Bien au sec avec Patrice Michaud

Patrice Michaud a livré une prestation inspirée, toute... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Patrice Michaud a livré une prestation inspirée, toute en nuances, jeudi soir, à la Maison de la culture de Gatineau.

Etienne Ranger, Le Droit

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CRITIQUE / « On est au courant de ce qui se passe chez vous, Gatineau. Et on est de tout coeur avec vous. Mais c'est la seule fois qu'on va aborder le sujet, parce que ce soir, notre mandat, c'est de vous faire oublier tout ça et vous faire passer une maudite belle soirée ! » a lancé d'entrée de jeu Patrice Michaud, en saluant le public de la Maison de la culture, jeudi soir.

Et il n'a pas failli à sa promesse, ensoleillant les lieux au fil des chansons d'Almanach et d'intermèdes blagueurs.

Michaud, comme les quatre musiciens qui l'entouraient, rayonnait d'un plaisir contagieux. Un quatuor aussi solide que souriant. Capable d'accompagner le poète dans ses clowneries. Du genre à se faire le choeur de messe pour ponctuer ses prêches trop longs. Du genre à enfiler lunettes noires et costumes à paillette, le temps de ressusciter avec lui « la grande époque » du rock québécois des années 50, et saluer au passage les honorables précurseurs que furent Les Classels et consorts. Du genre à lancer spontanément (à la demande de Patrice Michaud, tout de même) à la cantonnade une chanson surprise. Gatineau a eu droit à Quand j'aime une fois j'aime pour toujours.

Peut-être certains spectateurs plus émotifs ont-il versé une ou deux larmes lorsque, à la mi-parcours, il a interprété Les terres de la couronne en solo, dans une version pianistique tout ce qu'il y a de plus sobre et de plus émouvante. Il n'avait pas sous la main de voix féminine susceptible de remplacer Ariane Moffatt, et se prêtait à cet exercice piano-voix pour « la première fois de [s]a jeune carrière ». Moment sensible, chaudement applaudi. Mais c'étaient les seules gouttes qui ont pu arroser les festivités.

Malgré son succès, le chanteur gaspésien ne cache pas qu'il conquiert ses fans un par un. 

En spectacle, il ne manque jamais de sonder le public pour évaluer combien de personnes le voient pour la première fois en chair et en os. Petit jeu auquel il s'est à nouveau adonné, jeudi, pour constater avec délectation qu'il a fait pas mal de nouvelles émules, depuis ses derniers passages en Outaouais. 

C'était dans de petites salles, à La Basoche et Jean-Despréz, s'est-il remémoré, en prenant l'air faraud de l'artiste convaincu d'être parvenu « au top ». 

À la blague. 

En réalité, il était humblement ému de monter sur la scène de la Scène Odyssée : « Je comprends ce soir pourquoi il y a autant de [trophées] Félix dans les loges. » 

Depuis son dernier passage, il s'est « beaucoup amélioré », assure-t-il toutefois. Il en a même profité pour partir « à la découverte de [s]on corps ». Ce dont il a témoigné en faisant une démonstration de son jeu de jambes et ses déhanchés Elvis-esques nouvellement acquis.

La foule venue l'écouter chanter - et papoter, car Patrice Michaud, grand raconteur, a le verbe facile et le monologue généreux - lui était manifestement tout acquise. Ou s'est laissée charmer sans broncher. 

Personne n'a semblé lui tenir rigueur du fait que Michaud et ses complices (Mark Hébert à la basse, Simon Pedneault aux guitares, Guillaume Rochon au piano et Jérôme Chénard aux tambours) se sont concentrés sur le plus récent album, n'accordant que très peu d'espace à ces « vieux » vers d'oreille qu'on aurait cru incontournables. 

Il aura fallu attendre la fin de la première partie pour entendre Je cours après Marie, énergiquement rendue, et les toutes dernières minutes du show pour fredonner avec eux Mécaniques générales. Seule M'espères-tu ne s'est pas fait trop attendre.

Il a donc amorcé cette soirée almanachienne avec l'air le plus connu du nouvel album, ce Kamikaze où l'on apprend au détour du refrain que « L'amour ce n'est pas quelque chose, c'est quelque part », avant d'enchaîner - sans un seul mot - sur Cherry Blossom et la très douce Saison des pluies, toutes deux effeuillées à même son Almanach

Un silence contrôlé. « Yé rendu bête : il ne nous parle plus ! » a persifflé Patrice Michaud, à la fin de ce triplé inaugural. Il a ensuite expliqué que le défi de « se fermer la trappe » pendant trois chansons d'affilée lui a été lancé par son co-metteur en scène, Yann Perreau.

Les choses ont pris une tournure énergique - et surprenante - quand il a plongé avec délectation dans une reprise toute personnelle - traduite en français - du Stop de Sam Brown. Le chanteur avait décidé de nous faire revivre sa préadolescence, à l'époque « bénie » des partys de polyvalentes. Il a dédié la chanson à cette Julie, crush de jeunesse avec qui il a dansé son premier slow. Oui, celle de « Julie revient. Julie s'en va », entonnée dans la foulée.

Le public a entre autres eu droit à une délicate mouture de L'Anse blanche et à une version orageuse de l'excellente Apocalypse Wow, baignée d'éclairages d'un rouge ténébreux du plus bel effet. 

Et la soirée s'est conclue dans un bang !, tout le monde debout pendant 15 minutes, pendant que les musiciens, qui avaient retrouvé leurs costumes de Majestiques (le nom de leur band rétro à paillettes), brûlaient les planches dans un medley classic rock'n'roll endiablé et jouissif. Et puis la poussière est retombée. On a fait le noir pour Si près du soleil. Un autre moment de grâce, dans le recueillement des harmonies vocales.




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