Trois voix entrelacées par l'histoire

Pour la directrice développement créatif et apprentissages, Lisa... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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Pour la directrice développement créatif et apprentissages, Lisa Leblanc, le président-directeur général du Musée canadien de l'histoire, Mark O'Neill, ainsi que le directeur recherche et contenu, David Morrison, la recherche d'un équilibre entre les thèmes de l'histoire du pays était primordiale.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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PRIMEUR / Fermée depuis 2013 pour en redéfinir le mandat, la Salle du Canada s'apprête à rouvrir au public sous le nom de salle de l'Histoire canadienne au Musée canadien de l'histoire (MCH), le 1er juillet. Une refonte ayant coûté plus de 30 millions $, dont 25 millions $ de subventions du fédéral.

Une première impression qui se confirme rapidement: l'histoire que les visiteurs seront amenés à (re)découvrir s'écrit à trois voix, soit celles des Premiers Peuples, des francophones et des anglophones. Autant de perspectives et de points de vue qui s'entrelacent, se font écho ou se confrontent pour témoigner de plus de 15 000 ans de présence humaine sur un territoire qui s'appelle aujourd'hui Canada.

«Dans l'ancienne Salle du Canada, l'histoire commençait avec l'arrivée des premiers Européens, étant donné que nous avons une salle des Premiers Peuples, rappelle le président-directeur général du MCH, Mark O'Neill. Or, il était essentiel de valider cette présence, puisqu'elle fait partie intégrante de qui nous sommes collectivement.»

La salle des Premiers Peuples demeure ouverte, mais la présence autochtone se tisse donc aussi, désormais, dans les trames développées dans les trois galeries de la nouvelle salle de l'Histoire canadienne, des origines à aujourd'hui. Et c'est d'ailleurs la voix de Joan Tenasco, Anishinabée de Kitigan Zibi, qu'on entend narrer les débuts du monde, lorsqu'on entre dans la première galerie.

À moins de deux mois de l'ouverture, la nouvelle salle bourdonne d'activités, lors de notre passage. L'équipe s'affaire à apposer les textes explicatifs sur les mortaises, à déposer un artefact dans une vitrine, à passer les fils pour éclairer comme il se doit certains objets plus sensibles à la lumière.

Ici, on vient de brancher l'écran sur lequel est projetée la vidéo expliquant comment les visages de quatre ancêtres shíshálh ont été virtuellement reconstruits et animés quelque 4000 ans plus tard. Là, des rideaux noirs cachent le manteau revêtu par le général Wolfe lors de la bataille sur les plaines d'Abraham, spécialement prêté par Buckingham Palace, alors que les menottes portées par Louis Riel lors de son exécution sont bien visibles dans leur présentoir. Là encore, un trou dans la cloison sur laquelle est reproduit le balcon de l'Hôtel de ville de Montréal attend la vidéo du général de Gaule proclamant son «Vive le Québec libre!» de 1967.

Un peu plus de 1500 artefacts sont répartis sur 40 000 pieds2 et témoignent d'un passé qui se répercute jusqu'au présent, faisant autant état des luttes des femmes, des francophones hors Québec et de la communauté LGBTA que des relations avec les États-Unis et les enjeux environnementaux dans la section contemporaine.

Certains modules ont nécessité un souci d'équilibre plus particulier. C'est le cas lorsqu'il est question de la construction du chemin de fer pancanadien, par exemple. Il y a quelque chose de profondément ironique à voir le laissez-passer à vie offert par le Canadien Pacifique au chef Pied de Corbeau (Crowfoot), en 1887, alors que ce dernier ne pouvait quitter sa réserve sans l'autorisation du gouvernement...

«Notre histoire est multiple parce que nos identités sont plurielles. Il faut en être fiers, tout en ayant le courage d'exposer nos erreurs. C'est une marque de maturité quand un pays présente ainsi son histoire avec intégrité et la partage en toute transparence», explique Mark O'Neill.

Idem en ce qui a trait aux deux référendums québécois. Tout a été calculé pour que chaque camp occupe le même espace, dans les couleurs appliquées sur les murs comme dans les photos et extraits vidéo (pour celui de 1980, on voit et entend le premier ministre canadien de l'époque, Pierre Elliott Trudeau, pour le Non, et son homologue québécois, René Lévesque, pour le Oui) rendant compte des rendez-vous de 1980 et 1995.

«Nous devons faire preuve de neutralité, puisque notre rôle consiste à présenter les faits aux gens. Nous leur montrons comment les événements se sont déroulés et les idées, elles, sont débattues entre les intervenants de l'époque», mentionne Lisa Leblanc, directrice développement créatif et apprentissages.

«Ce n'est pas au Musée de prendre position, renchérit David Morrison, directeur recherches et contenu. Si on peut argumenter sur les interprétations qu'on en fait, on ne peut cependant pas renier les faits pour ce qu'ils sont.»

Il en va donc de même pour le rapatriement de la Constitution, abordé avec la volonté de montrer les deux côtés de la médaille. Ainsi, encadrant la fameuse table (pas encore installée lors de notre visite) sur laquelle le document a été signé, on peut déjà voir d'un côté la photographie de Pierre Elliott Trudeau et de la reine Elizabeth II apposant leur signature; et de l'autre, celle où le premier ministre québécois René Lévesque, cigarette vissée aux lèvres, semble de bien mauvais poil, assis à l'extrémité d'une autre table à laquelle prend aussi place M. Trudeau.

Une place spéciale pour le Québec

De Maurice Richard à Maurice Duplessis, de la construction de la Manic à la crise d'Octobre, la seule province ayant droit à son module est justement le Québec. Cet espace, Mark O'Neill en rêvait depuis qu'il a accepté le poste à la tête du MCH et du Musée canadien de la guerre, en 2011. 

«La Révolution tranquille a eu un impact fondamental sur toute la société canadienne, et l'a transformée, à mon avis. Le défi était là: de mettre en lumière des moments qui ont résonné sur l'ensemble du pays», soutient M. O'Neill.

Tout en respectant la chronologie à compter de la Deuxième Guerre, cette troisième galerie portant sur le «Canada moderne» (dans laquelle on traite autant de l'émergence des banlieues que des pensionnats autochtones, du Groupe des Sept que du rôle du Canada sur la scène internationale) demeurera «renouvelable, parce que l'histoire est en constante évolution, explique Lisa Leblanc. On veut que le visiteur ressorte en se sentant comme un agent d'histoire pouvant influer la suite des choses».




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