Promotion canapé, au violon

Les comédiens Serge Paquette et Manon Lafrenière, dans... (Courtoisie, Jessica Ruano)

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Les comédiens Serge Paquette et Manon Lafrenière, dans les rôles respectifs de chef d'orchestre et de violoniste, jouent la partition du chat et de la souris dans la pièce Maestro, mise en scène par Gilles Provost.

Courtoisie, Jessica Ruano

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Tout arrive : à quelques semaines d'intervalle, deux théâtres anglophones d'Ottawa intègrent à leur programmation des pièces en français.

En février, la Catapulte se projetait au Great Canadian Theatre Company (GCTC) en défendant brillamment Les Passants, une pièce de Luc Moquin interprétée en français, surtitrée en anglais. Elle baptisait alors l'ouverture du GCTC au théâtre francophone. Cette semaine, Maestro de Claude Montminy, mise en scène par Gilles Provost, fait résonner pour la toute première fois la langue de Molière au charmant théâtre Gladstone. La pièce présentée en alternance en français et en anglais prend l'affiche jusqu'au 10 juin avec des références très locales. Du boulevard tout léger pour ouvrir de nouveaux chemins en théâtre à Ottawa. Plus qu'un spectacle fort plaisant, c'est un esprit nouveau qui soufflerait sur les scènes ottaviennes. 

Maude - coiffure rose bonbon, robe de paon - vient de se séparer de son compagnon. Elle a gardé leur maison, il est parti chez ses parents. Une folle envie de frites le fait revenir illico chez lui où il aurait laissé sa friteuse. Mauvais moment pour ce chassé-croisé vaudevillesque. Maude avait d'autres projets en soirée : table dressée, vin placé à décanter, la mise en scène romantique n'attend plus que le Maestro qui prend sa douche en chantonnant. Maude est violoniste, elle a toujours rêvé de devenir premier violon et compte bien séduire son patron pour parvenir à ses fins. Mais qui orchestrera véritablement la soirée ? 

Dans la pure tradition de la comédie de boulevard, le grand homme de théâtre Gilles Provost met en scène le triangle amoureux classique avec ses mensonges, son art délicat de la manipulation et des tractations. Claude Montminy renverse astucieusement les rôles en faisant de l'ex-compagnon l'élément perturbateur du rendez-vous galant. L'auteur fait éclater le vaudeville en donnant chair et vie à des personnages qui ne sont pas simplement des marionnettes et en cultivant un comique de situation qui ne se dément pas jusqu'à la fin, même si le rythme de la seconde partie faiblit un peu et brode sans risques sur un canevas sans vraie surprise. Mais il serait malhonnête de trop bouder : on ne s'est  jamais ennuyé, on a même plutôt ri, les comédiens sont  surprenants, c'est du cousu main pour du théâtre printanier.   

Avec ses cheveux roses vifs, Manon Lafrenière incarne une violoniste aussi chic que fantasque, habile stratège dépassée par les événements. Face à elle, la partition se joue comme du Wagner avec l'excellent Serge Paquette, maestro poseur à l'énergie débordante, lubrique invétéré obnubilé par l'hygiène. Ses saillies misogynes font mouche, on en aurait pris davantage ! Face à lui, le comédien anglophone David Whiteley peine à s'imposer, mais c'est peut-être la teneur du rôle de l'ex-amant mis au placard qui lui impose cet effacement. 

Dans l'ensemble pourtant, le rythme reste jubilatoire et la mise en scène de Gilles Provost huile copieusement la brochette virevoltante de coups de théâtre. Comme un dessert sympathique avant la retraite. 

Bientôt octogénaire, Gilles Provost dit signer sa dernière mise en scène avec Maestro. Mais peut-on vraiment le croire ?    

POUR Y ALLER

Quand : Jusqu'au 10 juin

Présentation en français : les jeudis, à 19 h 30 et les samedis, à 14 h 30

Où : Théâtre Gladstone

Renseignements : 613-233-4523, thegladstone.ca




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