Benacquista ose séparer les Dalton

Daniel Pennac et Tonino Benacquista continuent de faire... (Courtoisie)

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Daniel Pennac et Tonino Benacquista continuent de faire vivre Lucky Luke, héros de Morris et Goscinny.

Courtoisie

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L'auteur Tonino Benacquista et son « vieux copain », le romancier Daniel Pennac, ont repris l'an dernier, dans la foulée de Laurent Gerra, les brides des scénarios de la série Lucky Luke - toujours dessinée par Achdé.

Après Lucky Luke contre Pinkerton, ils récidivent avec Cavalier seul, cinquième aventure parue depuis la mort de Morris. Une aventure dans laquelle le cow-boy qui tire plus vite que son ombre est presque relégué au second plan, les deux scénaristes s'intéressant d'avantage à la fratrie des Dalton. Et à son éclatement, car les quatre gangsters doivent se séparer, dans une compétition les poussant à agir, ou sévir, chacun de son côté.

Dans Cavalier seul, le tandem Benacquista-Pennac ose donc un renversement notable - et séduisant - de l'ordre établi par la série, renforcé par le fait que le héros sera contraint d'agir dans l'illégalité pour empêcher les Dalton de nuire.

Une approche respectueuse ou un coup d'éperons dans les fesses d'un cowboy né en 1946 et qui méritait d'être dépoussiéré ?

« Il ne faut surtout pas chercher à s'approprier le personnage en se disant : 'Je vais faire MON Lucky Luke'», estime Tonino Benacquista, qui, enfant, lisait peu de BD, mais dévorait tout ce qui portait la griffe du scénariste René Goscinny, qu'il a toujours admiré.

« Il faut au contraire servir ce personnage qui est déjà assez légendaire, tout en lui proposant en même temps des aventures qu'il n'a pas vécues. C'est là tout la difficulté. »

« La dernière fois, on était satisfaits de mettre la main sur un personnage célèbre, Pinkerton, qui n'avait pas été traité par Morris ou Goscinny. Cette fois, on est content de séparer les Dalton et de voir ce qu'ils vont devenir, individuellement, chacun avec son propre parcours et son destin », relate Tonino Benacquista, en soulignant que, pour les scénaristes, « l'alternance et la simultanéité de quatre récits n'est pas simple ».

Inversion des rôles

Il admet s'être bien amusé à « inverser les choses », soit en rendant les Dalton honnêtes ou, du moins, protégés par les lois.

« Joe reste dans cette tradition familiale [de braquages de banques], mais les autres trouvent un autre moyen de faire fructifier leur vilenie naturelle. C'est quelque chose qui nous paraissait assez réjouissant. Quand le type chargé de rendre la justice s'aperçoit que les lois vont dans le sens du bandit, il est lui aussi obligé de passer de l'autre côté. C'est déconcertant, mais ce n'est pas contrarier le personnage » que de le transformer Lucky Luke en bandit masqué à la Zorro, analyse le coscénariste.

Leur synopsis a été préalablement soumis à l'éditeur, Lucky Comics, aussi bien qu'au dessinateur.

« Achdé, sans avoir un droit de veto, est un peu la mémoire de Lucky Luke. C'est lui qui va nous dire par exemple : 'Relisez Les Dalton dans le Blizzard, on y trouve déjà cette idée-là', en plus de nous dire quels sont, d'un point de vue visuel, les petits soucis dans la narration. Achdé est inamovible : c'est le dessinateur qui fait la garantie de la continuité de Lucky Luke, et pas forcément les scénaristes... »

Goscinny était réputé pour offrir des récits à différents niveaux de lecture. On a cru, à tort, deviner l'intention des scénaristes de faire comme lui. L'hystérie de Pinkerton à vouloir ficher tout le monde, y compris les citoyens les plus pacifiques, n'a jamais eu la vocation d'être le clin d'oeil au Patriot Act qu'on imaginait.

S'adresser « à des lecteurs de sept à 77 ans, ça marche seulement s'il n'y a pas de concession : ni à l'enfance, ni à l'âge adulte. C'est ce que faisait formidablement Goscinny. Mais c'est déjà une difficulté... alors essayer d'ajouter du message, parce que ça amuserait les scénaristes ou pour plaire à certains lecteurs... non ! » tranche M. Benacquista.

« Projeter, ou réinterpréter ce qu'on vit aujourd'hui, c'est facile : n'importe quel lecteur peut le faire ! Mais ce n'est pas le souci, ni la démarche, des scénaristes que de 'faire passer des trucs'. [Le vrai] Pinkerton était véritablement un maniaque du renseignement : on l'a même édulcoré dans la BD ».

En ce qui concerne le nouvel album, « il [se trouve qu'il] existe des lois qui protègent les spéculateurs. Ce qui nous fait rire peut faire écho à des choses qui se produisent aujourd'hui, mais on n'est pas là pour dénoncer. Ce serait prendre en otage le cowboy et le lecteur. Ce serait inélégant, et complètement vain ».

Le quinquagénaire avoue avoir un faible pour Sergio Leone et les westerns italiens.

« Ce sont ces images que j'ai en tête [quand j'écris], alors que je ne me souviens pas bien des classiques de Cary Cooper et de John Wayne. Le western traditionnel américain m'ennuie très vite. Moi, c'est le polar qui m'a toujours fasciné », poursuit-il, en notant, que dans l'univers parodique des vieux Lucky Luke, « il y a parfois des gros plans qui sont plus inspirés du spaghetti que des classiques américains ».

Malavita au cinéma

Tonino Benacquista ne sait pas encore s'il sera réinvité à tenir les rênes du prochain épisode de Lucky Luke. En attendant, on pourra bientôt s'immerger dans son roman Malavita, dont Luc Besson, qui l'a adapté au cinéma, vient de terminer le tournage. Pour incarner les protagonistes d'une petite famille maffieuse américaine planquée au fin fond de la Normandie française dans le cadre du Programme de protection des témoins, Besson est allé chercher Robert de Niro, Michelle Pfeiffer et Tommy Lee Jones, entre autres.

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