Revoir le communisme

Une oeuvre signée par Guillermo Trejo: un buste... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Une oeuvre signée par Guillermo Trejo: un buste muselé et aveuglé par un sac poubelle.

Etienne Ranger, LeDroit

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Que représente le communisme en 2015 et qu'en reste-t-il? Comment l'interprète-t-on aujourd'hui? Ces questions sous-tendent l'exposition S'endormir près du monument pendant la révolution, présentée à la nouvelle galerie UQO, et qui réunit des oeuvres de Bojan Fajfric, Milutin Gubash et Guillermo Trejo.

«Le Monument aux victimes du communisme a servi de bougie d'allumage à mes échanges avec les artistes», explique la commissaire de l'exposition et directrice de la galerie, Marie-Hélène Leblanc.

En invitant trois créateurs ayant un lien direct avec soit le joug communiste (dans les deux premiers cas), soit la révolution (dans celui de M. Trejo, originaire du Mexique), Mme Leblanc voulait raconter «une histoire» à partir d'éléments de reconstitution historique et de réflexions sur l'idée du monument, de la révolte populaire et de la répression.

Le résultat se décline en trois temps de narration.

S'endormir...

La vidéo d'une quinzaine de minutes proposée par Bojan Fajfric - présentée dans une partie de la salle plongée dans le noir, avec un long banc pour permettre aux visiteurs de s'asseoir - renvoie au verbe du titre.

Le Serbe d'origine y incarne son père Mirko, de sa sortie du lit, au petit matin, jusqu'au moment où ce dernier tombe endormi... sous les yeux des caméras de télévision lors de la huitième session du Comité central de la Ligue communiste de Serbie, en septembre 1987.

Cette session a, pour plusieurs historiens, marqué un point tournant dans l'histoire de l'ex-Yougoslavie, puisqu'on devait y tenir un vote sur la «révolution anti-bureaucratique», qui mènera dans la foulée à l'élection de Slobodan Milosevic à la tête d'un parti unique. Avec le résultat que l'on sait.

Dans un mélange d'images tournées hier et tout récemment, entre brossage de dents et paupières se fermant toutes seules, Bojan Fajfric se rejoue en boucle ce rendez-vous avec l'histoire, raté par son paternel.

... près du monument...

Milutin Gubash revisite à sa manière l'idée du monument.

Pour ce faire, il a construit une impressionnante structure à l'aide de divers objets liés à sa pratique artistique (trépieds, éclairages, papier bulle, etc.) et des caissons de bois (contenant véritablement ses oeuvres photographiques qu'il sera possible de voir ailleurs dans la région dans quelques mois).

Ici, un vrai drapeau flottant au vent, qui s'avère en fait la reproduction d'une photo du drapeau yougoslave à travers le soleil.

Là, un cadre avec une photo de Tito fait tout autant un clin d'oeil au film de son compatriote Bojan Fajfric qu'à l'omniprésence des dirigeants communistes dans le quotidien des gens, à une époque pas si lointaine.

Ce faisant, il «monumentalise» aussi la carrière de l'artiste, en en montrant les facettes pratico-pratiques et non l'installation finie traditionnelle.

... pendant la révolution

L'installation de Guillermo Trejo, qui travaille notamment autour de l'imprimé (affiches, bannières, etc.), est particulièrement puissante.

Un buste, muselé et aveuglé par un sac poubelle, affublé d'une couronne mortuaire (qui fanera sur place), est placé devant une banderole de manifestants où, en lieu et place d'un slogan mobilisateur, est inscrit un seul mot, tel un troublant constat: Indifférence.

Plus loin, déposées à même le sol, des piles de tracts rendent bien l'esprit de son intervention de par les titres qu'ils arborent: A Political Action, A Poetical Action et Apolitical Action.

«Il m'apparaît d'autant plus important, en cette période électorale, de présenter une telle exposition et de participer au développement du sens critique et de la réflexion sociale des étudiants de l'université, mais aussi du public, qui a lui aussi accès à notre nouvelle galerie», conclut Marie-Hélène Leblanc.

Pour y aller

Où? Galerie UQO (pavillon Saint-Jean-Bosco)

Quand? Jusqu'au 31 octobre

Renseignements: 819-595-3900 poste 2677 ou galerie.uqo.ca

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