Plusieurs formations locales ou émergentes sont tenues de participer à un système de prévente obligatoire de billets

Le Rockfest ne paie pas tous ses artistes

Le Rockfest est prêt à débourser des sommes... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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Le Rockfest est prêt à débourser des sommes astronomiques pour faire venir la crème de la musique pesante à Montebello, mais renâcle à payer les musiciens moins connus.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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Le Rockfest est prêt à débourser des sommes astronomiques pour faire venir la crème de la musique pesante à Montebello, mais renâcle à payer les musiciens moins connus. Plusieurs formations de la région d'Ottawa-Gatineau ont dû, cette année et par le passé, signer un contrat stipulant qu'elles ne recevront « aucun cachet » en échange de leur prestation au Rockfest. Ni « repas, boisson ou victuailles », d'ailleurs. Bref, elles devront se satisfaire de « la visibilité » que leur apporte le festival, précise d'entrée de jeu le contrat.

Alex Martel, le fondateur du Rockfest de Montebello et président d'Outaouais Rock, annonçait la semaine dernière avoir vendu 97 % des billets disponibles pour l'édition 2013. Selon ce que LeDroit a appris, il oblige de nombreuses formations locales ou émergentes à vendre au moins 50 billets pour avoir le droit de monter sur scène. À raison de près de 98 $ le laissez-passer, c'est environ 4900 $ que chaque band, par sa seule présence, s'engage à remettre à l'événement.

Selon ce qui est prévu dans le contrat, tous les billets invendus doivent être payés à même la poche des artistes, afin de combler le manque à gagner.

Si le groupe manque à ses obligations, le producteur se réserve le droit d'interdire aux membres de jouer et de les poursuivre en justice.

Plus d'une demi-douzaine de groupes de musique métal issus des environs ont déploré ce qu'ils considèrent être, de la part des organisateurs, un manque flagrant de considération pour les artistes émergents. Craignant d'être bannis des futures éditions, ils se sont tous exprimés sous couvert de l'anonymat, car l'entente qu'ils ont paraphée leur interdisait d'en divulguer la moindre clause. LeDroit a toutefois pu poser les yeux sur un contrat passé en vue de la présente édition du Rockfest : le document corroborait l'essentiel des doléances entendues.

Le Rockfest en chiffres

4
millions de dollars en retombées économiques
25 000 $
Aide financière accordée au festival par la Conférence régionale des élus de l'Outaouais afin d'ajouter deux scènes
10 900 $
Subvention accordée par Patrimoine canadien

Le pay to play

La méthode de « prévente » qu'Alex Martel applique fait grincer des dents depuis longtemps la relève invitée à se produire au Rockfest.

Interrogé, le gestionnaire a toujours refusé de parler des clauses de ses contrats, arguant que « ce sont des informations confidentielles [...] qui ne concernent pas le grand public ».

L'entente que plusieurs artistes émergents ont conclue avec Outaouais Rock indique noir sur blanc que l'heure de leur prestation dépendra du nombre de billets supplémentaires - au-delà du seuil de 50 - qu'ils auront réussi à vendre d'avance. Ils bénéficieront ainsi d'un meilleur créneau horaire, plus tard ou en soirée.

Connu sous son nom anglais de pay to play, le système de prévente de billets est une pratique relativement courante dans le milieu de la musique underground, admettent les acteurs de l'industrie, tant organisateurs que musiciens. Mais ce concept de « payer pour jouer » n'est utilisé que dans un cadre restreint, lors d'événements à petits budgets, souvent organisés dans des bars.

En prévision de concerts collectifs, cette façon de procéder permet aux promoteurs d'engager la coopération bénévole des groupes qui se partagent l'affiche, afin de s'assurer d'attirer un minimum de monde. Et il n'est pas rare qu'un groupe ayant prévendu beaucoup de billets obtienne une place de choix dans le déroulement de la soirée. Cette astuce, Alex Martel continue de la mettre en pratique, et ce même si son festival, « parti de zéro » comme il aime à le rappeler depuis huit ans, est désormais devenu « un des plus gros du genre au Canada ».

Le contrat d'Outaouais Rock peut en outre imposer des exclusivités temporelle et territoriale aux artistes. Et les obliger à s'impliquer activement et « de façon significative » dans la promotion du Rockfest, en distribuant notamment des prospectus dans leur ville d'origine et en moussant l'événement sur Internet. Aux yeux du festival, «les bands émergents ne servent à rien, à part attirer du monde», en conclut un chanteur qui a déjà eu l'occasion de s'y produire.

Alex Martel, lui-même chanteur et musicien, s'en défend : «La relève est très importante pour moi», assure-t-il. «Même si nous ne recevons aucune aide financière spécifiquement pour les artistes émergents, je tiens à continuer de leur donner une vitrine.»

Bonne volonté

«Personne ne nous oblige à programmer des bands locaux. Et si je peux me permettre de parler au nom des promoteurs, notre job, c'est de vendre des billets, pas de faire du développement d'artistes. On en fait tous un peu, mais c'est uniquement par bonne volonté», explique M. Martel.

Mais, en tant que gestionnaire, il rappelle qu'ériger une scène, avec tout ce que ça sous-entend en terme d'équipement, de sonorisation, d'éclairage, de personnel technique et de sécurité, représente des dépenses énormes. C'est pourquoi il trouve légitime de mettre en place «un partenariat gagnant-gagnant avec les artistes, afin que la faveur nous soit retournée de façon raisonnable, comme c'est courant dans notre créneau à travers le monde».

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