Les décideurs 2016: l'identité outaouaise

Il reste encore beaucoup à faire pour mettre... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Il reste encore beaucoup à faire pour mettre artistes, organismes, investisseurs et grand public en contact les uns avec les autres, souligne Julie Martineau, la DG de Culture Outaouais.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Après les émergents, place aux décideurs! Tout au long de l'année, l'équipe des arts vous présentera des femmes et des hommes qui façonnent le milieu culturel, en saisissent les enjeux et en connaissent les coulisses. Pour ce rendez-vous de juillet, LeDroit a rencontré la directrice générale de Culture Outaouais, Julie Martineau.

Formations ponctuelles ou en continu pour les artistes et les travailleurs culturels. Activités de réseautage avec les gens d'affaires et forums Créateurs de demain ou sur la citoyenneté culturelle des jeunes. Projets 3e Oeil et de coopérative d'habitation pour les artistes. Sans oublier le gala annuel Les Culturiades. Culture Outaouais existe depuis près de 40 ans déjà. Si l'organisme oeuvre à outiller et encadrer les intervenants culturels, il est aussi développeur.

«On doit constamment se remettre en question pour évoluer au diapason des besoins de nos membres», soutient Julie Martineau. 

Entre la promotion et le rayonnement des créateurs de la région et le soutien technique dont ils ont besoin, Culture Outaouais s'avère un catalyseur, rassembleur autant que diffuseur.

«Récemment, on a cherché à justement recentrer nos efforts sur le développement du soutien aux artistes, qui passe par de l'équipement et des infrastructures propices à favoriser la création et à stimuler les rapports directs avec le public.»

Le projet de coopérative de la rue Morin, récemment présenté à la Ville de Gatineau (qui devrait rapidement annoncer une décision dans le dossier) pourrait ainsi bientôt devenir «la première pierre du déploiement d'une concentration d'artistes au centre-ville».

«On crée des quartiers industriels, pourquoi ne pourrait-on pas créer un quartier axé sur la création et qui deviendrait un pôle culturel?» soulève Mme Martineau.

Avant de faire valoir sa place dans une communauté, encore - et toujours - faut-il démystifier ce qu'est un artiste, rappelle néanmoins la directrice de Culture Outaouais dans un sourire un peu las.

«On a encore un rôle important à jouer pour sensibiliser les gens à ce qu'est une rétribution juste pour les artistes, dont la plupart sont des travailleurs autonomes et font donc partie des 30% de Québécois qui exercent un emploi atypique.»

Car offrir de la visibilité à un créateur est une chose. Payer pour accrocher une toile ou installer une sculpture dans les bureaux de son entreprise, par exemple, est assurément bien mieux.

«Nous sommes en train de monter un portfolio d'oeuvres d'artistes de l'Outaouais, que nous pourrons soumettre aux gens d'affaires souhaitant investir en acquérant une création d'ici et ainsi leur donner le goût de collectionner l'art et nourrir un sentiment de fierté régionale», souligne Julie Martineau.

Nul doute chez elle: «Je crois vraiment au rôle identitaire de la culture», renchérit-elle d'un ton convaincu.

Point de convergences

Il reste toutefois encore à faire pour mettre artistes, organismes, investisseurs et grand public en contact les uns avec les autres.

«C'est un rôle d'entremetteur qui est essentiel, mais dont on a parfois de la difficulté à convaincre les bailleurs de fonds de l'importance, soutient Mme Martineau. Les joueurs changent et augmentent, il faut donc se tenir au fait des nouveaux intervenants qui apparaissent dans le milieu afin de favoriser un réseautage efficace et profitable à tous.»

Dans cette optique, la directrice générale aimerait d'ailleurs approcher designers et architectes, afin de créer des ponts avec des représentants de ces disciplines connexes et de rendre Culture Outaouais encore plus inclusif.

Vecteur de changements

D'aussi loin qu'elle se souvienne, Julie Martineau a toujours été exposée aux arts et à la culture (comme plusieurs, elle a fait du théâtre au secondaire, mentionne-t-elle). Elle n'est pas devenue artiste pour autant.

En fait, la Gatinoise envisageait de faire carrière dans le développement international, avant de se réorienter. Un boulot au sein de l'équipe du festival Musique du bout du monde, en Gaspésie, il y a une huitaine d'années, l'a non seulement confortée dans ce repositionnement, mais lui a de plus donné envie de revenir en Outaouais, où elle est née et a grandi, pour faire sa maîtrise en développement... régional.

«Ç'a vraiment été l'élément déclencheur. J'avais toujours cru à la culture comme vecteur économique et rassembleur, mais là, je l'avais vécu, raconte-t-elle. J'ai donc voulu m'assurer de pouvoir provoquer le changement, d'être actrice du développement culturel chez moi.»

Depuis trois ans maintenant, elle siège à la direction générale de Culture Outaouais. Et doit entre autres faire plus avec moins. Après 10 ans de gel de financement gouvernemental, l'organisme a vu les deux dernières années loger à l'enseigne de l'austérité libérale. Une austérité qui rime avec des ponctions de 15% dans les subventions qui lui sont versées.

«Comme dans d'autres milieux, on subit beaucoup de pression pour trouver d'autres sources de revenus. Mais je me vois mal aller frapper aux mêmes portes que les artistes et organismes que Culture Outaouais est censé servir... On ne peut quand même pas entrer en compétition avec nos membres!»

La situation préoccupe les 13 membres du conseil d'administration, en plus de soulever l'enjeu de continuer à remplir sa mission d'une main, sans déshabiller Paul de l'autre. 

«Notre mandat doit être soutenu par l'État», affirme Mme Martineau, qui compte trois collègues travaillant à temps plein à ses côtés.

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