Les lueurs sylvestres de Sarah Fuller

«J'ai exploré l'histoire de l'industrie forestière dans la... (Etienne Ranger, Le Droit)

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«J'ai exploré l'histoire de l'industrie forestière dans la région et son impact sur le paysage», indique Sarah Fuller, qui propose l'exposition Et peut-être en moi, quelqu'un de très ancien entend encore le bruit vivant du bois (un titre emprunté à Roland Barthes), à la Galerie d'art d'Ottawa.

Etienne Ranger, Le Droit

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Chaque année, la Galerie d'art d'Ottawa (GAO) convie, sur ses cimaises, le travail d'un étudiant du Département d'arts visuels de l'Université d'Ottawa. Jusqu'au 24 septembre, elle offre son espace à Sarah Fuller, artiste férue de grands espaces et longtemps établie à Banff comme photographe. Elle expose désormais son travail de maîtrise à l'annexe de la GAO de l'Hôtel de ville. Promenons-nous dans les bois...

Ses oeuvres s'intitulent Obscurcissement, Lever les yeux, percer le regard, ou encore Refaire surface sous le soleil. Elles dessinent par petites touches un paysage forestier, celui de Gatineau où l'artiste, grande randonneuse, a promené son regard pendant de longues heures à arpenter les sentiers du grand parc. 

Le parcours reflète cette déambulation : on y croise la photographie d'un arbre à la cime plus haute que les autres, l'enregistrement du craquement d'un tronc bercé par le vent, ou encore un plant de pin blanc transplanté sous verre.

«Je m'intéresse aux conséquences de l'industrie sur le paysage et les effets à plus long terme, à la relation entre l'être humain et l'environnement naturel», explique l'artiste rencontrée à la galerie la veille du vernissage. 

Un constat s'impose lors de ses balades dans le parc: les arbres centenaires ne fleurissent pas à l'horizon, à Gatineau. 

Une forêt et son histoire

«J'ai donc exploré l'histoire de l'industrie forestière dans la région et son impact sur le paysage», raconte-t-elle. 

Grâce à une carte répertoriant les arbres fournie par la Commission de la Capitale Nationale, Sarah Fuller a pisté les plus vieilles branches du parc. «Essentiellement situées autour du lac Meech», résume-t-elle.

Plutôt que de s'intituler «Arbres du parc de la Gatineau», l'exposition a choisi un titre plus universitaire, plus poétique aussi, emprunté à Roland Barthes : Et peut-être en moi, quelqu'un de très ancien entend encore le bruit vivant du bois

Dans son travail, Sarah Fuller cherche à explorer les récits d'un endroit choisi : à Gatineau, elle découvre que les vieux pins blancs de la vallée de l'Outaouais ont été abattus pour être exportés, au XIXe siècle. 

«Motivé par la forte demande en bois de la marine britannique, cet abattage en bloc d'arbres anciens et leur expédition par-delà l'Atlantique, sont une manifestation tangible de l'idéologie coloniale qui est à la base du Canada en tant que pays», peut-on lire en note de présentation de l'exposition.  

Exploré sous diverses coutures, écouté, enregistré, photographié (et même enlacé !) par l'artiste, l'arbre évoque aussi un passé qui l'a décimé. 

«Il lui faut des siècles pour pousser mais quelques minutes suffisent à l'abattre», rappelle la vidéo La forêt est un trésor, de Roger Blais (ONF, 1958). 

Représentation locale

«L'approche historique de Sarah sur la région nous intéressait», justifie la commissaire Rebecca Basciano, rencontrée sur place. 

Cette démarche cadrait parfaitement avec la nouvelle direction que prendra la galerie, dès cet automne, à la réouverture de son espace dans les locaux agrandis de la Cour des arts : soit la volonté d'inclure une représentation résolument locale à l'art exposé.    

Pour y aller :

Quand ? Jusqu'au 24 septembre

Où ? Annexe de la GAO, Hôtel de ville d'Ottawa

Renseignements ? 

613 233 8699 ;

galeriedartdottawa.ca




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