Spielberg signe un vibrant hommage au mythe Lincoln

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Maud Cucchi
Maud Cucchi
Le Droit

Presque cent cinquante ans après la mort ­d'Abraham Lincoln, Steven Spielberg rend hommage à celui qui a aboli l'esclavage aux États-Unis. Leçon d'histoire-fleuve aux côtés de Daniel Day-Lewis dans le rôle-titre pour incarner les quatre derniers mois de la vie du 16e président des États-Unis.

C'est un scénario aux petits oignons. Passionnant, important, historique. Alors que la guerre de Sécession est là, obsédante, que les succès militaires tardent à venir et que des dizaines de milliers d'hommes meurent en quelques semaines, un mythe est sur le point de naître. La résolution du président à protéger l'Union est plus vive que jamais. La fin du conflit devient sa priorité. Sur le terrain, ses forces prennent le dessus sur les armées sudistes. Tous les moyens sont bons pour retracer le chemin de l'espoir vers une nation américaine réunifiée.

Donnant du fil à retordre à ses opposants, flattant ses soutiens, et revigorant son état-major de généraux, Lincoln réussit à faire passer un consensus au prix d'interminables négociations au Congrès. Il parvient à faire voter le XIIIe amendement abolissant ­l'esclavage. L'oeuvre de sa vie.

Steven Spielberg caressait depuis plus d'une décennie l'idée d'un film sur la figure d'Abraham Lincoln, sans doute le président le plus révéré de l'histoire américaine. En confiant le scénario au dramaturge Tony Kushner (prix Pulitzer pour sa pièce Angels of America), le réalisateur savait pertinemment que son drame de deux heures trente se jouerait avant tout dans les dialogues et l'interprétation de sa distribution.

La seule scène de combat du film est d'ailleurs expédiée en moins de cinq minutes au prologue, et relève davantage d'une mise en contexte explicative - une série de gros plans sanguinolents saturés par des bruitages - que d'une séquence percutante sur l'horreur de la guerre. À mille lieues du Soldat Ryan, donc.

Dès les premières séquences de ce film tourné essentiellement en intérieurs, le spectateur découvrira assez rapidement que le nerf de la réalisation est plutôt à palper dans les dialogues, denses et parfois complexes. Car il faut bien avouer que toute la teneur des marchandages du Congrès peut parfois se dérober à la compréhension d'un spectateur francophone (et anglophone aussi, paraît-il...).

Comme des deux côtés du front, la barbe prédomine, le marmonnage est souvent de mise pour parler politique. Ceci dit, l'interprétation grandiose de Daniel Day-Lewis demeure évidente quand elle insuffle au personnage incarné toute sa carrure légendaire de fin stratège, avec ses forces et ses failles : qu'il penche son chapeau haut-de-forme sur les enjeux débattus ou plie sa silhouette dégingandée sur les malheurs qui s'abattent sur sa famille (la perte d'un enfant, l'engagement volontaire de l'autre au front), l'acteur domine la distribution, au propre comme au figuré.

Au côté de sa femme (Sally Field), il peut néanmoins paraître tout petit, tant elle prend à coeur son rôle de Première Dame des États-Unis et n'hésite pas à intervenir dans les discussions des deux partis.

D'un souffle épique et patriotique très hollywoodien, le long métrage réjouira davantage les mordus de politique et les inconditionnels de joutes oratoires historiques que les amateurs de scènes spectaculaires.

Lincoln. De Steven Spielberg.

Avec Daniel Day-Lewis, Sally Field, Joseph Gordon-Levitt, Tommy Lee Jones.

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