La fureur de ce que je pense au CNA: femmes en cages

La pièce La fureur de ce que je... (Courtoisie, Caroline Laberge)

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La pièce La fureur de ce que je pense est présentée au Centre national des arts. Le spectacle plonge le spectateur dans l'oeuvre de Nelly Arcan et met en vedette la comédienne Sophie Cadieux.

Courtoisie, Caroline Laberge

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Ce sera, écrit la metteure en scène Marie Brassard en note d'intention, une immersion collective dans l'imaginaire d'une femme habitée et tourmentée qui ne fut jamais tranquille. Euphémisme pour décrire ce que déroule véritablement la pièce La fureur de ce que je pense, au CNA jusqu'au 27 mai, une plongée abyssale dans l'oeuvre de Nelly Arcan, pensée hantée de nihilisme schopenhauerien qu'elle formula dans l'abstrait à l'écart du temps et du récit.

Sur scène, les premières paroles confessent son incapacité à voir la beauté du monde. Nelly Arcan, qui intellectualisait son rapport aux hommes et aux autres par le prisme de la prostitution, se disait « trop occupée à mourir. »

Comment mettre en scène de tels écrits introspectifs, philosophiques et poétiques ? Dépressifs, soyez avertis : la sortie du spectacle se fait à la recherche d'une grande bouffée d'oxygène.

Sur une initiative de la comédienne Sophie Cadieux, la pièce de Marie Brassard propose un collage de textes de l'auteure québécoise suicidée à l'âge de 36 ans. La superbe scénographie d'Antonin Sorel transpose poétiquement cette fragmentation du corpus dans l'espace en recréant deux étages de pièces cubiques dans lesquels évoluent sept comédiennes : un salon, une chambre à coucher, un peepshow, une salle de bain...

La forte présence de la musique d'Alexander MacSween - parasitant parfois la compréhension du texte - donne l'impression de boîtes à musique où gesticuleraient des poupées mécaniques que l'on surprend à philosopher. Ces corps féminins aguicheurs perchés sur talons aiguilles sont livrés en petite tenue au regard des spectateurs... dont le reflet apparaît sur la surface vitrée en début de représentation. Rien n'est laissé au hasard. 

« À force de regarder, on finirait par voir son intérieur », avait écrit Nelly Arcan.

De quoi nous parle sa fureur de ne plus vivre ? Des femmes esclaves de la beauté et privées de liberté, du vieillissement, de la stérilité, du théâtre de la prostitution, de la dépendance des hommes et de leur impuissance face à la maternité, du sens du sacrifice aussi.

Flirtant parfois avec le spoken word, l'interprétation des comédiennes retrouve avec justesse la musicalité de la langue de Nelly Arcan : un style cruel, décapant, se dépliant avec une précision chirurgicale mais qui ne boude pas certaines envolées poétiques. Et quand Sophie Cadieux nous donne le tournis à force de faire les cent pas dans sa cage, il suffit de fermer les yeux pour continuer d'apprécier son monologue.

La liberté accordée au mouvement joue d'électrochocs, de déchirures soudaines et d'éclatements. Comme des papillons de nuit, ces belles de jour se brûlent les ailes sous des lumières tantôt blafardes, tantôt vives. Leurs monologues sont appelés des « chants » dans le programme, qui sont autant de chants du cygne attirés par la mort.

Propre de l'homme ou malédiction d'une brillante philosophe ? En insistant sur l'enfance de l'auteure, la pièce nous donne un élément de réponse. Heureusement, il y aura toujours le théâtre et le cinéma, ces autres miroirs où « le temps de la représentation, un sens est donné à ma vie. »

POUR Y ALLER :

Quand ? Jusqu'au 27 mai, 19 h 30

Où ? Centre national des arts

Renseignements ? Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787




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