CNA: espaces de  dialogues

Le président du Centre national des arts (CNA),... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Le président du Centre national des arts (CNA), Peter Herrndorf

Etienne Ranger, Le Droit

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Alors qu'il se prépare à tirer sa révérence «en 2018 ou en 2019», soit quelque 20 ans après sa nomination, le président et chef de la direction du Centre national des arts (CNA), Peter Herrndorf, se réjouit de l'envergure «réellement nationale» que l'institution revêt aujourd'hui. Et de son ouverture sur le monde, qui se traduit par une architecture renouvelée, décloisonnée, plus lumineuse et propice aux dialogues entre art et public.

«Le Centre national des arts joue de plus en plus son rôle de leader d'un océan à l'autre, tant dans l'appui à la création que par la présentation de spectacles en tournée. Il était plus que temps, d'ailleurs !» lance M. Herrndorf.

Or, chaque département (théâtre français, anglais et autochtone ; danse ; Orchestre du CNA...) doit tendre vers un équilibre entre trois pôles autrement distincts : les spectacles présentés à Ottawa, le mandat national et le rayonnement des artistes d'ici sur la scène internationale.

«Quand je suis arrivé en poste [en 1999], le CNA n'avait de national que la deuxième lettre de son acronyme. Il équivalait à un organisme plutôt local, disons-le franchement. Au fil des ans, nous avons collectivement travaillé très fort à élargir les horizons du Centre, que ce soit par exemple en soutenant les carrières d'artistes d'un peu partout au pays comme la chorégraphe Crystal Pite, en partant en tournée avec l'Orchestre  en Chine ou au Royaume-Uni, ou en attirant des productions de l'étranger afin de donner l'occasion au public d'ici de voir ce qui se crée ailleurs», souligne le président et chef de la direction.

Mécènes et nouveaux partenaires

Pour y parvenir, Peter Herrndorf et son équipe ont toutefois dû repenser une partie de leur plan d'affaires.

Avant de prendre la tête du CNA, M. Herrndorf avait entre autres oeuvré à CBC et à TVOntario. Tout en ayant l'habitude de négocier avec les différents paliers de gouvernement, il était aussi conscient de la nécessité de commencer à diversifier les sources de financement.

«Il était déjà irréaliste, à cette époque, de ne compter que sur l'argent des gouvernements pour les décennies à venir, évoque-t-il. Il fallait penser autrement, tendre la main aux partenaires privés par le biais de campagnes de financement. Cela n'avait pas tant à voir avec les orientations politiques des partis au pouvoir qu'avec la nouvelle réalité économique à laquelle tout organisme, entre autres culturel, devait apprendre à composer.»

Ainsi, c'est grâce à des dons de  généreux mécènes que le CNA a notamment pu mettre sur pied son Fonds d'aide à la création de 25 millions $, cette saison.

Le comité de sélection sera prêt à recevoir et à étudier ses premiers projets artistiques «innovateurs et ambitieux» en musique, en théâtre et en danse, dès novembre prochain. Entre 15 et 20 propositions seront retenues annuellement d'ici à 2025. Les artistes choisis se partageront une enveloppe de 3 millions $ chaque année, qui pour louer un local de répétition, qui pour se procurer de l'équipement.

«Nous allons prendre des risques afin de convaincre les artistes d'en prendre eux aussi, de repousser leurs limites afin de produire une oeuvre aboutie. Nous voulons ainsi faire une différence pour ces créateurs.»

Des voix autochtones

Avec la récente nomination de Kevin Loring à la direction artistique du tout nouveau Théâtre autochtone, le CNA ajoutera par ailleurs une troisième voix importante aux deux langues dites officielles qui s'y font déjà entendre.

«Au cours des 10 dernières années, nous avons fait une place de plus en plus grande aux artistes des Premières Nations dans nos diverses programmations. Il devenait non seulement logique, mais surtout essentiel de créer un Théâtre autochtone qui permettra, dès sa première saison en 2019, de faire vibrer les nombreuses voix de ces communautés, ici même dans la capitale ainsi qu'aux quatre coins du pays.»

Une plus grande place pour les francophones ?

S'il affiche un air satisfait quand il mentionne la place enfin faite aux Premiers Peuples, Peter Herrndorff reconnaît toutefois du même souffle qu'il y a «place à une nette amélioration» quant à celle occupée par les francophones.

