La critique, de pince et de plume

Au cinéma, on retiendra le magnifique Timbuktu, du... (Archives)

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Au cinéma, on retiendra le magnifique Timbuktu, du réalisateur Abderrahmane Sissako qui dépeint un village du Mali peu à peu investi par un groupe de djihadistes.

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Quelquefois, la critique culturelle souhaiterait disposer d'un pouvoir de persuasion vraiment efficace, à l'instar des hypnotiseurs. Se doter d'une arme de prescription massive? Pourquoi pas. Ou, carrément, envisager de recourir à des moyens d'intimidation tels que son lecteur n'hésiterait pas longtemps à se rallier à ses conseils.

Si la plume s'évertue à se montrer convaincante, rien ne vaudrait une méga-pince articulée qui viendrait cueillir les récalcitrants par les cheveux (ou les oreilles, ou les pieds) pour les déposer au théâtre voir la pièce qu'elle recommande. Ou en librairie, pour un livre à lire toutes affaires cessantes. Ou au cinéma...

Décidément, l'arsenal journalistique est trop limité. Oui, quelquefois, la critique culturelle serait prête à tout pour faire partager sa découverte, quand bien même n'aurait-elle rien découvert du tout et rejoindrait-elle avec retard la colonie des amateurs déjà nombreux d'une oeuvre qui aura su s'imposer ici ou ailleurs.

En attendant ce bras articulé (commandé au père Noël), il ne nous reste plus qu'à faire l'inventaire de ces pépites millésimées 2015, en espérant que celles toujours accessibles trouvent un intérêt partagé auprès de nos lecteurs...

Commençons par un thème d'actualité peu réjouissant, mais fort inspirant en 2015: la montée de l'islamisme. Au cinéma, on retiendra le magnifique Timbuktu, du réalisateur Abderrahmane Sissako qui dépeint un village du Mali peu à peu investi par un groupe de djihadistes. En littérature, ce sera le sulfureux Soumission, dans lequel Michel Houellebecq imagine sans tabou une France dirigée par le parti de la Fraternité musulmane. Encore en littérature, la dimension prophétique la plus intelligente va plutôt à l'immense Sony Labou Tansi, disparu il y a 20 ans, et dont on recommande fortement la lecture d'Encre, sueur, salive et sang paru cet automne. Ce recueil de textes épars écrits entre 1973 et 1995 fait ressurgir la parole très actuelle de ce penseur visionnaire congolais. À méditer!

Enfin, comment oublier ce tristement célèbre 7 janvier, où j'assistai, le soir-même à Paris, à la reprise de la pièce Fragments, par Peter Brook, l'un des maîtres du théâtre encore vivant? Grand moment de recueillement aux Bouffes du Nord quand le metteur en scène, âgé de 90 ans, est apparu sur scène pour une minute de silence assourdissant.

L'art engagé sait reprendre des couleurs quand il nous fait rire. En haut du panier culturel, Neil Young vociférant vert de rage «Monsantô» à tue-tête dans son dernier album The Monsanto Years; ou encore l'exposition satirique Good to go! à la galerie Cube qui prépara, à sa façon, les élections fédérales. Sans oublier l'irrésistible revue de l'année par les trublions drôlissimes d'Autopsie 2015 au Théâtre de l'Île... vive l'humour qui ferraille du côté tranchant de l'épée!

Ah, mais je n'ai encore rien dit des Lumières de la ville, film muet de Chaplin que l'Orchestre du Centre national des arts (OCNA) a brillamment rendu à sa partition. Un extraordinaire projet de cinéma musique lancé par Alexander Shelley, nouveau chef d'orchestre de l'OCNA, à qui l'on peut décidément se fier les yeux fermés.

Ouvrons-les plutôt devant ces merveilles: l'exposition lumineuse de John F. Marok, La vie continue, à l'Espace Odyssée, mais aussi les dessins aquarellés de la splendide (et orageuse) BD d'Aude Picault, Parenthèse Patagone.

Oui, quelquefois, le chroniqueur culturel serait prêt à tout pour faire partager ses découvertes. Il aurait été dommage de manquer la guitare virtuose de Jason Vieaux et son interprétation d'Asturias au festival Musique et autres mondes; dommage de ne pas assister au succès du groupe polyphonique corse A Filetta, pourtant bien décidé à introduire ses pièces en français à un public majoritairement anglophone au Festival de jazz d'Ottawa. Séance de rattrapage en 2016?

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