Des photographies à croquer

Ambiance ton sur ton, à la galerie Exposure de Thyme & Again, quartier... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Etienne Ranger, LeDroit

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Ambiance ton sur ton, à la galerie Exposure de Thyme & Again, quartier Westboro : ce restaurant à la devanture vert tendre est réputé pour ses plantureux gâteaux au fromage, trop copieux pour une seule personne. Mais jusqu'au 3 décembre, la gourmandise s'affiche aussi sur les murs du deuxième étage. L'exposition Still Life du photographe Zachary Pantalone déroule un tout autre menu, pur régal visuel non calorique. À dévorer sans modération !

On connaissait déjà l'art photographique culinaire, immortalisant les plats gastronomiques en peintures abstraites. Zachary Pantalone, lui, a pris le concept à rebours. Il reproduit les oeuvres abstraites du peintre Mark Rothko, l'un des grands expressionnistes abstraits de New York, en photographiant des agencements d'aliments qui rappellent la couleur et la composition des toiles du peintre américain. La galerie Exposure présente ainsi régulièrement le travail des étudiants, membres et associés de l'École de photographie d'Ottawa (SPAO).

Les gros plans colorés, en grands formats (dépassant un mètre de côté) d'une extrême finesse de détail (on distingue le microscopique poil des framboises), atteignent un impact pictural, quasiment abstrait, qui l'emporte parfois sur la définition des ingrédients. Telles se présentent les photographies de Zachary Pantalone, imposantes et évocatrices, mais dont on ne devine pas toujours l'aliment photographié. Une chose est certaine : ces immenses reproductions de peaux de bananes, yaourts et fraises écrasées (les plus évidentes) vibrent avec l'intensité pigmentaire d'une toile de Rothko où s'entrechoquent les à-plats comestibles comme des quadrillages géométriques, tandis que des entrelacs de laitage lient le tout.

L'essentiel de la période « classique » de Rothko y est fidèlement reproduite (fin des années 1940 à 1957), lumineuse comme dans ce jaune dense (banane) que Zachary Pantalone ose marier au rose vif (papaye ?), ou ce bleu grec qu'il confronte à la couleur ardoise des bleuets. Les pigments s'y retrouvent sous toutes leurs formes : vert brocoli, orange carotte, rouge framboise.

Le règne de la lumière que le célèbre peintre abstrait rendait mystérieusement palpable retrouve une nouvelle application dans Still Life. Comme chez Rothko, la luminosité envahit la toile, la matière picturale s'intensifie.

En s'approchant des clichés, ceux-ci prennent corps et s'évadent du mur comme s'ils figuraient soudain, comme par magie, une troisième dimension. Le photographe joue des superpositions de textures - la rondeur alvéolée d'une framboise, le grain friable du gros sel - et produit des images qui font appel aux sens.

Mystérieusement, le mariage subtil des teintes et textures rend la superposition de la peau de banane mûre au yaourt et aux brocolis tout à fait photogénique. Une gageure !

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