Recycl'art au ruisseau de la Brasserie

Cinthia Plouffe et son oeuvre Encrer ses songes.... (Martin Roy, LeDroit)

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Cinthia Plouffe et son oeuvre Encrer ses songes.

Martin Roy, LeDroit

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Près d'une trentaine de sculptures d'artistes de la région et d'ailleurs au Québec prennent l'air sur les rives du ruisseau de la Brasserie, depuis samedi, dans le cadre du premier Recycl'art de Gatineau. Leur particularité? Elles sont toutes composées d'au moins 80% de matières récupérées ou recyclées.

Des quelque 900 cintres blancs coupés par Cinthia Plouffe pour créer la délicate plume de son installation Encrer ses songes au poteau d'Hydro Québec récupéré par Bélã Simo pour y faire nicher son magnifique oiseau d'acier, en passant par les tubes servant à la traite des vaches devenus sabliers (et étamines) de la fleur céleste de Daniel Guindon: tous les matériaux sont assez nobles pour être ici transformés en oeuvre d'art.

Les artistes participant à cette première édition du festival d'arts visuels en milieu urbain, en cours jusqu'au 7 septembre prochain, déclinent chacun à sa manière le thème de la chimère ou de l'avatar.

Pendant que Mme Plouffe explore la notion de nom de plume, par exemple, Annick Daudon-Schulz, elle, a notamment rassemblé des claviers et une partie de mannequin pour dénoncer la «surproduction d'appareils électroniques et la prolifération des écrans» tout comme «l'effritement des relations humaines malgré les médias sociaux» et propose sa vision de la Tour de Babel.

Car les artistes se font tout aussi lyriques que politiques, dans leurs créations.

Du squelette rouillé d'une vieille pelle à neige et à sable et de sa cabine, Armand Vaillancourt a conçu sa Sculpture de la honte, visant à dénoncer l'inaction du gouvernement Harper dans le dossier des milliers de femmes autochtones disparues ou mortes violemment.

Un peu plus loin, Mustapha Chadid renvoie pour sa part à Pégase par le biais de son cheval de métal aux ailes de tôle, les quatre pattes bien ancrés au sol. Claire Guérette joue elle aussi des textures, mais par le biais de fourrures récupérées et de laine de mouton feutrée, dans une pièce qui, selon l'angle par lequel on la découvre, fait penser à La Victoire de Samothrace, mais avec un visage.

De son côté, Éric Nado rend un très bel hommage aux ouvriers des usines de machines à coudre, aujourd'hui fermées, avec Les jumeaux Singer.

Certaines sculptures se font par ailleurs joliment écho, dans ce décor à la fois champêtre et urbain. C'est le cas de La Furie, de l'adepte de land art Marc Walter, isolée au bord de l'eau entre deux bosquets d'arbres, mais dans l'axe de l'éclair de Jennifer Macklem (une structure de morceaux de métal surmontés d'un voile noir pour évoquer un nuage menaçant): la foudre «entre» dans la terre pour mieux en ressortir à quelques pas de là, par les branches entrelacés et peintes de rouge au sommet de La Furie.

«Je suis habité par la fureur d'être un artiste, d'être constamment obligé d'éduquer les gens sur la place des arts dans notre société, sur nos droits à être rémunérés à notre juste valeur, explique Marc Walter. Mais cette fureur qui bout en moi, contre le piratage de musique sur Internet ou les cachets dérisoires, voire scandaleux qu'on nous offre parfois, c'est l'autre visage du rêve qui m'habite: celui de partager par l'art. Mon installation se veut donc une invitation au dialogue, à entrer dans une bulle de nature à l'intérieur de la ville. C'est pour ça qu'elle surgit du sol pour s'élever vers le ciel, dans un mouvement menant à l'isolement et au ressourcement.»

Symposium et animation

Parallèlement aux pièces déjà installées du côté de la rue Montcalm, entre le pont et le Théâtre de l'Île, quatre artistes entameront leur propre processus de création in situ, à compter d'aujourd'hui. Jacques Charbonneau, Sylvie Pronovost, Mélodie Coutou et José Luis Torres seront donc à l'oeuvre sur place au cours des trois prochains jours.

M. Charbonneau rendra hommage à son enfance et au patrimoine architectural du secteur Hull par le biais de son Bâteau-allumette, qu'il mettra à l'eau sur le ruisseau.

Animation sur le site, spectacles, ateliers de création, foires et vente de la production d'éco-artisans sont également prévus, au cours des prochaines fins de semaine.

vlessard@ledroit.com

Quand : Jusqu'au 7 septembre

Où : Sur les rives du ruisseau de la Brasserie

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