La danse en chair et en muscles

Les séquences du spectacle À la douleur que... (Courtoisie)

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Les séquences du spectacle À la douleur que j'ai font penser à des carnets d'images animées où les personnages se croiseraient, s'épauleraient ou se rejetteraient, avec élégance et fragilité.

Courtoisie

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Une chorégraphie fière, décidée, qui ne boude pas son plaisir. La voilà, la danse de Virginie Brunelle. Elle fait irruption dans la salle intime du Studio du CNA en ôtant tous les rideaux du théâtre, histoire de bien voir dans les moindres recoins. Aucune échappatoire possible pendant l'heure que dure À la douleur que j'ai, présentée jusqu'à samedi soir à Ottawa. Chutes, crissements de peau contre le plancher, corps exposés à leur nudité. Même pas mal !

Six danseurs se posent côte à côte autour d'une chaise occupée par l'un d'entre eux, droits comme des « i». La photo de famille s'affaisse progressivement, de façon imperceptible, d'abord, puis dans une débandade généralisée carrément comique ou tragique, c'est selon. Ne restera que le patriarche sur son trône...Ainsi va le cinquième spectacle de la Québécoise Virginie Brunelle, déjà présentée au CNA avec le Complexe des genres (2014), en enchaînant les portraits chorégraphiques évocateurs qui ne souffrent pas d'ambiguïté.

La franchise avec laquelle À la douleur que j'ai marque son territoire à grands pas donne une idée de son appétit sans limites. Tout semble possible sur le plateau qui secoue un panel d'humeurs et d'émotions, avec une préférence pour le pas de côté. L'exemple le plus flagrant ? Le choix de la bande sonore, exclusivement classique, aux pièces «cultissimes» (Lascia ch'io pianga de Handel, Gnossiennes de Satie) mais dont les extraits ne sont peut-être pas les plus connus. À l'instar du titre, À la douleur que j'ai, inspiré d'un poème d'Émile Nelligan dont on retient surtout le premier vers : «Ah ! comme la neige a neigé !» Sans effet de manche, en misant sur le plus simple appareil (une scène nue, des corps à peine costumés), Virginie Brunelle se réapproprie les codes de la danse avec une perspective fort convaincante, très fraîche dans son approche légèrement décalée. Une partition à corps perdus qui ouvre des horizons à la danse-théâtre de Pina Bausch et à la virtuosité acrobatique, entre torches vives et sculptures de groupe, irruptions solitaires et bouées collectives.

Les séquences font penser à des carnets d'images animées où les personnages se croiseraient, s'épauleraient ou se rejetteraient, avec élégance et fragilité. Parmi les moments forts du spectacle, le déplacement de deux danseuses dont l'une semble être l'ombre projetée de l'autre à terre. Ou encore, la marche aérienne de l'interprète Chi Long, surélevée à hauteur d'homme et ne prenant appui que sur ses complices. L'obstination à trouver son mouvement se lit dans chacun de ses gestes. Chi Long est une femme dure à danser, élégante même dans l'effondrement du corps lorsqu'elle interprète l'évanouissement en série dans un tableau où son partenaire tente de la retenir avec une chaise.

Sans rien d'ostentatoire, À la douleur que j'ai frappe juste et trouve des images qui flashent le plateau de leur simple puissance d'évocation. De quoi attiser un regard neuf sur cet art délicat qu'est la danse contemporaine.




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