estampillé «Recession». Économiste fantoche aux manoeuvres secrètes? C'est en tout cas ce que suggère, en anglais, le titre de ce photomontage: Closet Economist

Si Stephen Harper est le véritable (anti)héros de l'exposition, il n'est pas le seul épinglé par Allan MacKay. Mike Duffy, les frères Ford, Dean del Mastro figurent eux aussi en bien mauvaise posture, accompagnés de casseroles, déguisés en prisonniers ou tout simplement figurant parmi la cour docile de Stephen Harper.

Le chef du fédéral est représenté sous toutes... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 2.0

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Le chef du fédéral est représenté sous toutes les coutures, et non des plus flatteuses, notamment la bouche cousue devant un tableau symbolisant l'époque des pensionnats autochtones (Court Painter and Silence).

Etienne Ranger, LeDroit

On l'aura compris, cette galerie de portraits n'a rien de reluisant... Elle touche particulièrement sa cible quand elle s'attarde sur des sujets très actuels: le débat sur le niqab, que le premier ministre observe à la jumelle (Conada Day), l'accueil des migrants mis en parallèle avec le scandale des avions F-35 dans le même photomontage (Court Painter & Political Will), ou encore l'affaire du polo conservateur récemment exhibé par le ministre fédéral Pierre Poilievre (Shameless).   

En fil conducteur des oeuvres exposées, Allan MacKay représente une figure de peintre officiel de la cour (reconnaissable à sa cigarette) que l'on retrouve dans la plupart des photomontages. En premier plan, il est le témoin et le représentant acerbe des enjeux actuels. Intérêts financiers, jeux politiques tordus et hypocrites, magouilles diverses, instrumentalisation des médias, tout y passe. 

L'humour d'Allan MacKay se dresse ici comme un rempart contre l'injustice. Son utilisation s'avère un moyen efficace pour dénoncer la violence et la désarmer, ce qui ne la rend pas plus supportable, mais au moins affrontable.

Pour y aller

Où? Galerie Cube

Quand? Jusqu'au 25 octobre

Renseignements: 613-728-1750; cubegallery.ca

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