La destruction peinte en noir

Avec l'exposition Catalyst, l'artiste-peintre Alyson Glenn n'a pas... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Avec l'exposition Catalyst, l'artiste-peintre Alyson Glenn n'a pas choisi de rendre hommage à la beauté de la nature, au contraire.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Il y a d'abord le livre d'or, posé dans l'entrée, que l'on signe généralement après avoir visité une exposition mais que l'on peut également consulter avant, afin d'avoir une idée de ce qui nous attend. Celui de l'exposition Catalyst, d'Allyson Glenn, n'est pas banal.

Entre les félicitations de circonstance, on relève quelques commentaires plus circonspects, voire carrément outrés. «Terrible» revient ici et là. Il faut dire que l'artiste établie à Saskatoon n'a pas choisi de rendre hommage à la beauté de la nature. Mais plonge plutôt ses pinceaux là où ça dérange: la pollution pétrolière. La galerie Karsh-Masson de la ville d'Ottawa présente son travail jusqu'au 12 octobre.  

En 2012, Allyson Glenn découvre, près de chez elle, que le retrait d'une chaudière à mazout a laissé des résidus de fioul dangereux sous sa maison. Le verdict tombe: les fondations et la façade doivent être reconstruites. L'artiste voit littéralement sa maison se dérober sous ses pieds. Elle tirera de cette mésaventure une série de tableaux cathartiques, regroupés sous le titre Catalyst. L'artiste peintre explore le sujet pendant trois ans, jusqu'à ce vol de corbeaux qui clôt le parcours de l'exposition: un tourbillon de jais s'extirpant d'une tache mazoutée.

Effets pervers

Ses huit tableaux incarnent l'effondrement de l'univers domestique au détriment de l'or noir, invasif et omniprésent. Catalyst s'ouvre sur une coupe vertigineuse d'une maison représentée en vue plongeante, noyée dans un magma de fioul. En son centre, une jeune femme gît, recroquevillée. 

À gros traits et sur grand format, le pinceau raconte le vertige et la chute, l'explosion puis la démolition inéluctable de la maison. Les titres réfèrent sans détour au sinistre représenté: cave (caverne), demolition, caught (pris), crimson (cramoisi)...

La toile Fantasy - l'intrus de la série? - convoque un incendie domestique en plein hiver. Les braises multicolores tranchent avec la blancheur immaculée de la neige.

Vignette de Caugh in a Tailing Pond, d'Allison... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit) - image 2.0

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Vignette de Caugh in a Tailing Pond, d'Allison Glenn

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

Tout n'est pas noir dans l'univers esthétique d'Allyson Glenn. Demolition Tea Party apporte un tempo allegro inattendu. En insert, on trinque au chantier de déconstruction. 

Plusieurs tableaux jouent ainsi sur l'idée de collage, sur l'assemblage de plusieurs vues en un seul plan. Ce procédé stylistique renforce l'effet de désarticulation, de déracinement, renverse le cadre conventionnel du canevas. Il peut aussi renvoyer aux coupes géologiques, ici transposées à des tranches de vies abruptes et menacées.                  

Allyson Glenn est-elle une écolo-artiste? Une certitude demeure, cette exposition très personnelle est parfaitement synchro avec les enjeux environnementaux actuels. Par le prisme de l'intrusion pétrolière dans la sphère privée, l'artiste transmet les émotions qui l'ont saisie et fait réfléchir sur la vulnérabilité de l'homme face à l'exploitation de certaines ressources naturelles.

Une exposition que l'on n'aurait assurément pas pu voir au Musée canadien de l'histoire de Gatineau, subventionné par l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP).

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 12 octobre

Où? Galerie Karsh-Masson

Renseignements: 613-580-2424 poste 14167

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