Des oeuvres surgies de l'ombre

Détail du Peintre de la caverne, de Shary... (Courtoisie)

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Détail du Peintre de la caverne, de Shary Boyle.

Courtoisie

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Première image, colorée! C'est un paysage désarticulé de motifs autochtones et de représentations surréalistes à la Dalí qui trône à l'entrée de l'exposition. Le titre de cette acrylique sur toile fait sourire: Homme rouge regardant homme blanc qui tente de réparer un trou dans le ciel. Quant au nom de l'artiste, il faut s'accrocher pour le prononcer: Lawrence Paul Yuxweluptun. Rarement présentée, sa peinture est désormais accessible au grand public dans Surgir de l'ombre. La biennale canadienne 2014, à l'affiche du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) jusqu'au 8 mars.

L'événement réunit une sélection d'acquisitions récentes dans les domaines de l'art contemporain canadien, l'art autochtone et la photographie. Certains noms sont connus, d'autres moins. C'est aussi l'objectif des cinq commissaires de l'exposition, à l'affût des personnalités artistiques qui bourgeonnent au Canada: repérer les meilleures pousses et les intégrer à la collection permanente du Musée. L'occasion de découvrir la vaste palette des artistes les plus stimulants de la scène contemporaine.

Difficile de tous les mentionner, l'exposition présente plus de 80 oeuvres réalisées par 26 artistes triés sur le volet.

Beaucoup s'inspirent de faits historiques et se les réapproprient dans leur travail. Souvent, au premier coup d'oeil, les oeuvres semblent gaies, légères, mais à mieux regarder, elles prennent des allures inquiétantes. La délicate peinture chinoise sur papier de mûrier de Howie Tsui fait penser à une fresque bucolique zen. En se rapprochant, vision d'horreur: on y distingue des chairs en putréfaction, scène faisant référence à la colonie de lépreux établie au XIXe siècle sur l'île Darcy.

Relecture historique

De l'autre côté de la salle, l'artiste Mario Doucette aborde la narration historique à rebours. Aux monumentales peintures néoclassiques qui ont pu faire la promotion de certains événements liés au colonialisme, il oppose une représentation qu'il juge mieux adaptée au contexte: le dessin naïf. En deux ou trois traits de crayon, il croque la déportation des Acadiens ou encore l'arrivée de Christophe Colomb.

La relecture historique a également poussé Althea Thauberger à proposer une vidéo pour le moins intrigante: La persécution et l'assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l'hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade (ou Marat-Sade). La scène se déroule à Bohnice, la plus grande clinique psychiatrique de la République Tchèque. Entre fiction et réalité, la vidéaste met en évidence la relation entre l'intrigue de la pièce et la situation actuelle.

La biennale expose ainsi l'hétérogénéité de l'art contemporain canadien. La section photographique - et plus particulièrement la série Eau d'Edward Burtynsky - est incontournable.

Il y aussi les inclassables, ceux dont les installations resteront gravées dans nos mémoires. Et l'on pense aux projections sculpturales de Shary Boyle, fantasmagoriques à souhait. La fragmentation de l'image par insertion numérique lui permet de détourner le support, de soulever une interrogation. Ou encore l'immense fresque de Geoffrey Framer, Leaves of Grass. On peut alors imaginer toutes les vies qu'il y a derrière ces photographies de journaux découpées, des destins s'ignorant mutuellement mais formant un tout. 

Car, dans cette exposition, la philosophie est toujours présente.

Pour y aller >

  • OÙ? Musée des beaux-arts du Canada
  • QUAND? Jusqu'au 8 mars 2015
  • RENSEIGNEMENTS: 613-990-1985 ; www.beaux-arts.ca
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