«Nous avions par exemple tissé des liens intéressants avec plusieurs artistes et artisans du milieu culturel québécois lors de la tenue de Scène Québec, en 2007, en plus d'attirer de nouveaux spectateurs entre nos murs. Dix ans plus tard, force est de constater que ces liens se sont fortement distendus et nous sommes conscients qu'il nous faut recréer des ponts avec les artistes et les publics francophones hors Québec», fait-il valoir.

Dans le plus récent plan stratégique, déposé en 2016 et ayant 2020 comme horizon, il est également fait mention du faible nombre d'employés francophones évoluant au sein de l'institution.

«Nous nous devons de faire franchement mieux à cet effet, et nous allons recruter en conséquence», martèle M. Herrndorf.

D'art et d'éducation

Depuis son ouverture en 1969, le CNA a misé sur plusieurs programmes d'éducation, notamment musicale (classes de maîtres lors des tournées de l'OCNA à l'étranger ou Instituts réunissant des élèves de partout à Ottawa) pour mettre l'art au coeur de ses dialogues (inter)nationaux.

«Nos artistes sont des ambassadeurs extraordinaires. Ils reflètent qui nous sommes, mais ils nous renvoient également à nous-mêmes, en tant que société, par ce qu'ils créent. Nous devons en être fiers et, surtout, continuer de les encourager en leur donnant une place pour se faire voir et entendre du public.»

Quatre moments mémorables

En près de 20 ans à la barre du CNA, Peter Herrndorf a cumulé les moments forts et rencontres marquantes. Il en retient quatre.

 

  • Wajdi Mouawad

Wajdi Mouawad, né le 16 octobre 1968 à... (Martin Roy, Le Droit) - image 4.0

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Wajdi Mouawad, né le 16 octobre 1968 à Beyrouth au Liban, est à la fois metteur en scène, auteur et comédien.

Martin Roy, Le Droit

Le passage de l'homme de théâtre à la direction artistique du Théâtre français (2007-2012) demeure cher à sa mémoire.

«Au cours des années que Wajdi Mouawad a passées avec nous, nous avons beaucoup échangé et nous sommes devenus des proches. J'étais particulièrement interpellé par sa manière d'explorer les notions d'identité et d'exil, moi qui ai souvent déménagé au cours de ma vie. Ç'a été une chance incroyable d'avoir la possibilité de travailler avec un artiste de cette envergure !»

  • L'OCNA à Salisbury

La cathédrale de Salisbury... (Valérie Lessard, Le Droit) - image 6.0

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La cathédrale de Salisbury

Valérie Lessard, Le Droit

C'était le point d'orgue de la tournée de l'Orchestre du Centre national des arts au Royaume-Uni: le concert en la cathédrale de Salisbury, avec le maestro Pinchas Zukerman à la baguette et à l'alto.

«Le concerto de Bruch que Pinchas y a joué, je l'avais déjà entendu quatre fois depuis le début du voyage. Mais ce soir-là, son interprétation, la majesté et l'histoire des lieux... j'ai pleuré...»

  • Crystal Pite

Une prestation de la pièce contemporaine Betroffenheit de la chorégraphe... (Courtoisie) - image 8.0

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Une prestation de la pièce contemporaine Betroffenheit de la chorégraphe canadienne Crystal Pite.

Courtoisie

La pièce contemporaine Betroffenheit de la chorégraphe canadienne Crystal Pite a également profondément bouleversé Peter Herrndorf, lors de sa présentation en 2015 (elle sera reprise au cours de la prochaine saison de danse au CNA).

«C'est sans l'ombre d'un doute la création la plus remarquable que j'ai pu voir au cours des deux dernières années. J'ai été littéralement saisi sur mon siège, incapable de bouger et chamboulé par sa manière d'exprimer la douleur de faire son deuil de son enfant.»

  • Rencontre Vigneault-Cohen

Gilles Vigneault... (Archives, La Presse) - image 10.0

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Gilles Vigneault

Archives, La Presse

En 1993, deux légendes de la scène reçoivent un Prix du gouverneur général: Gilles Vigneault et Leonard Cohen. Peter Herrndorf a assisté à leur toute première rencontre au sommet.

Leonard Cohen... (Archives, La Presse) - image 11.0

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Leonard Cohen

Archives, La Presse

«Ils habitaient à quatre, cinq rues l'un de l'autre, à Montréal, mais ne s'étaient encore jamais croisés. Au cours de la fin de semaine de cérémonies, ils ne se sont pas lâchés d'une semelle, n'arrêtant pas de jaser ensemble, de se témoigner l'admiration qu'ils avaient l'un pour l'autre. C'était tout simplement fabuleux d'assister à ça, à cette rencontre entre les deux dites solitudes!»




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