Les décideurs 2016: l'art comme ligne de vie

Simon Brault, directeur  du Conseil des arts du... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Simon Brault, directeur  du Conseil des arts du Canada, souligne que l'investissement du gouvernement Trudeau - 550 millions de dollars d'ici 2021 - représente le plus grand investissement de l'histoire du CAC.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Après les émergents, place aux décideurs! Tout au long de l'année, l'équipe des arts vous présente des femmes et des hommes qui façonnent le milieu culturel, en saisissent les enjeux et en connaissent les coulisses. Pour ce quatrième rendez-vous, et alors que le Conseil des arts du Canada (CAC) déposait un peu plus tôt cette semaine son nouveau plan stratégique, LeDroit a rencontré le directeur du CAC, Simon Brault.

Après avoir dirigé l'École nationale de théâtre (ENT), à Montréal, Simon Brault célébrera en juin sa deuxième année à la tête du Conseil des arts du Canada. Un mandat éminemment stratégique: l'organisme responsable des subventions en culture verra son budget doubler sur cinq ans, du jamais vu en investissement culturel. 

À l'intérieur de l'immeuble flambant neuf, le site du Conseil des arts s'est imaginé un décor de start-up dès son ouverture en 2014: espaces ouverts et grandes baies vitrées, cantine multicolore, chaises longues aménagées en aire extérieure pour se ressourcer... Une vache du sculpteur Joe Fafard a pris ses quartiers dans le bureau du directeur, ton sur ton avec l'aménagement paysager du balcon. 

Meubles fonctionnels et contemporains transmettent un message d'efficacité et de sobriété. Des tons neutres, beige ou blanc, du cuir noir et du verre, rien ne retient ou ne distrait l'attention. À ceci près: le local du directeur semble sortir d'une page de catalogue de la Banque d'art du CAC qui loue ses quelque 17 000 oeuvres au public et aux entreprises.

Le bureau est quasiment intact. «Je travaille sur tablette», confie-t-il, mais les murs tranchent avec l'univers aseptisé du mobilier fonctionnel. Pour l'anecdote, la vedette du lieu est le Disco ball de Reuel Dechene, une boule à paillettes encastrée dans un enjoliveur qui s'illumine comme un sapin de Noël. Effet garanti!

Après ses 17 années à la direction générale de l'ENT, Simon Brault continue de cultiver un certain sens théâtral. Il ne porte que de seyants costumes trois-pièces, col montant, tenue de mise en cette journée de dévoilement de plan stratégique. 

Regagner la confiance des artistes

Promesse annoncée, promesse confirmée lors du dévoilement du budget fédéral, le 22 mars dernier. Le premier ministre Justin Trudeau va octroyer pas moins de 550 millions $ d'ici 2021 au CAC. «Cela représente le plus grand investissement de notre histoire», souligne le directeur. 

Il s'agit aussi de s'extirper d'une politique culturelle délicate, celle du gouvernement Harper, tant décriée par les artistes. «Nous avons tenu le phare», résume sobrement Simon Brault.

Ce revirement largement souhaité par le monde culturel annonce-t-il un nouveau chambardement? Pas nécessairement, puisque les modalités d'application ne seront pas immédiates. Quarante millions $ s'ajouteront au budget de 2016/2017 (180 millions $) et financeront les projets qui débutent et s'achèvent dans la même année, selon M. Brault. Le budget du CAC sera ensuite augmenté de 35 millions $ par année pour atteindre 360 millions $ en 2020-2021. Ainsi, le total de réinvestissement sur cinq ans dépasse le demi-milliard.

Vice-président du conseil d'administration du Conseil, Simon Brault connaît bien les enjeux de cet organisme pourvoyeur de fonds. «Quand je suis arrivé ici, la première chose qui m'a interpellé, c'était de voir comment on doit repenser et recadrer le soutien à la pratique artistique autochtone. On doit le faire dans un cadre d'auto-détermination culturelle. Le gouvernement canadien a pratiqué un génocide culturel; si l'on veut soutenir le développement artistique des Premières Nations, il faut en tenir compte; que ce soutien-là soit mesuré à leurs valeurs, à leurs ambitions.» 

Ainsi, le nouveau modèle de financement prévu pour 2017 a réduit les 150 programmes existants en six grands programmes, parmi lesquels «Créer, connaître et partager: arts et cultures des Premières Nations, des Inuits et des Métis» recevra le plus gros montant de la nouvelle enveloppe, affirme le directeur.

Cet appétit soudain du fédéral pour la culture se traduira également par une revalorisation financière du rayonnement des artistes au Canada et à l'étranger.

«On leur dit: "Oui, on va être là, on va réinvestir de façon plus importante en se préoccupant non seulement de la qualité artistique de votre travail, mais aussi de votre enracinement et de votre rayonnement dans le Canada d'aujourd'hui"», assure le directeur.  

Pour la première fois de son histoire, le CAC a organisé une session Facebook Live encourageant le jeune public à poser des questions à Simon Brault sur le nouveau plan stratégique. L'idée est de redorer le blason des carrières artistiques auprès de la jeunesse et de retrouver sa confiance. Le Conseil des arts contribuera-t-il, dans ce domaine, à susciter de nouvelles vocations?

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