Tournage de Lincoln en des terres empreintes d'histoires

Passé et présent, réels et artificiels, se côtoient à Richmond

Drôle de concours de circonstances, à Richmond... La semaine où est  projetée... (Maud Cucchi, LeDroit)

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Maud Cucchi, LeDroit

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Maud Cucchi
Maud Cucchi
Le Droit

Drôle de concours de circonstances, à Richmond... La semaine où est projetée l'avant-première du film Lincoln, qui retrace les derniers mois du second mandat du président, et plus encore sa bataille politique pour imposer l'abolition de l'esclavage, le « premier président noir » de l'histoire des États-Unis est réélu.

Dans cette ville de Virginie au lourd passé esclavagiste, les Afro-Américains ont vécu l'élection d'Obama avec une fierté non dissimulée. Le lendemain des résultats, les macarons à son effigie fleurissent ici et là sur les uniformes du personnel - souvent afro-américain - rencontré dans les couloirs de l'hôtel Berkeley où LeDroit a séjourné. La capitale est une ville mixte, partagée entre 50 % de Noirs et 44 % de Blancs, selon les derniers décomptes du bureau du recensement. C'est aussi la deuxième plus grande supportrice de Barack Obama, dans tout l'État de Virginie, avec 77 % des votes à son intention, après Petersburg (89,79 %). Les deux villes, encore marquées par leur passé ségrégationniste, ont été choisies par Steven Spielberg pour le tournage de sa toute dernière superproduction, « par souci d'authenticité », fait valoir Andrew Edmunds, du Virginia Film Office.

À elles deux, elles comptent bien tirer profit du passage du légendaire réalisateur sur leurs terres pour démontrer aux visiteurs que la Virginie n'est pas seulement l'apanage des longues étendues sablées de Virginia Beach.

« Where Hollywood Meets History » : ainsi est introduit le futur tour organisé par l'office de tourisme de l'État et qui verra le jour au mois de janvier 2013. Le programme prévoit notamment la visite des lieux qui ont servi de décors cinématographiques et télévisuels aux productions filmées à Richmond, avec l'accent mis sur la venue en grande pompe du géant Dreamworks pour Lincoln : quelque 1200 acteurs embauchés, 380 membres du personnel, et des répercussions sur l'économie locale à faire vrombir tous les tiroirs-caisses de la région durant les 54 jours de passage de l'équipe de tournage.

La visite de presse à laquelle LeDroit a participé la semaine dernière a débuté sur les hauteurs du Capitole de l'État, édifice officiel que l'on présente souvent comme la plus ancienne législature anglophone en Amérique. Contraste de couleurs franches sans retouches « photoshopées » : entre le vert pelouse tiré au cordeau et le bleu vif du ciel automnal, l'imposant monument encore utilisé aujourd'hui par l'Assemblée générale de la Virginie se détache du paysage urbain dans toute sa blancheur éclatante. Conçu par Thomas Jefferson, il s'inspire de la Maison Carrée à Nîmes, en France, elle-même bâtie d'après l'architecture d'un temple romain. L'édifice aurait même servi de modèle au Capitole et à la Maison-Blanche de Washington, D.C.

« Mais c'était plus facile de travailler ici qu'au Congrès des États-Unis, à Washington », fait remarquer notre guide Mark Greenough.

Il se souvient des kilos de terre brunâtre déversés pour recouvrir le sol et restaurer une image fidèle au xixe siècle ; des arbres amovibles utilisés pour cacher toute trace à l'écran de notre siècle, et des nombreux chevaux invités pour animer les scènes extérieures. Au fil des anecdotes narrées avec passion, les coulisses du tournage se dévoilent à l'imagination : tout l'attirail hollywoodien était là, photographies à l'appui. Pourtant, presque rien ne reste du passage du film, si ce n'est le souvenir qu'en gardent les acteurs et figurants qui ont participé au tournage.

À l'instar de l'acteur Michael Stanton Kennedy, rencontré le soir de l'avant-première au Byrd Theatre. « Spielberg, c'est un génie, s'emporte-t-il. Il sait exactement ce qu'il veut sur le plateau, et l'obtient en donnant peu d'indications. Vous imaginez, j'ai accepté de me laisser pousser la barbe neuf mois et refusé de travailler ce temps-là pour interpréter un républicain radical. Je ne regrette rien, ç'a été une expérience inouïe. »

Quant à Daniel Day-Lewis, qui interprète le rôle-titre, il fut « très secret » sur le plateau et se serait recueilli à l'abri des regards à la Maison-Blanche de Richmond pour s'imprégner de son personnage. À la ville, difficile de passer inaperçu avec un visage taillé sur mesure pour interpréter Lincoln.

Le propriétaire de l'Arcadia, restaurant de mets fins non loin des docks de la ville, se lèche encore les babines de la venue impromptue de l'acteur. « Je me suis assis à sa table, on a parlé de nos familles, de la vie tout simplement », fait partager le jeune restaurateur, pas peu fier de cette promotion inattendue.

Chacun y va de son anecdote : pour être figurant, untel a vanté ses qualités de cavaliers, sans jamais avoir mis le pied à l'étrier. Un autre évoque le contrat de confidentialité de 12 pages que la production lui a fait signer. « Il y a prescription ! » lance-t-il, avant de révéler qu'un intrus a réussi à s'immiscer dans le Capitole pendant le tournage et pris des photos qui ont circulé sur le web. « Il serait poursuivi en justice par la production, le pauvre... » murmure-t-on en coulisses. Implacable Hollywood.

À Petersburg, située à 45 minutes en voiture de Richmond, les autorités locales ne tarissent pas d'éloges à l'égard du réalisateur. Et se renvoient les lauriers du butin : « C'est la couleur des briques et sa lumière chaleureuse qui ont séduit le directeur de la photo, Janusz Kaminski », assure Kevin Kirby de l'office de tourisme, rappelant la visite de Lincoln à Petersburg le 3 avril 1965.

Du kiosque central renfermant une impressionnante ossature en bois à la gare désaffectée, la commune constituait le lieu idéal, lors du tournage, pour représenter... sa voisine, Richmond.

Seules quelques enseignes peintes par les décorateurs du film ont été conservées. Même dépouillées de leurs artifices, ces villes nues ressemblent tant à des décors emblématiques de cinéma.

Ce voyage a été financé par la Virginia Tourism Corporation et le Richmond Metropolitan Convention and Visitors Bureau.

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