Décès de Muriel Millard

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Muriel Millard

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La Presse Canadienne
MONTRÉAL

L'ex-reine du music-hall québécois Muriel Millard, qui a animé les folles soirées des cabarets au milieu du siècle dernier, est décédée dimanche soir dans un hôpital montréalais. Elle aurait eu 92 ans demain.

Reine des nuits montréalaises des années 1940, 1950 et 1960, elle a séduit des milliers de clients du Mocambo, du Caprice ou du Café de l'est avec ses revues à grand déploiement. Mais à l'aube des années 1970, Muriel Millard met au rancart plumes, strass et robes de samba pour se tourner vers la peinture.

Elle restera aussi gravée dans la mémoire collective du Québec comme l'auteure de la célèbre chanson Dans nos vieilles maisons, entonnée pendant des milliers de réveillons du jour de l'An mais toujours populaire. La chanson a d'ailleurs été intronisée en 2007 au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens.

Muriel Millard naît le 3 décembre 1922 à Montréal, et elle sera l'aînée d'une famille de huit enfants. À 13 ans seulement, en 1938, elle remporte le concours musical Les Jeunes Talents Catelli de CKAC, qui lancera sa carrière. Elle chante dans la métropole sur la scène du Théâtre National de Rose La Poune Ouellette (aujourd'hui le National, dans le Village), avec les vedettes de l'heure du burlesque et du music-hall, dont Manda, et sera plus tard des tournées de Jean Grimaldi dans tout le Canada français - et jusqu'en Nouvelle-Angleterre.

En 1942, son premier disque, Y'a pas de cerises en Alaska, connaît un grand succès. Elle sera ensuite omniprésente à la radio - CKAC, CKVL, et même Radio-Canada, chez Les Joyeux Troubadours - mais aussi dans les cabarets du Québec, et ailleurs sur la planète: New York, Argentine, Nevada.

En 1950, Muriel Millard est d'ailleurs couronnée Miss radio. Elle animera ensuite sur les ondes naissantes de la télévision de Radio-Canada Miss Music-Hall, l'émission qui lui vaudra son surnom, mais aussi Pique atout, Feux de joie, Porte ouverte ou Le Club des autographes.

À la fin des années 1950, ses spectacles deviennent des revues de music-hall très élaborées - et coûteuses -, avec danseurs et numéros de variété. C'est là qu'on la voit chanter sambas et rumbas endiablées, régime de bananes sur la tête, telle une Joséphine Baker. «Les Français avaient Mistinguett, et nous, on avait Muriel Millard», racontait hier le journaliste Roger Sylvain, qui l'a fréquentée jusqu'à la toute fin.

«Il y a eu Alys Robi aussi après, dans un autre genre, mais dans la même lignée», se rappelait hier la «vadrouilleuse» Francine Grimaldi, fille du producteur de revues burlesques Jean Grimaldi.

En1960 et1961, elle remporte le trophée de la meilleure chanteuse populaire au Gala de la radio-télévision. «Elle avait une jolie voix, des textes amusants, savoureux», dit encore la chroniqueuse Francine Grimaldi.

De 1966 à 1969, Muriel Millard monte quatre revues musicales, à la Comédie canadienne de Gratien Gélinas, au Jardin des étoiles de La Ronde, au Théâtre des variétés de Gilles Latulippe (lui aussi décédé cet automne), au Forum, en tournée en province, et même à New York.

Pendant toutes ces années, elle aura été auteure-compositrice de plus de 200 chansons.

La peinture

Elle quitte la scène après cette série de revues, en 1969, pour n'y revenir que de façon épisodique. Plusieurs décennies plus tard, elle expliquera au micro de Radio-Canada qu'elle avait dû mettre fin à ses spectacles financièrement risqués pour prendre soin de ses proches aux prises avec des ennuis de santé.

«Tout ce monde-là, j'étais la seule à gagner. Parce que tout le monde était malade. Il n'y avait pas d'assurance-maladie. Est-ce que je vais prendre l'argent que j'ai à investir pour un spectacle ou bien si je vais prendre l'argent pour les faire soigner?», relate-t-elle en 2007. «Il fallait, fallait absolument. J'étais prise à la gorge.»

Dès lors, elle troque le micro pour le pinceau, les paillettes pour l'acrylique. Elle peint des natures mortes, mais surtout des portraits de clowns, avec leur mine à la fois joyeuse et pathétique.

Mais c'est la peinture qui l'appelle. Muriel Millard deviendra rapidement l'une des seules artistes visuelles québécoises à pouvoir vivre de son art. Ses clowns atteignent des prix très élevés et trouvent rapidement preneurs.

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