Martha Wainwright: la légèreté de l'imperfection

Sans surprise, Martha Mainwright chante Franci pour son aîné,... (Olivier Jean, La Presse)

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Sans surprise, Martha Mainwright chante Franci pour son aîné, sur son disque, dans un désir de tourner son regard vers l'extérieur à travers ses textes.

Olivier Jean, La Presse

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À 40 ans, Martha Wainwright est la maman qu'elle a «toujours voulu être» et a trouvé «le sens à donner» au métier qu'elle exerce. Se sentir ainsi «mieux» dans sa peau permet aujourd'hui à sa voix de se libérer du poids de son patronyme - et d'un passé familial empreint de «turbulences» - pour s'envoler vers de plus larges horizons. Ça s'entend sur son plus récent disque, Goodnight City, teinté d'une «nouvelle légèreté» pour elle. Un espoir et une liberté que l'auteure, compositrice et interprète incarne sur scène.

«J'ai passé beaucoup trop de temps à me demander comment faire les choses pour plaire aux autres. Je suis maintenant moins préoccupée par le succès et je me dis qu'après 20 ans dans l'industrie, j'accepte d'être qui je suis, et j'en profite», soutient Marthe Wainwright, qui sera de passage à Gatineau le 11 avril.

Son patronyme, l'histoire et l'héritage qu'il sous-tend, a longtemps été lourd à porter. «Là, finalement, je suis aussi pesante qu'eux. Je me sens partie prenante de ma lignée. J'ai travaillé pour arriver où j'en suis et tout a désormais plus de sens», confie la principale intéressée, jointe dans la maison maternelle, à Montréal.

«Je me suis enfin libérée de mes propres attentes, ne serait-ce que parce que j'ai moins de temps pour penser à tout ça, avec l'arrivée des enfants, les responsabilités familiales, etc.» renchérit-elle... avant d'être justement interrompue par son plus jeune, qui l'appelle de la salle de bain.

«Désolée! Il est à l'entraînement sur le pot, et c'est une des premières fois qu'il y va tout seul», explique la mère en rigolant doucement, puis déposant le combiné du téléphone quelques instants pour féliciter fiston comme il se doit.

Décentrer son regard

Martha Wainwright reprend l'appareil et la discussion avec à-propos: «Je pense que je ne serai jamais en équilibre parfait, entre femme et artiste, parce la vie nous apporte toujours de nouveaux défis, mais mes enfants m'ancrent et me permettent de voir plus loin et plus grand que mes petits problèmes», raconte-t-elle.

Sans surprise, elle chante donc Franci pour son aîné, sur son disque, dans un désir de tourner son regard vers l'extérieur à travers ses textes.

«Les combats intimes que j'ai menés dans la vingtaine et la trentaine par rapport à qui j'étais m'avaient beaucoup inspirée jusqu'à maintenant. Là, j'ai envie de lever les yeux, de regarder ailleurs pour ne plus autant parler de moi.»

Cette volonté de décentrer sa perspective, et la légèreté audible sur Goodnight City qui en découle, résulte notamment du fait qu'elle ne s'est pas obligée à signer et composer les 12 pièces de l'album. 

Son frère Rufus lui a offert Francis, à l'esprit opératique. L'auteur Michael Ondaatje lui a proposé Piano Music; Merrill Garbus de tUnE-yArDs, Take The Reins; et sa tante Anna McGarrigle ainsi que sa cousine Lily Lanken se sont jointes à elle pour concocter Look Into My Eyes (seul titre où on entend Martha Wainwirght livrer quelques phrases en français), entre autres.

«Faire appel à d'autres, ça rend non seulement la vie plus facile à l'auteure et à la compositrice, mais ça donne la chance à l'interprète de prendre plus de place. C'est peut-être pour ça, aussi, que ma voix peut monter, voler, toucher à des zones que je n'avais pas explorées autant, avant.»

La perfection, non merci!

La chanteuse se dit d'ailleurs de plus en plus à l'aise avec sa voix, parce qu'elle a mûri et qu'elle en prend mieux soin. Elle n'aspire plus, non plus, à la perfection. Son but n'est plus d'atteindre une note en particulier, mais bien de rendre le sens profond, réel, des mots qu'elle livre.

Puis, il y la scène. «Pour quelqu'un comme moi, c'est presque la seule place où je peux encore m'exprimer en tant que créatrice, puisque les gens n'achètent plus de disques», fait-elle valoir.

Pour gagner sa vie, Martha Wainwright sait qu'elle doit présenter des spectacles, tourner. «C'est de toute façon ce que je connais le mieux, la scène», qu'elle partagera avec trois autres musiciens, à la Maison de la culture de Gatineau.

«La seule raison qui fait de moi une artiste canadienne, c'est que je peux être artiste au Québec. Échanger en français enrichit la relation avec le public d'ici. Ma mère et ma tante ont bâti cette relation, ces ponts entre anglophones et francophones. C'est un des cadeaux que j'ai reçus d'elles, et que j'ai envie de partager avec les gens.»

POUR Y ALLER :

Le 11 avril, 20 h

Maison de la culture de Gatineau

819-243-2525; salleodyssee.ca




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