Adieu à une dame de coeur

C'est l'image que je garderai de Rita Lafontaine:... (Alain Roberge, Archives La Presse)

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C'est l'image que je garderai de Rita Lafontaine: une dame noble et fière qui s'avérait aussi d'une humilité et d'une authenticité qui la rendaient unique.

Alain Roberge, Archives La Presse

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BILLET / Le seul nom de Rita Lafontaine, décédée lundi soir, ramène de nombreux personnages dans la tête et le coeur des gens. Qu'ils soient amateurs de théâtre, de cinéma ou de télévision. Et peu importe leur âge, puisque la prolifique comédienne a touché plus d'une génération au cours de sa foisonnante carrière.

Nul doute que les jeunes qui ont vu, en 2009, le long métrage Noémie: Le Secret dans lequel elle incarnait la très attachante Madame Lumbago (créée par l'auteur jeunesse Gilles Tibo) ont rêvé de l'avoir comme grand-maman ou ont reconnu la leur en elle.

C'est d'ailleurs l'image que je garderai d'elle: une dame noble et fière qui s'avérait aussi d'une humilité et d'une authenticité qui la rendaient unique.

Une impression que confirme l'homme de théâtre Gilles Provost, qui a déjà joué La Musica de Marguerite Duras avec elle, dans un café montréalais, en décembre 1966.

«Les premiers mots qui me viennent quand je pense à Rita, c'est gentillesse, douceur et générosité», témoigne-t-il, «ébranlé» par le décès.

«Chaque fois qu'on se retrouvait, on reconnaissait avec respect chez l'autre cette passion commune qu'on vouait au théâtre et qui nous avait menés tous les deux jusqu'aux planches, sans que rien ne nous prédispose vraiment à faire ce métier, à la base», renchérit l'ancien directeur du Théâtre de l'Île.

Je n'ai pour ma part rencontré Rita Lafontaine qu'une fois. C'était en 2014, à Montréal. À quelques semaines des représentations prévues ce printemps-là au Théâtre français du Centre national des arts - la-même où Albertine en cinq temps de Michel Tremblay avait été créée 30 ans auparavant - je m'étais rendue dans la métropole pour assister à la première de cette pièce telle que revue par la metteure en scène Lorraine Pintal, au Théâtre du Nouveau Monde.

Assise dans la salle des employés, Rita Lafontaine se prêtait au jeu des «Je me souviens»...

Du moment où elle avait «découvert» Tremblay, «sa manière de dire» à laquelle elle avait tout de suite adhéré, «sa connaissance de l'âme humaine» qui continuait de l'inspirer.

De la première mouture des Belles-Soeurs, à Montréal, en 1968, dont elle avait été partie prenante.

De la création à Ottawa de Lysistrata, un an plus tard, qui deviendra la toute première pièce présentée en français au CNA (dont le drapeau a été mis en berne, mardi, à la mémoire de la comédienne). «C'était l'époque où on pouvait passer trois semaines par année à Ottawa, dans des hôtels-appartements, pour créer des nouvelles pièces... Je me considère privilégiée d'avoir pu vivre ça», me confiait Mme Lafontaine au printemps 2014.

Si elle ne montait pas sur scène ce soir-là, elle était au TNM pour célébrer le 30e anniversaire d'Albertine, puisqu'elle avait été de la distribution originale, en 1984. Elle avait alors prêté ses traits à l'Albertine de 40 ans.

Seule avec moi, elle se racontait en passant du rire discret au sourire en coin qui me rappelait à la fois ses personnages dans Les Moineau et les Pinson et La Grande Séduction. Par moments, son regard se voilait d'émotions, ses mains se recueillaient sur la table entre nous, lorsqu'elle se rappelait ses premiers pas dans un métier qui l'allumait toujours.

Bref, elle prenait un plaisir attendri - et attendrissant - à fouiller ainsi dans sa mémoire. Autour de cette pièce incontournable du répertoire de son «grand ami» Michel Tremblay, avec qui elle fêtait cette année-là «50 ans de complicité». «Je pourrais même parler de fidélité artistique, dans notre cas!» avait-elle lancé en rigolant doucement «pour ne pas déranger» ses collègues en train de se préparer dans les loges, non loin.

Car elle était aussi comme ça, Rita Lafontaine: d'une grande douceur et d'un très grand respect. Pour le métier, ceux qui le pratiquent, Michel Tremblay, André Brassard... Et pour le public, à qui elle a toujours voulu «donner le meilleur» à travers les mots des autres, certes, mais avec son coeur à elle grand ouvert au partage.

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