La chute du huard met les festivals à rude épreuve

La mauvaise conjoncture économique complique la tâche des... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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La mauvaise conjoncture économique complique la tâche des organisateurs. «Personne ne l'avait vu venir en 2015», concède le fondateur et président du Rockfest, Alex Martel.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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La saison des festivals débute en juin par le Festival de jazz d'Ottawa et s'annonce maussade: la baisse du cours du dollar canadien - sous la barre des 0,70 US$ - soumet les directeurs de festivals à rude épreuve.

Ces manifestions d'envergure, moment artistique à la fois éphémère et durable, réunissent un large public et permettent de faire émerger de nouvelles têtes d'affiche.

Qui plus est, elles sont un formidable outil de développement économique. En décembre 2015, Music Canada publiait un rapport sur l'état de l'industrie musicale live en Ontario en s'appuyant sur des données de 2013: l'impact économique des concerts est estimé à 1,2 milliard $ cette année là et inclut la création de quelque 10 500 emplois à temps plein en Ontario.

Mais dans ces équations heureuses, un obstacle de taille déstabilise aujourd'hui les budgets des programmateurs: la chute continue du huard. Car ces festivals doivent généralement faire venir des personnalités internationales pour attirer un public aussi large que possible. Ce qui coûte cher. La mauvaise conjoncture économique complique la tâche des organisateurs. 

«Personne ne l'avait vu venir en 2015, concède le fondateur et président du Rockfest, Alex Martel. Nous avons vécu une mauvaise surprise l'an dernier, entre le moment où nous avons invité les artistes à venir se produire et celui où il a fallu les payer.»

Pas question de réitérer la même erreur cette année. «On s'est réajusté pour 2016, assure M. Martel. Comme il est hors de question d'augmenter le prix des billets, nous négocions serré avec les artistes. Si par le passé, nous pouvions leur offrir de plus gros cachets, ce n'est plus le cas cette année. Et pour ceux qui persistent à être trop exigeants dans leurs demandes, on passe au suivant.»

Le défi économique, cette année, est d'autant plus important pour ce festival qui consacre généralement les deux tiers de son affiche à des artistes américains, désormais plus coûteux. Alors que le dévoilement de la programmation est attendu dans les prochaines semaines, le Rockfest a déjà annoncé la présence de trois têtes d'affiche: Bring Me The Horizon, NOFX et Cannibal Corpse. «Nous faisons tout pour préparer une programmation aussi solide que l'année précédente», assure le président de l'événement. 

Miser sur les artistes canadiens

Sa parade? Miser davantage sur les artistes canadiens, moins onéreux, et courtiser les festivaliers américains au plus fort pouvoir d'achat. «Il faut être créatif», dit-il, résumant le sentiment général. 

Crise oblige, les manifestations doivent rapidement s'adapter aux nouvelles donnes du porte-monnaie canadien. «C'est le moment de mettre en avant nos talents nationaux», croit également Petr Cancura, du Festival de jazz d'Ottawa.

Mais là encore, la conjoncture ne facilite pas toujours les affaires. «Dès que les groupes canadiens gagnent en notoriété, ils se tournent vers des agents américains», nuance le directeur du Festival de jazz.

Une solution s'impose: «Nous essayons de faire prendre conscience aux artistes de notre réalité financière. Les plus chevronnés comprennent bien les hauts et les bas du marché, ils sont prêts à faire un effort.»

Il a quand même fallu tailler dans le vif: alors que le festival offrait 13 jours de concerts, l'an dernier, il repassera à 10 cet été. Pour cette édition, plus que jamais, le directeur compte sur les entreprises mécènes afin de le «soulager» des aléas économiques provoqués par la dévaluation du dollar canadien.  

Certains acteurs refusent de s'exprimer sur la question, à l'instar de Mark Monahan, à la tête des deux plus importants festivals d'Ottawa, le Bluesfest et le Cityfolk.

La baisse du dollar canadien recèle néanmoins des effets positifs, notamment sur le tourisme. Les visiteurs étrangers profitent d'un taux de change avantageux, ce dont les festivals - et le tourisme culturel en général - pourrait bénéficier en 2016. 

Paradoxe heureux de la crise: plus réticents à partir en vacances à l'étranger, les Canadiens pourraient également se reporter sur les festivals d'été d'ici...

La folle danse du dollar

Le compagnie Alonzo King Lines Ballet, de San... (Courtoisie) - image 3.0

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Le compagnie Alonzo King Lines Ballet, de San Francisco, risque bien de ne pas repasser par Ottawa à cause du faible huard.

Courtoisie

Le département de danse du Centre national des arts (CNA) se retrouve particulièrement affecté par la conjoncture économique. Son affiche 2015-2016 est presque intégralement internationale: parmi la vingtaine de spectacles programmés, les trois quarts proviennent de l'étranger. 

«Quand le dollar a commencé à baisser, les négociations avec les compagnies étaient déjà faites», évoque la productrice générale de Danse CNA, Cathy Levy.

Ses saisons se préparent des années à l'avance; les fluctuations du dollar font donc partie du jeu. Sans réajustement de son budget annuel après la chute-surprise du huard, la productrice doit compenser les coûts comme elle peut à court terme.   

«Étant donné qu'il est hors de question de revoir le cachet des artistes, nous ajustons d'autres facteurs afin de retrouver un équilibre financier, notamment l'administration et les voyages», explique-t-elle.

Les prévisions économiques n'étant guère optimistes quant à la valeur du dollar canadien, Cathy Levy a préparé la saison 2016-2017 en conséquence.

«Comment équilibrer un budget tout en présentant des artistes intéressants?» questionne-t-elle, résumant le dilemme général des programmateurs. 

Des solutions existent pour amortir les frais de déplacement outre-Atlantique, particulièrement dispendieux. 

«La division du coût avec les diffuseurs, évoque-t-elle. Cela implique de trouver d'autres partenaires nord-américains afin de prolonger les tournées des compagnies internationales. Et surtout, de jongler avec les dates.»

Elle cite l'exemple du Alonzo King Lines Ballet, de San Francisco, à l'affiche du CNA en 2013. «Nous étions presque les seuls à les inviter au Canada. Avec la situation présente, cela devient plus difficile de les reprogrammer pour 2017-2018», regrette-t-elle.

La directrice reste néanmoins confiante. «Le monde de la danse est immense, le problème n'est pas le manque de choix.» Mais celui de faire danser à la hauteur de ses moyens...

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