Victor Hugo porté au cinéma, le pari risqué de Tom Hooper

Des Misérables sauvés par Hathaway

Partager

Maud Cucchi
Maud Cucchi
Le Droit

Année commémorative du 110e anniversaire de la disparition de Victor Hugo et du 150e anniversaire de ses Misérables, 2012 ne s'achèvera pas sans un hommage appuyé à cet auteur majeur de la littérature française. C'est chose faite avec le dernier long métrage réalisé par Tom Hooper, qui a pris l'affiche hier : plus de deux heures et demie de saynètes chantées pour résumer les quelque 1 000 pages (format Livre de Poche) sur la rédemption du forçat Valjean.

L'action court de 1794 à 1833, croise la bataille de Waterloo et les barricades de 1832, tout en brassant des centaines de personnages et de descriptions détaillées. La première image du film donne le ton par un drapeau tricolore traîné dans la boue : « 1815 : 23 ans après l'abolition de la monarchie, un nouveau roi revient sur le trône », résume-t-on à l'écran.

Le scénario reste fidèle aux grandes lignes du roman : évadé, Jean Valjean (Hugh Jackman) ne connaît que haine et misère jusqu'au jour où la bonté d'un évêque le sauve d'une récidive en prison. Pour changer de vie, il camoufle son identité, gravit les échelons et devient riche bourgeois maire d'une petite ville. Il adopte aussi Cosette, la fille de la misérable prostituée Fantine (Anne Hathaway), mais son passé le rattrape. L'implacable inspecteur Javert (Russell Crowe) reconnaît en lui l'ancien forçat, et le pourchasse sans relâche. Que restera-t-il de son cheminement effectué pour devenir un honnête homme ?

Bien sûr, l'histoire dégouline de bons sentiments, soulignés en plans rapprochés par la réalisation de Tom Hooper (Le discours d'un roi). C'est pourtant cela qui permettra de rallier le film au plus grand nombre, et il faudrait avoir un coeur de granit pour ne pas se laisser émouvoir par la mort de Fantine, portée remarquablement par l'interprétation d'Anne Hathaway sur « I Dreamed a Dream ». Ses talents de soprano, sa perte de poids et son enlaidissement à contre-courant de ses habituelles apparitions mièvres dans les comédies romantiques, pèseront certainement en sa faveur pour l'Oscar du meilleur second rôle.

Thénardiers colorés

On reconnaîtra là aussi le déséquilibre des Misérables à l'écran : si les premiers rôles masculins laissent perplexe, ce sont véritablement les personnages secondaires qui portent haut les couleurs de ce xixe siècle bouillonnant.

Les univers interlopes du livre bénéficient du meilleur traitement scénaristique, que ce soit la répugnante cour des miracles, repaire de la prostitution mais surtout l'antre des infâmes Thénardier, savoureusement incarnés par Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen, célèbre pour son personnage de Borat. Le couple revigore le récit d'une loufoquerie bienvenue faite d'arnaques et de mauvaise foi, lesquelles ne sont pas sans rappeler leurs rôles respectifs dans Sweeney Todd, de Tim Burton.

La tâche de Tom Hooper était on ne peut plus délicate : Victor Hugo transposé à Broadway, adapté au cinéma, on avait tout à craindre de ces translations de genres. Bien peu de répliques parlées, la majeure partie du scénario chantée sur le même registre, une fresque historique truffées de références politiques, sans les Thénardier et une Anne Hathaway sidérante, on aurait pu s'écrier : « Misère de misère »...

Les Misérables, de Tom Hooper,

avec Hugh Jackman,

Russell Crowe, Anne Hathaway,

Eddie Redmayne

??½

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer