Adib Alkhalidey: changer le monde, un rire à la fois

L'humoriste Adib Alkhalidey lors de son numero au... (Archives, La Voix de l'Est)

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L'humoriste Adib Alkhalidey lors de son numero au gala juste pour rire sur l'envie.

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Adib Alkhalidey aime le monde. Tout le monde. Et sincèrement.

En 2013, il y a eu ce premier spectacle solo en forme de déclaration d'amour: Je t'aime, avec Martin Matte à la mise en scène. L'humoriste est aussitôt élu Révélation de l'année au Gala Les Olivier.

Enchaînant les projets dans la foulée, il devient viral et multiplateforme, tandis que son charme décalé opère au fil des webisodes de 7 $ par jour (série qu'il a coécrite avec Mickaël Gouin) et Avoir l'air de (qu'il a scénarisée et réalisée), puis que le public apprend à mettre un nom (et à l'orthographier correctement) sur son visage et sa tignasse dépeignée dans Les Beaux Malaises, Like-moi! ou Code G

Sans oublier ni ses projets de réalisations de courts-métrages, ni le Dr Mobilo Aquafest, petit festival d'humour a prix modique qu'il a cofondé dans le Mile-End de Montréal, en partenariat avec Virginie Fortin, Guillaume Wagner et Sèxe Illégal.  

Nouveau chouchou des médias - et pas juste parce qu'il a prêté son indestructible sourire à la campagne promotionnelle de la version mobile du Devoir, Adib Alkhaliey retourne sur les planches. Dans Ingénu, son deuxième one man show, qu'il vient présenter vendredi à la Maison de la culture, il pose son regard décalé sur la société québécoise.

Un spectacle au ton «candide», plus que jamais porté par son «amour franc et honnête» pour ses contemporains. Ingénu, il l'a «écrit avec son coeur», pour faire du bien autour de lui. 

«Je pense ne jamais avoir fait quelque chose d'aussi sincère. Ce spectacle a été vraiment écrit dans le plaisir. Avec la volonté de faire rire, d'aller puiser dans ce côté humaniste que j'aime mettre de l'avant. »

Adib Alkhalidey est issu de la promotion 2010 de l'École nationale de l'humour, mais il a débuté le stand up à l'âge de 19 ans. Après «exactement 10 ans » de métier, «j'assume peut-être un peu plus mes responsabilités sociales et mon envie de faire de ce monde un monde meilleur», dit-il, sans une once de prétention dans la voix. 

Un tel propos sonnera comme une énormité dans la bouche de certains de ses confrères. On ne doute pas une seconde de sa bienveillance ni de l'«optimisme» à toute épreuve qu'il affiche.

Flirter avec le public

C'est que l'humoriste, né au Québec d'un père Irakien et d'une mère marocaine, a fait ses preuves dans l'humour «utile», dénonçant ici la culture du viol ou la stigmatisation des communautés arabes, réaffirmant là le droit des hommes à la sensibilité et aux larmes, raillant à l'occasion les stratégies bancaires poussant le consommateur à vivre à crédit, et se moquant gentiment - mais très allègrement - des nouveaux modes de communication de la génération «Y», aux relations sociales virtualisées et mises en scène.

Son spectacle Je t'aime, l'humoriste le voit comme sa «première date» avec le public. La télé et la Toile ont constitué d'autres rendez-vous pour «s'apprivoiser» mutuellement. Ingénu marque le moment où les flirteurs se sentent enfin en confiance, «complètement à l'aise» de se revoir. 

«Pour la première fois, je sens vraiment que je suis un humoriste [...] et non pas juste le gars qui a dit à ses parents: 'non, je n'irai pas à l'école, parce que je veux monter sur une scène et faire rire les gens'», explique-t-il. Il sent enfin «l'expérience», après trois années au cours desquelles il se souvient être monté sur les planches près de 600 fois. Dont 200 fois grâce à Je t'aime - une tournée «vraiment lucrative», s'étonne encore Adib Alkhalidey, qui dit avoir eu une enfance heureuse, mais «assez pauvre». 

«Je sais un peu mieux comment faire mon métier. Et ce qui est particulier, c'est que pour être bon, il faut accepter que tu ne comprends pas vraiment ton travail. Assumer que tout peut arriver, et qu'on ne sait pas ce qui va se passer. Une fois que tu maîtrises ça, tu peux aller beaucoup plus loin sur scène».

Loin, mais sans jamais se moquer. Car il préfère répondre à la bêtise par la gentillesse. 

Ce qui ne l'empêche pas de sortir de ses gonds, parfois. Le titre «Ingénu est à prendre au premier et au deuxième degré», car «l'ambiance du spectacle est naïve, l'esprit est candide, mais ce que je dis n'est pas forcément naïf. Des fois, ma [propre] naïveté me met en colère...»

Mais «peu importe si j'aborde mes sujets avec virulence ou gentillesse, pour autant que le but soit de faire réfléchir les gens, et qu'ils ressortent avec l'envie de rire de ce monde... et aussi de contribuer à l'améliorer un peu plus. »

« J'ai souvent des doutes. Le cynisme n'est jamais loin,  mais je suis persuadé qu'on peut y arriver», poursuit-il. 

Optimisme et larmes

Son optimisme repose entre autres sur «de nombreux témoignages et conversations» post-spectacles. Ou, tout récemment, sur le message rassurant de ce «grand-père» qui l'a découvert lors de son passage à Tout le monde en parle, début mars. Sur le plateau de Guy A Lepage, Adib Alkhalidey s'était prononcé sur le racisme ordinaire, cristallisé sur la communauté arabe. 

Ému par son plaidoyer en faveur du vivre ensemble, l'homme voulait partager le fait qu'il venait de prendre conscience de sa propre négligence, vis-à-vis de sa responsabilité citoyenne. L'humoriste lui avait fait réaliser que ses mots, qu'il croyait innocents, n'étaient pas inoffensifs, et qu'il contribuait depuis longtemps à nourrir un racisme ordinaire. Et l'homme tenait à manifester sa promesse de parler des communautés ethniques de façon plus respectueuse, dorénavant. 

«Son message m'a transpercé», affirme Adib Alkhalidey, qui en a eu «les larmes aux yeux».

«J'ai vraiment senti que je servais à quelque chose. Que mon message a un écho, qu'il est utile. [...] Il n'y a rien de mieux, comme carburant.» Car ce genre de changements de comportement constructifs l'encourage en retour à rester optimiste quant à la possibilité de pacifier collectivement le contrat social. 

«Je suis une personne très optimiste, mais je ne suis certainement pas le seul optimiste à connaître un combat intérieur. 

«La conclusion du spectacle, ce que l'on ressent à la fin, c'est positif! Mais le chemin pour s'y rendre est un mélange  d'espoir, de colère, de révolte et d'exaspération. Parce que tous ces ingrédients avec lesquels je joue sur scène sont en fait ceux que je ressens très vivement dans ma vie de tous les jours.»

POUR Y ALLER :

Le 14 avril, 20 h

Maison de la culture de Gatineau

819-243-2525 ; salleodyssee.ca




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