Le rockabilly et la simplicité volontaire

Daniel Bélanger... (LA PRESSE)

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Daniel Bélanger

LA PRESSE

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Daniel Bélanger poursuit sa constante exploration musicale. Le rétro Chic de Ville, son neuvième album studio, l'a cette fois mené à cogner à la porte de «gardiens du rockabilly» à Montréal. À franchir, dans ses souvenirs, celle de l'atelier de bricolage de son père, grand amateur de musique western. Et à Memphis, Tennessee, où l'auteur-compositeur-interprète est allé chercher dans les cordes classiques un habillage plus distingué à ce bébé poussiéreux.

Un disque à l'image de l'homme, désormais «plus intuitif». Piste à piste, l'artiste affiche ses sourires, amoureux ou plus amers, et fait son petit bonhomme de chemin, paisible et dansant, avec, pour tout baluchon, «la simplicité volontaire».

«Je l'ai souhaité rockabilly. Je l'ai souhaité country. C'est assez drastique, mais Chic de Ville n'est pas une rupture si on considère ce que j'ai fait par le passé comme une exploration et une découverte de nouveaux territoires.»

Genèse

En flânant un jour dans une boutique vendant du linge des années 1950, il porte attention à la musique rockabilly qui joue en sourdine. De retour chez lui, il «essaye aussitôt de composer une chanson dans le genre, ou le plus proche possible. En même temps, je cherche où sont mes intérêts, et là, j'écris une chanson sur laquelle Je poursuis mon bonheur. Ça m'a beaucoup plu, c'était simple et inspirant.»

Chic de Ville commence à s'imposer de lui-même. «J'en ai composé quelques autres en très peu de temps. Je me suis rendu compte que ça pouvait être plus qu'un simple jeu, et devenir une expérience de simplicité, aussi», explique-t-il.

Mais il n'était pas question de «faire du tourisme en visitant ce genre-là. C'était important d'avoir les références les plus pures». M.Bélanger a trouvé ses anges gardiens en Michel Dagenais et «ses amis musiciens qui protègent jalousement le rockabilly, et le tapagent».

Michel Dagenais était un vieil ami qu'il avait perdu de vue. «Il a pris son envol avec Jean Leloup, a bourlingué et a eu le temps de devenir un rockabilly pur et dur dans sa démarche artistique comme dans sa vie - il a même une vieille voiture des années 1950.» C'est lui qui a coréalisé l'album, ne se gênant pas pour corriger les tempos, afin que les morceaux correspondent à des danses rockabilly précises, mentionne Daniel Bélanger.

«Après la première journée d'essais avec ses musiciens, Michel m'a dit: 'Ce n'est pas toi qui les auditionne, mais eux qui t'auditionnent', alors j'étais un peu soucieux», confesse, en explosant de rire.

Plutôt que d'utiliser «le vocabulaire rockabilly» d'époque, où il est surtout question «de filles et de voitures», Bélanger a préféré se «tourner vers le vocabulaire du country, où on parle de grands espaces, et où il y a une certaine forme de mélancolie et de solitude, avec l'image du cow-boy solitaire. Là, mes racines sont revenues à la surface. Quand j'étais adolescent et que mon père bricolait, il écoutait de la musique country-western, pure et dure et québécoise, ce qui m'embêtait beaucoup en ce temps-là. Je trouve ça drôle, d'avoir puisé là...»

Cela dit, Daniel Bélanger n'a pour le rockabilly qu'«un intérêt amusé, non une passion. C'était un matériau que je pouvais mélanger avec autre chose. Ce que j'ai fait en ajoutant des cordes, ce qui, toujours, me ramenait vers quelque chose de chic. Une façon de mettre une cravate à mes chansons et une robe longue aux plus félines d'entre elles», dit-il par allusion au morceau Sa félinité. Les lignes délicates d'une section de 12 violons, altos et violoncelles ont été enregistrées à Nashville, sous l'autorité d'un autre vieux complice, Carl Marsh, «un amoureux du Québec et proche collaborateur de Jim Corcoran».

Et le côté «Ville» du titre? «Ça évoquait le rock 'n' roll: il existe un célèbre amplificateur de guitare qui s'appelle le 'Blues Deville'. Et puis c'est un mot français que les Américains ont beaucoup utilisé, pour les voitures, comme la Bonneville de GM, comme dans la musique. Je sens la parenté avec le rock, même si tout cela reste flou et intuitif.»

Chic de Ville semble bercé par un réalisme serein, loin de la quête de la perfection et du «bonheur à tout prix». On y a simplifié les phrases et les phrasés. Il y est question d'utopies, mais uniquement «parce que c'est poétique», rigole M.Bélanger.

«Avec Rêver mieux, déjà, je parlais déjà de rêves et d'aspirations. Sauf que l'utopie vient marquer une continuité en même temps qu'une rupture, car on n'est plus vraiment sûr que le rêve soit possible. Dans le monde dans lequel on vit, on va devoir être plus concrets.»

S'il a accepté, en marge, de devenir le mentor d'Ariane Moffat, à La Voix, c'est «pour faire plaisir à [s]a chum» coache. Et «poussé par la curiosité». L'émission de découverte de talents lui a «appris que trouver un gagnant, c'est aussi trouver un perdant. Sur place, j'ai trouvé ça assez cruel. J'aurais dû le voir venir, pourtant...», reconnaît Daniel Bélanger, peu convaincu que sa candidature aurait été retenue s'il avait lui-même passé les fameuses auditions à l'aveugle.

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