Les flèches loufoques des 3 ténors

Martin Drainville partage l'affiche des 3 Ténors avec... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Martin Drainville partage l'affiche des 3 Ténors avec ses complices Benoît Brière et Luc Guérin.

Etienne Ranger, Le Droit

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Fidèles associés au sein des Productions Ménage à trois, réguliers acolytes sur les planches et grands amis dans la vie, Martin Drainville, Benoît Brière et Luc Guérin sont réunis pour produire, traduire jouer - et mettre en scène, en ce qui concerne MM. Brière et Drainville - Les 3 ténors, du dramaturge américain Ken Ludwig.

Le public est projeté en 1936, dans la suite cossue d'un grand hôtel parisien. On est à quelques heures du «concert du siècle» qui doit réunir trois ténors de renom dans un théâtre voisin. La tension est à son comble, en particulier pour le producteur du spectacle, Henri Beaudet, un Québécois campé par Martin Drainville, qui voit son personnage «un peu comme le René Angélil de l'époque». L'inquiétude de son personnage vire au cauchemar, car l'un des ténors en question est introuvable.

Quant aux deux autres, Max (Benoît Brière), qui est aussi le gendre du producteur, et Tito, un Italien au caractère bouillant (rôle qui revient à Luc Guérin), ils ont chacun leur petit drame personnel, qui viendra enrichir cette comédie loufoque, expose Martin Drainville.

Parce que rien n'est jamais simple, au théâtre - et encore moins dans une comédie screwball - déboule la soprano Tatiana (Catherine Sénart), une ancienne conquête de Tito. Celle-ci va rapidement mettre de l'huile sur le feu de la relation entre Tito et sa femme Maria (Marie-France Lambert), qui fait déjà des flammèches lorsqu'ils sont en mode cordial. Et, pour achever de semer la zizanie, la fille de Tito (Nathalie Doummar) est éprise du jeune Carlo (Carl Poliquin), étoile montante de l'art lyrique, que le fougueux beau-père perçoit naturellement comme un dangereux rival. 

On devine que les problèmes qui vont s'ensuivre seront à l'échelle des volumineux égos des personnages. 

A comedy of Tenors (son titre original) est la suite chronologique de la pièce Ténor recherché, elle aussi écrite par Ludwig. La pièce initiale avait fait la renommée de Benoît Brière quand il l'a présentée au Théâtre du Vieux-Terrebonne, il y a très précisément 10 ans, à titre de nouveau directeur artistique des lieux. Il y tenait là aussi le rôle de Max, personnage qui allait «devenir ténor par accident», poussé par son beau-père et patron... le producteur Beaudet, à qui il manquait déjà un chanteur. Mais, en dépit de ce petit clin d'oeil, il n'est nullement nécessaire d'avoir vu Ténor recherché pour apprécier cette suite, qui propose un récit complètement indépendant, rassure Martin Drainville après nous avoir rafraîchi la mémoire.

Rare visite

Trois représentations des 3 ténors sont prévues au Centre des Arts Shenkman, les 8 et 9 septembre. En exclusivité régionale, doit-on souligner : la mini-tournée de la troupe se limite à Ottawa et Québec. Ailleurs, les espaces scéniques sont trop petits - ou les salles trop frileuses - ou pour prendre le risque d'accueillir les pièces de Ménage à trois, qui n'ont pas encore fait leur preuves devant public, au moment où les diffuseurs mettent en place leur programmation, regrette Martin Drainville. 

Le risque en vaudrait pourtant la chandelle, puisque les deux pièces en question ont connu un énorme succès, tant critique que commercial, au Théâtre du Vieux-Terrebonne où elles ont affiché complet durant tout l'été, à 10 ans d'intervalle. Le public a laissé des commentaires élogieux tant sur les situations farfelues, le rythme effréné de la pièce, ses rebondissements inattendus, que sur le jeu des comédiens.

À l'étape de l'écriture, le trio s'était évertué à «garder le rythme des dialogues et coller au rythme de l'anglais».  À l'occasion, les créateurs ont aussi «pris la liberté d'opérer certaines chirurgies» et supprimer quelques «redites».

Ou peut-être ce succès est-il dû au fait qu'«on prend énormément de plaisir à le faire», s'interroge le (double) producteur Drainville. «En réalité, c'est beaucoup de travail à l'année longue. Souvent, c'est donc l'été qu'on se repose... même si c'est le moment où on joue», argue-t-il.  L'effort est minime en regard du plaisir que le trio en tire. «Tu connais particulièrement bien ton texte, quand tu as signé la traduction. Et tu comprends bien les contraintes » des personnages, dit-il en référence à certains changements de costume qui devraient suprendre et ravir le public.

Trouver la perle rare

Le reste de l'année, lui, se vit au pas de course, car il faut traduire et adapter la pièce, négocier pour en acquérir les droits, la produire, puis apprendre et mettre en scène le texte. Mais il faut, surtout et avant tout, trouver la perle rare. Lire des tonnes de matériel qu'on finira par écarter, pour 1001 raisons.

Même si Internet facilite les choses, «c'est dur de trouver de 'bonnes' pièces, avec assez de viande autour de l'os» pour rassasier trois comédiens, exprime M. Drainville. 

« Des pièces écrites pour des duos, il y en a à la tonne. Mais trouver trois rôles masculins forts, où tout le monde a quelque chose à se mettre sous la dent, où chaque personnage a un contenu dramatique intéressant à défendre», voilà qui est nettement «plus dur».

C'est que les trois comédiens n'oublient pas que «le drame est un ressort comique» puissant, souligne Martin Drainville, pour qui le rire postule «une référence émotive»:  «Si tu n'es pas touché par une situation, tu ne riras pas. Les gens qu'on n'aime pas ne nous feront pas rigoler, même s'ils disent ou font quelque chose de vraiment drôle. » 

Arc dramatique

«Jouer le drame» peut décupler l'effet comique, pour peu que le comédien parvienne à éveiller l'empathie du spectateur, poursuit-il. À la fois détaché et solidaire, «tu ris parce que tu voudrais pas être à la place du personnage». 

« J'aime comparer [le jeu] à un arc: ton drame, c'est la tension dans ta corde. Ta flèche, c'est le rire qui va en résulter. Plus y'a de la tension dans ta corde, plus ta flèche va aller loin quand tu vas relâcher », décoche le spécialiste ès-allegresse.

POUR Y ALLER :

Centre des arts Shenkman

Le 8 septembre, à 20 h, et

le 9 septembre, à 15 h et 20 h

613-580-2700

shenkmanarts.ca




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