Les décideurs 2016: moderniser l'écosystème culturel

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« 10 000 participants ont rempli les questionnaires de pré-consultations. Une politique d'innovation ne peut pas être désincarnée de ses acteurs au sein de l'écosystème créatif », soutient la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

Etienne Ranger, LeDroit

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Tout au long de l'année, l'équipe des arts vous présente des femmes et des hommes qui façonnent le milieu culturel, en saisissent les enjeux et en connaissent les coulisses. Ce sont nos douze « décideurs ». Entretien avec la décideur en chef, la ministre de Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

Héritage de Jean Chrétien, le ministère du Patrimoine canadien fête ses 20 ans cette année mais accuse déjà quelques signes de fatigue. Il aura besoin d'une cure de jouvence. C'est, du moins, ce que préconise sa ministre Mélanie Joly, en poste depuis un an exactement et bien déterminée à moderniser son ministère. 

Que manque-t-il pour réussir pleinement dans le XXIe siècle ? Comment mener à bien ses nouvelles missions, entretenir le patrimoine, encourager la création, soutenir l'innovation numérique, les institutions nationales d'envergure et protéger les deux langues officielles ? Bilan d'une première année dans les hautes sphères décisionnelles.

Un plafond mansardé et des fauteuils bigarrés posés sur une moquette défraîchie... L'antichambre du bureau de la ministre, sur la Colline parlementaire d'Ottawa, a des airs étonnamment bucoliques. « On l'appelle le chalet », confirme la locataire. L'ex-ministre de la défense nationale Jason Kenney y avait ses quartiers. Rien, depuis l'emménagement de Mélanie Joly en novembre 2015, n'a vraiment changé. « Le lieu ne reflète pas vraiment la façon dont j'aborde les espaces, sourit-elle, mais nous déménagerons en janvier normalement. »

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Période de latence décorative ton sur ton avec cette première année de transition, passée d'une province à l'autre, à ausculter les enjeux des milieux culturels canadiens. Mélanie Joly a plaidé pour un retour des consultations publiques, « parce que les citoyens font partie du processus décisionnel ». 

Les déclinaisons sont multiples: en ligne, sur place, en tables rondes, avec des professionnels du secteur culturel ou de simples citoyens curieux. Dans le cadre d'une remise à plat des politiques culturelles, la ministre souhaitait recueillir les avis et observations des différents acteurs impliqués. À la veille de clore la période de consultations, la réponse des citoyens lui paraît encourageante : «10 000 participants ont rempli les questionnaires de pré-consultations », se réjouit-elle, dont la moitié issue du secteur professionnel concerné.

« Une politique d'innovation ne peut pas être désincarnée de ses acteurs au sein de l'écosystème créatif », justifie la ministre.

Du journal du matin au jeux vidéos, des séries télé au cirque amateur, de la peinture classique aux réseaux sociaux, la culture est partout là où s'éveille l'esprit critique et s'exerce le jugement. Cette culture, ciment d'une société plurielle, Mélanie Joly la drape des valeurs les plus inclusives pour que se dresse un ministère à l'écoute « des différents joueurs de l'écosystème qui participent de concert, avec le gouvernement, pour l'aider davantage. » 

Servir d'exemple

« Le fait que l'on arrive à avoir cette conversation nationale - et nous sommes le seul pays à le faire - nous permettra d'aboutir à une politique culturelle au niveau fédéral, avant une deuxième étape, internationale, espère-t-elle. Mais avant de servir d'exemple, nous devons mettre en ordre notre propre maison. »

Comment repenser les fondements du service public ? Terrain sensible s'il en est, sur lequel la ministre s'aventure avec un soupçon d'audace et beaucoup de prudence. Ses priorités ne manquent pas : appuyer la vitalité des communautés linguistiques en situation minoritaire, augmenter la connaissance des deux langues officielles, mais aussi innover pour moderniser un système à même de refléter une réalité numérique en constante évolution. 

«Le défi de tous les ministres de la Culture», résume-t-elle sur ce dernier point. Manière d'étayer sa légitimité, bien sûr, mais surtout de raccorder sa politique à son époque, de l'ancrer dans la modernité, de l'associer aux mutations de la société. 

Cette volonté ne date pas de sa nomination au gouvernement fédéral. En 2014, la candidate déchue à la mairie de Montréal écrivait dans son essai Changer les règles du jeu (Québec Amérique) : « j'aime mieux croire que l'État est réformable plutôt que d'assister à son inexorable déclin au moment même où le réflexe humain risque d'être celui de la survie personnelle au détriment de la survie collective. » Au théâtre, on appelle cela des notes d'intention. Reste à passer à l'acte en 2017, avec un budget revalorisé à 1,9 milliard $ sur cinq ans.

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