L'éveil lettré de la beauté dessinée

La collection de dessins préraphaélites du chirurgien dentiste... (Etienne Ranger, LeDroit)

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La collection de dessins préraphaélites du chirurgien dentiste canadien Lanigan, dont une partie a fait l'objet d'une donation, a les honneurs du musée.

Etienne Ranger, LeDroit

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Il ne faut pas chercher la toile de maître dans l'exposition L'éveil de la beauté. Ce nouveau rendez-vous en arts visuels, présenté jusqu'en janvier 2016, nous fait découvrir plus d'une centaine de dessins préraphaélites tirés de la collection privée de Dennis T. Lanigan. «Ma stratégie ne consistait pas à amasser les chefs-d'oeuvre, mais plutôt à choisir des pièces qui m'attiraient en raison de leur valeur esthétique et historique», prévient en note d'intention ce collectionneur passionné d'art victorien et généreux donateur à l'égard du MBAC.

En traitant de cette période à travers un ensemble important de dessins variés - portraits, paysages, allégories, esquisses ou travaux aboutis - le Musée des beaux-arts du Canada lance une de ces opérations de redéploiement interne qui ravive l'intérêt autour de certaines pièces.

C'est l'occasion de donner à voir autrement des oeuvres clés du musée ou de faire redécouvrir celles, injustement oubliées, qui somnolaient dans le purgatoire des réserves. Mais c'est surtout le prétexte de rendre les honneurs à ce chirurgien dentiste de Saskatoon qui, depuis deux décennies, enrichit gracieusement la collection du MBAC en peintures, dessins et estampes britanniques de l'époque victorienne. L'exposition apparaît comme un acte de reconnaissance de la part du directeur du musée Marc Mayer qui remercie ainsi M. Lanigan de son plus récent don de 80 pièces. Et lui offre, pour l'occasion, la rédaction des notices de toutes les oeuvres exposées. Derrière ces marques d'amabilité mutuelles, que révélera L'éveil de la beauté au visiteur lambda?

D'abord, que le musée puise ses origines dans l'art britannique de la fin de l'époque victorienne. L'étude de la figure de la Mort pour le tableau Le Temps, la Mort et le Jugement est là pour le rappeler: ce dessin préparatoire servit à l'élaboration de l'une des premières toiles (signée Watts) offertes au MBAC. C'était dans les années 1880.

Divisée en quatre thèmes, l'exposition propose une incursion foisonnante dans un siècle qui remet en question ses modèles artistiques. Un cercle de jeunes gens, peintres, critiques, entend défier les conventions établies par la Royal Academy of Art de Londres. Marre d'une certaine peinture au style ampoulé et érigée en canon de beauté! Ces dissidents veulent revenir à l'art des primitifs italiens qui a précédé Raphaël et les conventions idéalisées de la Renaissance. Ils se nomment la Confrérie préraphaélite. Les anachronismes ne les effraient pas. Ils représentent les femmes dans des drapés d'inspiration classique, tandis que les hommes retrouvent prestige dans des armures chevaleresques du Moyen Âge. Le médium photographique les fascine tout autant, comme le témoigne cette aquarelle du «Marchand de Venise» que l'on prendrait aisément pour une photographie sépia.

Par leurs soins, la littérature devient tableau, l'histoire courtoise et la religion servent de trame à des oeuvres aussi narratives que les feuilletons de Dickens. Lancelot côtoie Iphigénie, Samson et Dalila, Iseult, Sainte Cécile, Prospéro, Médée...

Une invitation à pénétrer dans ce délicat salon anglais que les artistes préraphaélites ont transformé en véritable bibliothèque

Pour y aller

Quand: Jusqu'au 3 janvier 2016

Où: Musée des beaux-arts du Canada

Renseignements: 613-990-1985 ou www.beaux-arts.ca

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