2016: grande noblesse au Bataclan

L'hécatombe (Courtoisie, Lorca Cohen)

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Courtoisie, Lorca Cohen

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L'hécatombe

Si décembre est toujours l'occasion pour faire le bilan des grands disparus, on se souviendra nécessairement de l'année 2016 comme celle d'une hécatombe, en musique.

Ç'a commencé dès janvier, avec la mort du roi David Bowie. Ç'a s'est conclu par la disparition d'un empereur, Leonard Cohen, le 7 novembre, quelques semaines après la sortie d'un album qui servira de dernière pierre au mausolée de sa postérité. Entre-temps sont tombés Prince, Glenn Frey des Eagles (auteur du fameux Hotel California), la légende du country Merle Haggard, « le cinquième Beatle » George Martin, deux membres du Jefferson Airplane (la chanteuse Signe Toly Anderson et Paul Kantner, décédés le même jour), Frank Sinatra Jr. (fils de « l'autre »), Natalie Cole (fille du jazzman Nat King Cole), Maurice White de Earth, Wind & Fire ou encore John Berry des Beastie Boys.

Le Québec n'a pas été épargné, avec le décès du cardinal de Céline Dion, René Angélil, et celui de Bob Walsh. Les Franco-Ontariens se désoleront longtemps de la disparition de Paul Demers, auteur de leur hymne Notre Place. Et l'ex-joueur des Olympiques de Hull Bob Bissonnette, qui s'était reconverti dans une carrière musicale, est mort dans un écrasement d'hélicoptère.

« Sir » STING

La chaîne TV5 a rediffusé, le 3 décembre... (Courtoisie, Universal Music) - image 3.0

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La chaîne TV5 a rediffusé, le 3 décembre dernier, le concert qu'a donné Sting au Bataclan.

Courtoisie, Universal Music

La télé ne m'a guère apporté de réconfort, en 2016, mais grâce à la chaîne TV5 - qui l'a rediffusé le 3 décembre dernier - j'ai eu la chance d'« assister » au concert qu'a donné Sting au Bataclan, lors de la réouverture de la salle de spectacles parisienne frappée de plein fouet par les attentats terroristes du 13 novembre 2015. J'aurais aimé voir ça de près. Le corps debout. Le coeur en foule. Pour le symbole, en défi à la Djihad, d'abord. Pour la cause, ensuite, puisque les recettes ont été versées à des associations venant en aide aux victimes. Pour le répertoire, enfin.

Le Britannique m'a profondément ému. Il a trouvé le ton juste pour brasser les émotions, sans jeter de sel sur les cicatrices. « Ce soir, nous avons deux tâches importantes à concilier : d'abord, [...] honorer ceux qui ont perdu la vie [...]. Ensuite, célébrer la vie et la musique que représente cette salle de spectacle historique », a-t-il dit - en français - avant même de jouer la moindre note. « Nous ne les oublierons pas », a-t-il poursuivi, invitant le public à respecter une minute de silence en souvenir des 90 morts au Bataclan.

Entamer ce concert sur les tremblements délicats de Fragile - chanson dont la douceur est d'habitude réservée à l'heure des au revoir - avait quelque chose de puissant. Surtout épaulé par le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf. La suite du concert, sans tristesse superflue, est un sans-faute. Plutôt rock car, si la musique adoucit les moeurs, il fallait aussi renouer avec l'énergie des Eagles of Death Metal, suspendue en plein vol par les rafales de fusils automatiques. Et comment ne pas fondre lorsque Sting fait résonner, dans ces circonstances, son Message In The Bottle lancé dans l'océan de la foule. La noblesse ne s'improvise pas. Merci, Sir Sting ! Et vive Internet, qui diffuse la captation vidéo de ce concert mémorable...

Controverses

Une chanson, c'est (ou ça peut être) de la littérature. Ce n'est pas moi qui l'affirme, mais l'Académie des prix Nobel. Le chanteur et écrivain américain Bob Dylan ne s'attendait apparement pas à devenir le tout premier musicien récompensé par le Nobel de littérature. Un prix remis non pas pour son autobiographie, Chroniques (2004), mais parce que la légende du folk a su « créer dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique ».

La nomination du troubadour a vite suscité une controverse, alors que certains littéraires purs et durs montaient aux barricades pour ce choix « affligeant » et que d'autres, comme Irvine Welsh, raillaient le prestigieux prix suédois, jugeant que la récompense avait été extirpée des « prostates rances de hippies séniles et incompréhensibles ».

Au Québec, le milieu culturel a préféré investir ses énergies dans des controverses plus pertinentes, comme le « jaguargate » de Sylvain Cossette ou les pubs de Martin Matte. Et, plus sérieusement, le scandale autour de Claude Jutra, après qu'eurent été révélés ses abus sexuels sur des mineurs. Commotion dans le milieu du cinéma, à juste titre. Le gala qui portait le nom du cinéaste s'est empressé de l'effacer de son ADN. Dommage que l'industrie n'ait rien trouvé de mieux que ce très plat et très anonyme « Gala du cinéma québécois », en mal d'identité. Comme s'il n'y avait pas d'autres candidats légitimes pour qualifier les trophées. Les Prix Gilles-Carle ? Les Brault ? Les Lauzon ?

La saga Mike Ward-Jérémy Gabriel a fait couler... (Archives, La Presse) - image 4.0

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La saga Mike Ward-Jérémy Gabriel a fait couler un flot d'encre.

Archives, La Presse

Presque aussi sérieusement, la saga Mike Ward-Jérémy Gabriel a aussi fait couler un flot d'encre. En juillet, le Tribunal des droits de la personne condamnait l'humoriste à verser 35 000 $ au chanteur handicapé pour des blagues jugées discriminatoires. Dérive judiciaire et brimade liberticide, pour les uns ; acharnement ni drôle ni thérapeutique, pour les autres... Cette polémique aura eu le mérite d'ouvrir un petit débat éphémère sur les limites de la liberté d'expression. Étant amateur d'insolences, je penchais plutôt du bord de l'humoriste à grande gueule. Jusqu'à ce que le Chien (autoproclamé) entreprenne de refiler la facture à ses fans, par le truchement du crowdfunding. Geste indécent, voire odieux, de la part de l'« Olivier de l'année» 2016, qui n'est pas vraiment sur la paille (ce dont il ne se cache pas). Chien, Ward ? Misérable coyote, plutôt ! Il y a toujours bien des limites à se foutre de la gueule du monde... 

Moments mémorables

Au rang des entrevues de 2016 personnellement mémorables, l'heure échevelée passée au téléphone à rire, parler de « Maman Bougon » et émettre des jugements tranchants sur la télé en compagnie de Louison Danis aura été parmi les plus vivifiantes. Tous les artistes ne sont pas aussi généreux de leur temps et de leurs éclats de rire. Pouvoir m'entretenir 30 minutes avec l'immense compositrice Agnes Obel, pour parler des secrets de création de son disque Citizen Of Glass, fera partie de mes souvenirs impérissables de l'année. Tout comme le fait d'avoir eu la chance d'évoquer, avec Michel Latraverse, les poésies rescapées du « lour » passé de Plume.

Et parmi les spectacles les plus émouvants se hissent au premier rang le Rêves américains de Thomas Hellman, la prestation touchante d'Enrico Macias à la salle Odyssée ainsi que le passage de Jane's Addiction sur la scène du Rockfest, scène que le groupe partageait avec des filles se livrant à un effroyable ballet aérien rappelant la « Danse du soleil » initiatique pratiquée dans certaines tribus autochtones.




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