Leonard Cohen à la Place Banque Scotia

Le poète qui suspendait le temps

Leonard Cohen était de passage à la Place... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Leonard Cohen était de passage à la Place Banque Scotia, hier soir.

Étienne Ranger, LeDroit

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Maud Cucchi
Maud Cucchi
Le Droit

Ses mains, son chapeau et sa grâce. Le style Leonard Cohen est toujours là, le débit lascif et envoûtant, dans la lenteur, une façon d'appuyer chaque mot et de s'en régaler, de les savourer plus que de les chanter.

Et si, comme Bob Dylan, Leonard Cohen, 78 ans, était parti pour une tournée sans fin ? « Je ne sais pas quand nous nous reverrons, mais on va donner tout ce qu'on a ce soir ! », a-t-il susurré dans un français tout à fait charmant, hier, à Kanata, avant d'introduire la plus énergique de toutes ses chansons : Dance me to the end of love. 9000 personnes l'ovationnaient. Un retour aux origines, en quelque sorte, puisque c'est sur scène qu'il débuta avant de se lancer dans la confection de son premier album, le très remarqué Songs of Leonard Cohen (1967). Depuis 2008 et après quinze années d'absence, le poète montréalais sillonne insatiablement les routes d'Amérique de Nord et d'Europe. La durée moyenne de ses prestations-fleuve ? Plus de trois heures. La Place Banque Scotia n'a pas dérogé à la règle, le tour de chant se poursuivant à l'heure de mettre sous presse.

Un spectacle plein de vie et de grâce, d'humour et de strophes mûries avec les ans.

Car depuis ses débuts, le Montréalais a su prendre son temps. À l'inverse des jeunes pousses montées trop vite, Leonard Cohen, torturé et lumineux, a construit sa carrière, album après album, en traversant les modes passagères avec une belle désinvolture. Comme le rappelle sa biographie parue récemment aux Éditions Didier Carpentier : « le gagnant magnifique » aura dû attendre un engouement Outre-Atlantique pour que la profession reconnaisse enfin son talent au timbre singulier, proche de la confidence, qui a élevé l'introspection rauque au rang d'art.

Cohen, imperturbable dans son impeccable complet-veston.

Cohen, orfèvre du son où tout est minutieusement mis en scène, le genou à terre, les révérences à ses musiciens, la visière du chapeau dévoilant de précieux regards.

Cohen et sa silhouette voûtée qui le ferait passer pour un harmoniciste. Et l'on n'est guère loin quand on constate à ses côtés que tout est question de souffle, de modulations de fréquences profondes que le corps plié accompagne fidèlement. Sans oublier les trois choristes

Dès les premières mesures, le chanteur nous convie au plus près de sa musique, à la source intarissable du chuchotement, ce qui n'a rien d'évident dans l'immense aréna où il s'est produit. À cet espace insaisissable, il a opposé son tempo, lent, très lent. Gagné la bataille ? Et comment ! Le poing gauche orné d'une chevalière, il a fait défiler ses musiques voyageuses, ses vers enchanteurs. Une trentaine de titres était attendue, du pourtour méditerranéen (superbe solo à la guitare pour introduire Bird on the wire) à l'Europe de l'Est, en passant par l'ovationnée Suzanne qu'il a interprétée devant un rare silence de recueillement. Apparition, quand la lumière le révèle sur scène, religion quand il chante. La messe était dite.

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